18 août 2013

Enchaînements et Liaisons : des exercices

 

   Voici trois exercices pour s'entraîner à l'enchaînement et à la liaison, qui rappelons-le, apparaissent à l'intérieur du groupe rythmique (voir cet autre post sur le sujet).

   D'abord, un premier exercice d'échauffement en deux parties dans lequel Cléo et Nina comptent les centimes et les euros du porte-monnaie de leurs parents.

   Le 1er janvier 2002, quand la monnaie française est passée des francs aux euros, j'ai tout de suite pensé que nous risquions d'adopter diverses statégies pour faire face aux nouvelles liaisons qui nous attendaient. Voici ce que j'écrivais quelques semaines après la mise en circulation de l'euro.

 

franceuro

Les zeuros et leurs liaisons

« Cent Zeuros », disent parfois les grands, « Deux Neuros », disent parfois les petits... Avec les francs, nous avons perdu une grande simplicité pour compter : les francs commençant par une consonne, aucun problème : cent # francs, deux cents # francs. Pour compter notre nouvelle monnaie qui, elle, commence par une voyelle, nous redécouvrons dans nos transactions financières quotidiennes tous les pièges des liaisons. Face à la difficulté, deux stratégies possibles : affronter la diversité des liaisons et apprivoiser « Cent Teuros », « Deux cents Zeuros » et « Mille Leuros » en risquant à tout instant d’inattention la liaison fautive « Cent Zeuros » ou « Mille Zeuros » (Z au pluriel nous est tellement naturel !) ; l'autre stratégie possible est d'éviter la liaison et d'adopter le hiatus « Cen(t) Euros », « Deux cen(ts) Euros », comme si le HEuro était précédé d’un H aspiré (et là, du coup c’est toujours vraiment très simple). Stratégie 1 réussie, vous êtes un virtuose. Stratégie 1 ratée, vous passez pour un prétentieux. Le sérieux avantage de la stratégie 2 est qu’elle ne peut pas rater. Il y a donc de grandes chances que la stratégie 2 soit, avec le temps, majoritairement adoptée suivant la loi du moindre effort. La liaison marque la cohésion entre les éléments syntaxiques. Plus le lien syntaxique entre deux éléments est fort, plus la liaison est résistante. Le lien entre un numéral et le nom qui le suit est normalement très fort. Si la stratégie 2 l'emporte dans une activité très quotidienne comme compter notre monnaie, cela risque-t-il de fragiliser à terme la pratique usuelle des liaisons en français ?

 

   Dans l'exercice en deux parties ci-dessous, Cléo et Nina ont enregistré presque tous les chiffres et les nombres de 1 à 99 (!!!), suivis des mots "centime(s)" - sans enchaînement ni liaison, et "euro(s)" - avec enchaînement ou liaison. Par exemple : "Cinq centimes, cin Qeuros", "Dix centimes, dix Zeuros".

   Cela leur a demandé beaucoup de concentration et de patience... et a provoqué quelques fous rires jusqu'à l'hystérie finale ! Et il a fallu faire aussi toutes ces photos...

   Arriverez-vous jusqu'au bout de cette quasi-torture? Pour vous simplifier la tâche, ce marathon a été scindé en deux parties. Bon courage !

 

Les listes de Cléo : le porte-monnaie (1/2)

Les listes de Cléo : le porte-monnaie (2/2)

 

   Etes-vous arrivé à "99 centimes, 99 Feuros"? Si oui, vous gagnez une médaille phonétique !

 

 

   Voici maintenant un exercice de répétition. Vous découvrez des chiffres et nombres, des professions, des nationalités. Répétez et mémorisez ces mots. Vous en aurez besoin pour l'exercice 2.

 

Liaison & Enchaînement : exercice 1

 

   C'est maintenant à vous de jouer, avec cet exercice de production. Le dessin vous indique le groupe que vous devez produire tout-attaché (avec les enchaînements et liaisons nécessaires, bien entendu !). Ecoutez les 3 exemples... et c'est à vous ! Ce n'est pas si facile et j'ai vu certains jeunes français rencontrer des difficultés... Répondez après le BIP! puis vérifiez avec la correction et répétez. J'attends vos remarques avec impatience !

Liaison & Enchaînement : exercice 2

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05 juillet 2013

Morceaux choisis (3)

 

Morceaux choisis précédents : (1) (2)

L'invitation au voyage, de Charles Baudelaire.

apres_restauration

 

La musique du diaporama est Nochas buenas, de Esther Lamandier.
Les peintures sont de Félix Ziem (1821-1911), dont une exposition a lieu au Petit Palais à Paris jusqu'au 4 août.

 

 

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l'âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde ;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or ;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.


 

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25 juin 2013

Enchaînements et Liaisons

 

     Nous l’avons déjà maintes fois rappelé ici, le français enchaîne les mots à l’intérieur des groupes rythmiques, sans considération des limites physiques des mots écrits. À l’intérieur d’un groupe rythmique en français, « toutestattaché » [tu-tɛ-ta-ta-ʃe]. C’est pour cela que les enfants français, qui commencent à écrire, produisent : « sava » et « jetèm » car à l’oral, la frontière entre les mots d’un groupe rythmique n’est pas marquée. Cela donne une impression unie, liée, souvent décrite comme agréable par les oreilles non-natives. Ce ne sont pas les mots que l’on entend, mais des paquets de mots prononcés ensemble : les groupes rythmiques.

                      

Les voyelles juxtaposées dans un groupe rythmique s’enchaînent : c’est ce qu’on appelle l’enchaînement vocalique. Ex : Tu as été à Tahiti ? [ty-a-e-te-a-ta-i-ti] et non pas *[ty#a#e-te#a-ta#i-ti].

Les consonnes prononcées en finale de mots forment syllabe avec la voyelle qui suit - si le mot suivant commence par une voyelle : c’est ce qu’on appelle l’enchaînement consonantique. Ex : Avec lui ou avec-elle ? [a-vɛk-lɥi /u-a-vɛ-kɛl] et non pas *[a-vɛk # ɛl] Une minute ou une-heure ? [yn-mi-nyt / u-y-nœR] et non pas *[yn # œR].

Enfin, des consonnes finales muettes dans le mot isolé sont prononcées en formant syllabe si le mot suivant commence par une voyelle : c’est la liaison. Ex : Un p(e)tit copain, un p(e)tit Tami. [ɛ̃-pti-kO-pɛ̃ / ɛ̃-pti-ta-mi] Un professeur, un Nétudiant [ɛ̃-pRO-fE-sœR / ɛ̃-ne-ty-djɑ̃].

Enchaînements et liaisons sont réalisées À L’INTÉRIEUR DU GROUPE RYTHMIQUE. Voilà encore une preuve de l’importance fondamentale de cette notion en français, pourtant si souvent négligée. Le groupe rythmique est défini par sa syllabe accentuée, dernière syllabe du groupe.

Pourtant, dès 1914, Maurice GRAMMONT écrit dans La prononciation française, Delagrave, (p.129) :

« La difficulté est de savoir dans quels cas il faut lier et dans quels cas on doit s’en abstenir. La règle générale est fort simple : on lie à l’intérieur d’un élément rythmique, on ne lie pas d’un élément rythmique au suivant. Autrement dit : on lie d’une syllabe inaccentuée sur la suivante, on ne lie pas la syllabe accentuée. »

Tout dépend donc du découpage en groupes rythmiques.

On le sait, plus les conditions de communication sont difficiles, plus on a intérêt à produire des groupes rythmiques courts, afin d’assurer la meilleure compréhension possible de son message. On peut dire : « Le bureau est ouvert de 14h à 16h30 », en un seul grand groupe rythmique (c’est la façon dont le dirait quelqu’un n’accordant aucune importance à la transmission du contenu, en délivrant l’information de manière quasi automatique). On peut aussi découper ce message en éléments minimaux afin d’assurer au maximum sa compréhension : « Le bureau / est ouvert / de 14h/ à 16h30 ».

Ce découpage en éléments minimaux correspond à un découpage grammatical (on parle de découpage syntaxico-prosodique) : groupe nominal, groupe verbal, groupe prépositionnel… C’est à l’intérieur de chacun de ces groupes qu’apparaissent les liaisons. C’est cette règle simple qu’il faut comprendre et appliquer. Il n’est pas possible de mémoriser les règles détaillées (voir ci-dessous) pour les mettre en œuvre. Par contre,/ on peut comprendre / qu’il faut tout Tattacher/ à l’intérieur / d’un groupe rythmique / et prendre l’habitude / de pratiquer / l’enchaînement / et la liaison /dans tous les groupes rythmiques,/ même minimaux.// Par exemple, en présentant TOUJOURS les lexèmes avec des déterminants (masculin ou féminin au singulier – un/son/mon Nami, une-amie, et pluriel – des Zamis) et non isolés « ami, amie ».

Vous voulez déjà des exercices? En voici ici

Vous l’aurez compris : il ne me semble pas du tout bénéfique de transmettre d'emblée "les règles" aux apprenants (il y a de quoi se décourager avant même de commencer...) Peut-être aux niveaux avancés aptes à aborder sans s'effrayer une synthèse du fonctionnement détaillé de la liaison en français… Il me semble bien plus intéressant de faire observer les enchaînements et les liaisons à partir de corpus segmentés en groupes rythmiques minimaux, d'établir des hypothèses, des règles intermédiaires... L'enseignant doit par contre parfaitement maîtriser l'enchaînement et la liaison afin de confirmer ou d'infirmer les hypothèses faites par les apprenants...

Voici donc les « règles », à l'usage des enseignants. La liaison est réalisée :

À l’intérieur du groupe nominal 

- après le déterminant : + substantif (lesZenfants, desZamis), + adjectif (lesZanciens modèles), + pronoms (lesZuns, lesZautres) ;

- après l’adjectif : + substantif (le dernierRétage, un grosZeffort, aucunNintérêt)

(La liaison après un substantif pluriel est facultative : lesZétudiantsZaméricains).
(La liaison après un substantif singulier est interdite : unNétudiant#américain);

 

À l’intérieur du groupe verbal

- après le pronom personnel : + verbe (vousZavez, ilsZarrivent), + en/y + verbe (onNy va, nousZen venons)

- après le verbe : + pronom (que veutTil ? allonsZy !), + pronom personnel + en/y (allez vousZen !)

(La liaison après les verbes est facultative, car deux découpages sont alors possibles : il est(T)ici, ils sont(T)arrivés, je vais(Z)essayer, vousZêtes(Z)invité)

 

À l’intérieur d’autres groupes

 - après un adverbe ou une préposition d’une seule syllabe : plusZaimable, enNhiver, trèsZamoureux, toutTentier, chezZelle, quandTil vient…)

La liaison est interdite : entre deux groupes rythmiques (Les amis#arrivent à midi), avant et après ET et OU ( du pain#et#un verre d’eau), après les mots interrogatifs (combien#as-tu ? quand#arrive-t-il ?), après les pronoms sujets dans une interrogative par inversion (SontTils#arrivés ?), après les noms propres (Julien#a téléphoné), et après un « h aspiré » (voir plus bas).

 

L’usage de la liaison est aussi un marqueur de prestige : plus le registre est formel, plus on trouve de liaisons. Plus le registre est formel, plus les groupes rythmiques sont longs et donc permettent plus de liaisons. (Voir le cas particulier de la liaison sans enchaînement).

Expressions figées avec liaison : accentTaigu, avant-Thier, commentTallez-vous ?, de hautTen bas, de mieuxZen mieux, de moinsZen moins, de plusZen plus, de tempsZà autre, de tempsZen temps, du potTau feu, les ChampsZElysées, les EtatsZUnis, motTà mot, nuitTet jour , petitTà petit, sousZentendu, tantTet plus, toutTà coup, toutTà fait, toutTà l’heure, toutTau moins, toutTau plus, un sousZofficier, vis-Zà-vis, …

Expressions figées sans liaison : nez#-à-nez, mort#ou vif,…

Graphie : sur les cinq consonnes de liaison ([z, t, n, R, p]), seules les deux les plus fréquentes présentent plus d’une graphie. Données et exemples tirés de WIOLAND, 1991 :

[z] (49%)       (s) les EtatS-Unis,      (x) Un fauX ami     (z) AlleZ-y ! 

[t] (28,2%)      (t) TouT éveillé,          (d)Un granD espoir.

[n] (22,5%)     (n) EN attendant.

[R] (0,25%)     (r) Un premieR emploi.

[p] (0,05%)     (p) TroP ému.

 

Le "h aspiré": ce terme décrit le graphème lorsqu’il marque l’impossibilité à l’oral de lier la consonne précédente à la voyelle suivante avec une consonne de liaison ou un enchaînement consonantique. Il interdit dans ce cas l’élision et produit un enchaînement vocalique.

Il n’existe malheureusement pas de règle permettant de distinguer les mots ne présentant pas de « h aspiré » (les heures, les hommes, un hôtel) et les mots présentant un « h aspiré » (les#Halles, un#héros).

Quand ces mots apparaissent en classe, il est important de les traiter immédiatement à l'oral dans des énoncés, en faisant varier le contexte, pour donner à entendre et faire pratiquer afin de les mémoriser.

Le Bon Usage de Grévisse liste 135 mots, comme les principaux commençant par « h aspiré ». Voici ceux qui nous semblent les plus courants (en gras les indispensables) :

un H, une #hache, une #haie, quelle #haine !, elle va les #haïr, dans un #hall, les #Halles, une #halte, un #hamac, un #hameau, un #hamster, une #hanche, un #handicap, les #handicapé(e)s : [souvent lié], un #hangar, ils #hantent (hanter), ils #happent (happer), un #happy end, c’est #harassant, tu es #hardi !, un #harem, un #hareng, quelle#hargne !, un #haricot, les# haricots : [souvent lié], une #harpe, les #hasards de la vie, en #hâte, en #haut (≠ enNeau), un #havre de paix, les #héros (≠ les zéros), les #hêtres du jardin (≠ lesZêtres), de petits #heurts, un #hibou, c’est #hideux, un #hippie, ils #hissent (hisser), un #hobby, les #hockeyeurs, en #Hollande, des #homards, en #Hongrie, quelle#honte !, un #hoquet, les #hors-la-loi, une #housse, un #houx, les #hublots, ils #huent (huer), Ils #hurlent (hurler) : [parfois lié], un # hurlement, une #hutte.

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19 juin 2013

Les voyelles d'aperture moyenne : du lexique

Maria V. est une lectrice assidue de ce blog (Merci Maria !). Elle est hispanophone et vit et travaille à Paris depuis bientôt 30 ans. En français, son niveau de langue et de prononciation sont excellents.

Elle a été particulièrement intéressée par les deux messages récents traitant des voyelles d'aperture moyenne (1) (2).

En effet, elle dit ne jamais se sentir "très sûre" dans le choix de ces voyelles. Pourtant, elle les pratique parfaitement. Son insécurité porte en fait sur les syllabes inaccentuées, position dans laquelle le choix des voyelles (ouverte ou fermée) est libre. Mais la prononciation du français lui paraissant globalement très stricte, elle a du mal à croire en cette possibilité de choix.

Alors encore et encore, Maria veut entendre ces voyelles !

Les voici donc, dans 3 diaporamas, en syllabes accentuées - puisqu'il n'y a que dans cette position que la voyelle est fixée.

D'abord [e/ɛ], puis [ø/œ], et enfin [o/ɔ].

Pour les diaporamas, merci à Numa, Cléo, Vincent, Christiane, Karen, Emile, Sophie, Olivia, Martin, Frédérique, Emmanuelle, Bernard, Patrick, Augustin et Marie-Paule.

[e] [avɛkɛ̃'ve / uɛ̃dublŒ've] [lanasjOnali'te] [kɛlɛvɔtʁŒnasjOnali'te]
[le'te] [sɛte'te] [letedɛʁ'nje] [ɛ̃be'be] [ɛ̃bobe'be]
[ɛ̃se'de] [gʁaveɛ̃se'de] [sovgaʁdesyʁɛ̃se'de]
[ɛ] [mõ'pɛːʁ] [sõgʁɑ̃ː'pɛʁ] [mõ'fʁɛːʁ]
[lɑ̃glŒ'tɛːʁ] [ɑ̃nɑ̃glŒ'tɛːʁ] [latuʁE'fɛl]
[lapu'bɛl] [alapu'bɛl] [lŒkamjõpu'bɛl]
[ynba'gɛt] [yndŒmi'bagɛt]

 

[ø] ['dø] [ʒɑ̃vø'dø] [la'kø] [fɛtla'kø] [alakølø'lø]
[ynagʁa'fø:z] [tyaynagʁa'fø:z] [ɛ̃'vø] [mEjœʁ'vø] [tumE'vø]
[olalaː sEtɑ̃nɥi'jø]
[œ] [ʒE'pœːʁ] [safE'pœːʁ] [ilay'pœːʁ]
[ɛ̃distʁiby'tœːʁ] [ɛ̃ʁefʁiʒeʁa'tœːʁ]
[ɛ̃nɔʁdina'tœːʁ] [syʁmõnɔʁdina'tœːʁ]
[ɛ̃fO'tœːj] [dɑzɛ̃fO'tœːj]

 

[o] [lŒ'o] [ɑ̃'o] [tutɑ̃'o] [ynfO'to] [ynfO'todidɑ̃ti'te]
[ɛ̃ka'do] [mɛʁsipuʁlŒka'do] [kɛlboka'do]
[ɛ̃nabʁi'ko] [dŒlakõfituʁdabʁi'ko] [sE'bo:] [ilfE'bo] [sEtʁE'bo]
[ɔ] [ɛ̃pas'pɔːʁ] [vɔtʁŒpas'pɔːʁ]  
[yn'pɔʁt] [fɛʁmla'pɔʁt] [uvʁesɛt'pɔʁt]
[yn'pɔm] [ynkõpɔtdŒ'pɔm] [yntaʁto'pɔm]
[ɑ̃'kɔːʁ] ['stɔp]
[da'kɔːʁ] [ʒŒsɥida'kɔːʁ] [tutafEda'kɔːʁ]

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17 juin 2013

[ɑ̃ ] avec une grANde bouche

(Cliquez sur Les voyelles nasales pour un précédent message sur le sujet)

 

La voyelle nasale [ɑ̃] se prononce avec une GRANDE bouche.
VraimENt ? Et pourquoi ?
Pour se distinguer d'une part de [ɛ̃] prononcé avec le sourire - et qui est plus aigu, d'autre part de [ɔ̃] prononcé avec une petite bouche - et qui est plus grave.

[On peut bien sûr prononcer les phonèmes sans maximiser leur articulation. C'est ce que font les ventriloques. Grâces à des phénomènes de compensation articulatoire, on peut s'économiser (on peut par exemple prononcer [i] et [a] en mordant un crayon = en fixant l'aperture). Mais il me semble important de pratiquer d'abord les gestes optimaux afin de produire la voyelle la plus précise possible et que les oreilles puisse "mémoriser" la valeur du son... quitte à le reproduire ensuite de manière plus économique.]

L'écart le plus souvent produit est de prononcer [ɑ̃] trop grave, trop sombre. Ma correction la plus fréquente est : "plus ouvert, plus clair, plus féminin, du sourire dans les yeux !". Et comme [ɑ̃] est la plus fréquente des trois voyelles nasales ([ɑ̃] = 7,1%, [ɔ̃] = 5,2%, [ɛ̃] =4,2%), il est vraiment important de bien la prononcer.

Une étudiante brésilienne qui n'avait pas bien entendu la date de la sortie que je proposais, me dit : "C'est con !" (plutôt que "C'est quand?")...

Pour s'entraîner, voici deux corpus qui parlent de manger... avec la bouche grANde ouverte : un poème du poète belge Norge et une histoire drôle, "la grenouille à GRANDE bouche".

 

La Faune - Norge

Et toi, que manges-tu, grouillant ?
— Je mange le velu / qui digère le pulpeux / qui ronge le rampant.
 
Et toi, rampant, que manges-tu ?
— Je dévore le trottinant / qui bâfre l’ailé / qui croque le flottant.
 
Et toi, flottant, que manges-tu ?
— J’engloutis le vulveux / qui suce le ventru / qui mâche le sautillant.
 
Et toi, sautillant, que manges-tu ?
— Je happe le gazouillant / qui gobe le bigarré / qui égorge le galopant.
 
Est-il bon, chers mangeurs, est-il bon le goût du sang ?
— Doux, doux ! tu ne sauras jamais comme il est doux, herbivore !


Et en Alphabet Phonétique International :

[ laˈfoːn /dŒ *ˈnɔʁʒ //
eˈtwa / kŒmɑ̃ʒˈty / gʁuˈjɑ̃ //
ʒŒ'mɑ̃ːʒŒlŒvŒˈly / kidi'ʒɛːʁlŒpylˈpø / ki'ʁõːʒŒlŒʁɑ̃ˈpɑ̃ //
eˈtwa / ʁɑ̃ˈpɑ̃ / kŒmɑ̃ʒˈty //
ʒŒdeˈvɔːʁlŒtʁOtiˈnɑ̃ / kiˈbɑːfʁŒlEˈle / kiˈkʁɔkŒlŒflɔˈtɑ̃ //
eˈtwa / flOˈtɑ̃ / kŒmɑ̃ʒ'ty //
ʒɑ̃glu'tilŒvylvø / ki'sysŒlŒvɑ̃'tʁy / ki'mɑːʃŒlŒsOti'jɑ̃ //
etwa / sOtijɑ̃ / kŒmɑ̃ʒty //
ʒŒ'ʔapŒlŒgazu'jɑ̃ / ki'gɔbŒlŒbiga'ʁe / kiʔegɔʁʒŒlŒgalO'pɑ̃ //
ɛtil'bõ / ʃɛʁmɑ̃'ʒœːʁ / ɛtil'bõ / lŒgudy'sɑ̃ //
'du / 'du // tynŒsOʁaʒa'mɛ / kɔmilɛ'du / ɛrbi'vɔːʁ // ]

 

[ɑ̃] - Une histoire drôle : la grenouille à GRANDE bouche

C'est l'histoire d'une grenouille à grANde bouche qui part découvrir le monde.

Elle rENcontre un singe. Elle lui demANde :
- BONJOUR TOAAA ! COMMENT TU T'APPELLES ?
- Je suis le singe.
- AH BON, ET QU'EST-CE QUE TU MANGES, DIS ?
- Je mANge les bananes quANd j'EN trouve.
- C'EST BIEN. AU REVOAAAR !
et la grenouille à grANde bouche continue son chemin.


Elle rENcontre une girafe :
- BONJOUR TOAAA ! COMMENT TU T'APPELLES ?
- Je m'appelle la girafe.
- AH BON, ET QU'EST-CE QUE TU MANGES, DIS ?
- Je mANge les feuilles en haut des arbres.
- C'EST BIEN. AU REVOAAAR !

Elle rENcontre ENfin un serpENt boa :
- BONJOUR TOAAACOMMENT TU T'APPELLES ?
- Je suis le serpent boa.
- AH BON, ET QU'EST-CE QUE TU MANGES, DIS ?
- Je mANge les grenouilles à grANde bouche !
- ... C'est vraimENt dommage. Je n'EN ai vu aucune par ici...

 


12 juin 2013

Les voyelles d'aperture moyenne : un corpus

Pour appliquer ce qui a été dit dans le message précédent, et pour s'entraîner les oreilles, je propose de travailler à partir de la chanson "Mon vieux", de Daniel Guichard.

J'ai transcrit ci-dessous la chanson en proposant à chaque fois un choix de symboles pour les voyelles d'aperture moyenne [e/ɛ] [ø/œ] [o/ɔ].

L'exercice consiste à choisir quelle voyelle est prononcé dans chaque cas. On peut bien sûr avoir recours aux archiphonèmes :  [E] [Œ] [O].

J'ai transcrit ainsi la totalité de la chanson, qui est longue. Il me semble qu'il vaut mieux s'exercer en plusieurs fois, sur 2 ou 3 strophes à chaque fois.

La vidéo de la chanson est intégrée plus bas.

La correction dans quelques jours... mais est-ce bien nécessaire?

 

[e/ɛ] [ø/œ] [o/ɔ] - [E] [Œ] [O]

Mon vieux – Daniel Guichard (1974)

Dans son viEUx [ø/œ] pardEssus [ø/œ] rapÉ [e/ɛ]
Il s´en allAIt [e/ɛ] l´hivER [e/ɛ], l´ÉtÉ [e/ɛ] [e/ɛ]
Dans lE [ø/œ] pEtit [ø/œ] matin frilEUx [ø/œ]
Mon viEUx [ø/œ].

Y avAIt [e/ɛ] qu´un dimanche par sEmAIne [ø/œ] [e/ɛ]
LES [e/ɛ] AUtrEs [o/ɔ][ø/œ] jours, c´ÉtAIt [e/ɛ] [e/ɛ] la grAIne [e/ɛ]
Qu´il allAIt [e/ɛ] gagnER [e/ɛ] comme on pEUt [ø/œ]
Mon viEUx [ø/œ].

L´ÉtÉ [e/ɛ] [e/ɛ], on allAIt [e/ɛ] voir la mER [e/ɛ]
Tu vois c´ÉtAIt [e/ɛ] [e/ɛ] pas la misÈre [e/ɛ]
C´ÉtAIt [e/ɛ] [e/ɛ] pas non plus l(e) paradis
Hé oui tant pis.

Dans son viEUx [ø/œ] pardEssus [ø/œ] rapÉ [e/ɛ]
Il a pris pendant dES [e/ɛ] annEÉs [e/ɛ]
Le mÊme [e/ɛ] AUtObus [o/ɔ] [o/ɔ] de banliEUe [ø/œ]
Mon viEUx [ø/œ].

Le soir en rentrant du boulOt [o/ɔ]
Il s´assEyAIt [e/ɛ] [e/ɛ] sans dire un mOt [o/ɔ]
Il ÉtAIt [e/ɛ] [e/ɛ] du genre silenciEUx [ø/œ]
Mon viEUx [ø/œ].

LES [e/ɛ] dimanches ÉtAIent [e/ɛ] [e/ɛ] mOnOtOnes [o/ɔ] [o/ɔ] [o/ɔ]
On n(e) rEcEvAIt [ø/œ] [ø/œ] [e/ɛ] jamAIs [e/ɛ] pERsOnne [e/ɛ] [o/ɔ]
Ça n(e) lE [ø/œ]  rendAIt [e/ɛ] pas malhEUrEUx [ø/œ] [ø/œ]
JE [ø/œ] crois, mon viEUx [ø/œ].

Dans son viEUx [ø/œ] pardEssus [ø/œ] rapÉ [e/ɛ]
LES [e/ɛ] jours de pAYe [e/ɛ] quand il rentrAIt [e/ɛ]
On l´entendAIt [e/ɛ] guEUlER [ø/œ] [e/ɛ] un pEU [ø/œ]
Mon viEUx [ø/œ].

Nous, on connAIssAIt [e/ɛ] [e/ɛ] la chanson
Tout y passAIt [e/ɛ], bourgeois, patrons,
La gAUche [o/ɔ], la droite, mÊme [e/ɛ] lE [ø/œ] bon DiEU [ø/œ]
AvEc [e/ɛ] mon viEUx [ø/œ].

ChEZ [e/ɛ] nous y avAIt  [e/ɛ] pas la tÉlÉ [e/ɛ] [e/ɛ]
C´EST [e/ɛ]  dEhOrs [ø/œ] [o/ɔ] quE [ø/œ] j´allAIs [e/ɛ] chERchER [e/ɛ] [e/ɛ]
Pendant quELquES [e/ɛ] [ø/œ] hEUres [ø/œ] l´Évasion [e/ɛ]
Tu sAIs [e/ɛ], c´EST [e/ɛ] con!

Dire quE [ø/œ]  j´AI [e/ɛ] passÉ [e/ɛ] dES [e/ɛ] annÉEs [e/ɛ]
A cÔtÉ [o/ɔ] [e/ɛ] dE [ø/œ] lui sans lE [ø/œ] r(e)gardER [e/ɛ]
On a à pEIne [e/ɛ] ouvERt [e/ɛ] lES [e/ɛ] yEUx [ø/œ]
Nous dEUx [ø/œ].

J´AUrAIs [o/ɔ] [e/ɛ] pu c´ÉtAIt [e/ɛ] [e/ɛ] pas malin
FAIre [e/ɛ] avEc [e/ɛ] lui un bout d(e) chEmin [ø/œ]
Ça l´AUrAIt [o/ɔ] [e/ɛ] p(eu)t-Êt(re) [e/ɛ] rendu hEUrEUx [ø/œ] [ø/œ]
Mon viEUx [ø/œ].

MAIs [e/ɛ] quand on a justE [ø/œ] quinze ans
On n´a pas lE [ø/œ] cŒUr [ø/œ] assEZ [e/ɛ] grand
Pour y logER [o/ɔ] [e/ɛ] toutes cES [e/ɛ] chOses-là [o/ɔ]
Tu vois.

MaintEnant [ø/œ] qu´il EST [e/ɛ] loin d´ici
En pensant à tout ça, j(e) mE [ø/œ] dis :
J´AIm(e)rAIs [e/ɛ] [e/ɛ] bien qu´il soit prÈs [e/ɛ] dE [ø/œ] moi
Papa...

 

***Daniel Guichard - Mon vieux***

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04 juin 2013

Le continuum vocalique

Le trapèze (ou triangle) vocalique est une figure fondamentale en phonétique, je l'ai souvent présenté sur ce blog.

Ce schéma articulatoire illustre toutes les possibilités de timbres vocaliques d'un conduit vocal humain, tous les timbres des voyelles orales des langues du monde y sont présents. Même après des années de pratique phonétique, l'espace défini par ce trapèze continue à me fasciner. Savoir que tous les timbres de toutes les langues du monde s'y trouvent ordonnés, cela invite à l'exploration...

Cet espace est diversement divisé par les langues en unités fonctionnelles. Comme le continuum des couleurs de l'arc-en-ciel est arbitrairement divisé en couleurs par les cultures. [ 6 couleurs pour le physicien Thomas Young, 7 pour Isaac Newton - comme les notes de musiques, les jours de la semaine... ; il n'y a qu'un seul mot pour nommer le bleu, le vert et le gris naturels en breton, gallois, ancien irlandais et moyen irlandais : "glas" ... ]

L'espagnol et le japonais divisent l'espace vocalique en cinq timbres fonctionnels. Le français en 10 (les 10 timbres fonctionnels des voyelles orales). Les langues ajoutent aux timbres vocaliques d'autres paramètres tels que la durée (en opposant voyelles brèves et longues, comme en anglais ou en arabe), la diphtongaison (présentant deux cibles vocaliques dans une seule syllabe comme en anglais, en allemand, en portugais), la nasalité (en abaissant le voile du palais et permettant les résonances nasales, comme en français, en portugais...), etc.

 

Les voyelles, comme leur nom l'indique, sont faites avec la voix (alors que les con-sonnes = sonnent avec les voyelles).

On peut chanter sur une voyelle (a-a-a-a) alors qu'on ne peut pas chanter sur une consonne (en particulier les occlusives : p-p-p-p !)

Dernière caractéristique fondamentale : on peut passer d'une voyelle à une autre en une transition continue (exemple : le i-a des cow-boys américains "yeehaa!"), alors que ce n'est pas possible avec les consonnes (p-t).

 

Explorer le continuum vocalique

Les voyelles constituant un continuum, on peut très facilement chanter sur une note stable une modulation progressive des voyelles. La représentation du triangle vocalique est particulièrement adaptée, puisque l’enseignant et / ou l’élève suit du doigt le glissement. Ce glissement est très progressif : il doit permettre de produire toutes les articulations intermédiaires et ainsi toutes les valeurs intermédiaires entre les deux sons, et d'entraîner son oreille à percevoir la diversité des timbres résultant de ce glissando. Parmi ces valeurs, certaines seront regroupées en valeurs fonctionnelles, les regroupements variant d'une langue à une autre. C'est pourquoi il me semble vraiment intéressant d'acquérir de la souplesse tant en production qu'en perception de cette variété vocalique. Ce glissement suit les axes du trapèze : de fermé à ouvert (et vice versa), d'étiré à arrondi (et vice versa). On évitera, dans un premier temps au moins, l'axe antérieur / postérieur souvent générateur de beaucoup de confusion.

 

i – e – ɛ – a (inspirer) a – ɛ – e – i (inspirer)

u – o – ɔ – a (inspirer) a – ɔ – o – u (inspirer)

i – y – i – y (inspirer) e – ø – e – ø (inspirer) ɛ – œ – ɛ – œ (inspirer)

y – ø – œ – a (inspirer) a – œ – ø – y (inspirer)

 

En voici un exemple sonore susceptible de servir d'échauffement. Cette pratique demande de la détente (respiration) et de la concentration afin d'éprouver la continuité articulatoire et les correspondants sonores.

Le continuum vocalique

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28 mai 2013

La voyelle [u]

(Rappel :

• le digraphe <ou> des mots nous, vous, tout, est transcrit en Alphabet Phonétique International par le symbole [u] ;

• le graphème <u> des mots tu, vu, bu, est transcrit en API par le symbole [y].)

[y] est considéré comme une voyelle bien française ("Bienvenue", "Salut!", "Comment vas-tu?"), alors qu'elle n'est pas si fréquente : elle ne représente en fréquence d'occurence que 4,4% des voyelles d'un vaste corpus de français oral (Wioland, 1991).

[u] retient moins l'attention. Parce que c'est une voyelle cardinale (qui se trouve dans un coin du trapèze vocalique, comme [i] et [a]) et qu'elle est souvent décrite comme présente dans toutes les langues du monde. Elle représente en fréquence 5,6% des voyelles en français oral. On la trouve dans de nombreux mots outils : "Nous", "Vous", "tout", "toujours", "beaucoup" et dans "Bonjour", "l'amour"... Sa mauvaise prononciation est un important marqueur d'accent "étranger" en français.

Le fait d'avoir ces deux voyelles dans le système vocalique français incite les natifs à maximiser leurs différences : très antérieure et aigüe pour [y] (c'est un [i] arrondi), très postérieure et grave pour [u].

La confusion de ces deux voyelles peut nuire à la communication, et au mieux faire rire : si la confusion est presque attendue dans le sens [y] prononcé [u], elle semble surprenante dans le sens [u] prononcé [y]. "Merci beaucoup!" / "Merci beau cul!" ; "C'est à nous!" / "C'est à nu!"... où la prononciation de [u] en [y] peut être compris comme de l'hypercorrection.

 

[u] pose problème aux anglophones qui ont une voyelle correspondante diphotonguée, plus aigüe [yu].

[u] pose problème aux japonophones qui ont une voyelle moins arrondie, plus "intérieure" et moins grave, généralement transcrite [ɯ].

Voici un cOUrt poème de Jacques Prévert, tiré du recueil Paroles, intitulé "Chanson" qui présente des [u] en syllabe accentuée et en syllabe inaccentuée.

La musique est l'OUverture de l'opéra de Richard Wagner, Lohengrin, par Claudio Abado et l'orchestre de l'Opéra de Vienne.

 

La voyelle [u] : Chanson - Jacques Prévert

 

Chanson, de Jacques Prévert

Quel jOUr sommes-nOUs
NOUs sommes tOUs les jOUrs
Mon-amie
NOUs sommes tOUte la vie
Mon-amOUr
NOUs nOUs-aimons et nOUs vivons
NOUs vivons et nOUs nOUs-aimons
Et nOUs ne savons pas ce que c'est que la vie
Et nOUs ne savons pas ce que c'est que le jOUr
Et nOUs ne savons pas ce que c'est que l'amOUr.

Et en Alphabet Phonétique International :

[ ʃɑ̃'sõ / dɶ *ʒakpʁe'vɛʁ //
kɛl'ʒuːʁ / sɔm'nu //
nu'sɔm / tule'ʒuːʁ / mõna'mi /
nu'sɔm / tutla'vi / mõna'muʁ //
nunuzE'mõ / enuvi'võ //
nuvi'võ / enunuzE'mõ //
enunɶsavõ'pa / sɶkɶ'sɛkɶla'vi /
enunɶsavõ'pa / sɶkɶ'sɛkɶlɶ'ʒuʁ /
enunɶsavõ'pa / sɶkɶ'sɛkɶla'muʁ //]

16 mai 2013

La voyelle [ø] (eu fermé) en dEUx chansons

J'aime utiliser de courts extraits de chansons très ciblés phonétiquement, afin que musique et paroles soient rapidement mémorisées et puissent être sollicitées à tout moment pour l'entraînement phonétique.

Je propose ici deux extraits de chanson pour travailler la voyelle [ø] (eu fermé, qui représente une difficulté phonétique pour de très nombreux apprenants, en particulier hispanophones, italophones, arabophones, japonophones...), par différents interprètes pour varier les voix ... et multiplier les écoutes.

 

1. Michel Berger : Chanter pour cEUx, interprété par Michel Berger, Davy Sicard / Shy'm, Anthony Touma, Laam, Christophe, Johnny Hallyday / Montserrat Caballé.

"Je vEUx chanter pour cEUx / qui sont loin de chez-EUx / et qui ont dans leurs-yEUx / quelque chose qui fait mal, qui fait mal..."

Chanter pour ceux - [ø] (eu fermé)


2. William Sheller : Un homme hEUrEUx, interprété par William Sheller, Florian, Louane, Joseph-Emmanuel.

"Mais si ça ne vaut pas la peine / que j'y revienne / il faut me le dire au fond des-yEUx / Quelque soit  le temps que ça prenne / quelque soit l'enjEU, je vEUx-être-un-homme-hEUrEUx."

On pourra poser la question du timbre utilisé par les interprètes pour les mots monosyllabiques tels que : je, de, me, le, que, quelque, ... Pour ma part, j'entends très souvent un [ø], ne serait-ce que pour des raisons d'harmonie vocalique...

Un homme heureux - [ø] (eu fermé)

Comme activité complémentaire, on peut suggérer aux apprenants séduits par ces chansons, d'aller chercher les mots en [ø] dans la totalité du texte.
 

Et vous? avec quelle(s) chanson(s) travaillez-vous la voyelle [ø] ?

 

 

 

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15 mai 2013

La consonne R en français (3)

Rappel des épisodes précédents (du plus facile au plus difficile)

1. R en finale absolue après voyelle ; "Elle part", "Il est mort".

2. R + Consonne #  : "Ils partent", " Elle est morte".

2bis. R + Consonne : "Il est parti".

3. R en position intervocalique (entre deux voyelles): "Le garage" mais aussi avec l'enchaînement "encore une", "par hasard".

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Il reste à voir deux positions de R dans lesquelles son articulation peut poser des difficultés :

• [R] en position initiale d'énoncé. Il n'y a alors plus d'appui vocalique. "Reviens !", "Refais-le !", "Rouge", "Rien !"

Les prénoms : Romane, Roxanne, Rose, Rachel, Rosalie, Raphael, Robin, Richard, Rachid, Romaric, Renaud, Robert, Romain, Rémi...

R initial - L'appel

Les villes : Rennes, Reims, Rouen, Roubaix, Rambouillet, Rochefort, Roanne, Romainville, Roissy, Rodez, Royan...

Le RE / R- de réitération : refaire, redire, revoir, reprendre, remettre, recommencer, revenir, repartir, recopier, remonter, redescendre, recharger, recoller, recoiffer, rejouer, repeindre, replier..., racheter, rhabiller, rapporter, remporter, ramener, remmener, rallumer, rallonger, rappeler, rendormir,...

 

Je ne résiste pas à proposer un document peut être difficile mais créatif et susceptible de générer une activité. Il s'agit de la chanson des Frères Jacques "Monsieur Lepetit le chasseur" (extrait de l'album De "l'entrecôte"... à "la confiture"). Dans cette chanson, le R de réitération est comiquement surexploité, proche du virelangue :

La femme du chasseur / accueille son amant /Bonjour mon grand
La femme du chasseur / Raccueille son Ramant /Rbonjour mon Rgrand

Ils prennent du café / avec des croissants / Ils s(e) font des baisers /
Et ils sont contents/ Taïau Taïau Taïau
Ils Rprennent du Rcafé / avec des Rcroissants / Ils R(se) font des Rbaisers /
Et ils Rsont Rcontents/ RTaïau RTaïau RTaïau
 

J'ai Ralenti de 20% le tempo de la chanson...

R de réitération - Les Frères Jacques

 

 

 

Dernière position à travailler : [R] après consonne. C'est généralement le cas le plus difficile, pour au moins deux raisons : d'abord le R dans cette position est plus tendu ce qui amène souvent l'apprenant à revenir aux caractéristiques du R de sa langue maternelle ; ensuite le R connaît particulièrement dans cette position une variation en fonction de la consonne qui le précède suivant le phénomène d'assimilation. Le R est sourd au contact d'une consonne sourde (dans les groupes pR, tR, kR, fR, sR...) alors qu'il est sonore au contact d'une consonne sonore (dans les groupes bR, dR, gR, vR, zR...). On travaillera R :

- soit dans une rencontre consonantique : "cette remarque", "avec rapidité",...

- dans les groupes consonantiques d'abord sourds ("Le prix ?", "Très !", "Trop !", "Crie !", "Il fait frais" ...) , puis sonores ("Mon bras", "Des draps", "C'est gras !", "C'est vrai"...) Ce dernier cas représente pour beaucoup le maximum de difficulté.

 

Dernier exercice récapitulatif de la leçon consacrée à R du manuel D'accord (Carduner, Hagiwara, 1982)

 

Question de transcription

Les symboles de l'Alphabet Phonétique International pour R français sont : [ʁ] quand il est sonore, [χ] quand il est sourd. Il s'agit des deux symboles des fricatives uvulaires (cf. tableau des consonnes de l'API). Pour d'évidentes raisons de simplification, on utilise abusivement R pour transcrire ce son : c'est ce que j'ai fait moi-même dans les trois messages traitant de cette consonne, en omettant néanmoins soigneusement l'usage des crochets phonétiques strictement réservé aux symboles API. Car [R] en API décrit un trille uvulaire, c'est-à-dire un R roulé dans la gorge, comme dans certaines chansons de Piaf, dit aussi R grasseyé.

 

Conclusion

R est la consonne la plus fréquente en français, il est donc important de bien la prononcer. R se rencontre dans des positions et contextes divers dans le mot, ce qui représente différents niveaux de difficulté. Ce n'est donc jamais R qui pose problème en général, mais R dans certaines positions ou contextes particuliers qu'il faut connaître pour concentrer son effort. Par exemple, R en position finale absolue ne pose pratiquement problème pour personne, quelques minutes d'entraînement suffisent généralement à le maîtriser, et quelques heures de travail pour le fixer. C'est une bonne entrée pour commencer à apprivoiser cette consonne indispensable étape par étape.

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