Paul PASSY, Petite phonétique comparée des principales langues européennes, 3ème édition, 1922, BG. Teubner.
PASSY est le co-fondateur de "International Phonetic Association" en 1886.

"1) Il est très instructif, quand on étudie les langues étrangères, d'observer la manière dont les étrangers parlent le français. Presque jamais, ils n'arrivent à le parler tout-à-fait bien - c'est-à-dire, tout à fait comme nous le parlons. Leurs erreurs sont de diverses sortes. Tantôt ils emploient un mot pour un autre : un Italien, par exemple, dira "Je vais me fermer" pour "Je vais m'arrêter". Tantôt ils emploient les mots autrement que nous ; un Allemand dit "Hier je venais vous voir" pour "Hier je suis venu vous voir". Tantôt enfin ils prononcent mal des mots du reste correctement employés.

2) Les fautes de cette dernière catégorie sont très persistantes. Tout le monde a pu entendre des Anglais, qui connaissent très bien notre langue, et sont incapables d'articuler d'une manière intelligible un petit mot comme vu ou été. Un Allemand du Nord dira Il faut mettre du zèle dans les aliments (du sel). Un Allemand du Sud ne manque pas de dire, quand il commence à pleuvoir, Il pleut des chats (déjà), ou encore, Il tombe des petits couteaux (des petites gouttes d'eau). Un Italien nous apprend qu'il a été un âne en France et un âne en Angleterre (un an)... Ces sortes de bévues, enjolivées par une imagination railleuse, prêtent à des plaisanteries sans fin : ainsi on fait dire à un Espagnol : Depuis que ma femme est morue, j'ai fait un veau de rester toujours bœuf et andouille (morte, vœu, veuf, en deuil).
Mais nous n'avons guère le droit de nous moquer des étrangers sous ce rapport, car nous écorchons leurs langues d'une manière tout aussi ridicule."

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Honoré de BALZAC, Le Cousins Pons, 1847-1848 : le personnage de Schmucke est allemand et BALZAC transcrit son fort accent ;
par exemple : "- Che fitrais edre assez ruche bir te vaire fifre tu les churs gomme ça... répondit mélancoliquement le bon Allemand."

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Guy de MAUPASSANT, Un duel, 1883 : l'accent de l'officier prussien est aussi transcrit ;
par exemple : "- Si fous ne foulez pas me rentre raison avec le bistolet, che vous tuerai !"

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Dans Metroland (1963), de Julian Barnes,
Deuxième partie, chap. 3.

"J’étais venu à Paris bien décidé à m’immerger dans la culture du pays, la langue, la vie quotidienne, et – aurais-je sûrement ajouté avec une désinvolture quelque peu hésitante – la population féminine . Au début je m’étais délibérément tenu à l’écart des Anglais, des journaux et des livres anglais ; ma langue refusait les anglicismes comme elle refusait le whisky et le Coca-Cola. Je me mis à gesticuler : de même que votre langue et vos lèvres doivent travailler plus pour articuler les voyelles françaises avec toute la précision voulue, vos mains sont censées effectuer de plus amples déplacements. Je passais la face externe de mes doigts pour exprimer l’ennui. J’appris à hausser les épaules tout en abaissant les commissures de mes lèvres. Je croisai mes doigts à hauteur de l’estomac, paumes tournées vers moi, puis levait brusquement mes deux pouces en faisant pop avec ma bouche. Cette dernière mimique – qui signifie en gros « Ça, je n’en ai pas la moindre idée » - aurait été tournée en dérision à l’école . Je la réussissais assez bien.
Et pourtant, plus je faisais des progrès en matière de langage, de gesticulation et d’immersion sociale, plus je sentais croître en moi une résistance à tout ce processus d’assimilation. Des années plus tard, j’ai lu quelque chose à propos d’une enquête californienne auprès de femmes japonaises de soldats américains. Il y avait alors une importante colonie de ces femmes, qui s’exprimaient encore aussi régulièrement en japonais qu’en anglais : elles parlaient japonais dans leurs boutiques et entre elles, et anglais à la maison. On leur avait posé des questions sur leur vie deux fois, la première en japonais, la seconde en anglais. Les résultats montraient qu’en japonais ces femmes étaient des créatures soumises et obligeantes, consciente de l’importance d’une étroite cohésion sociale, tandis qu’en anglais elles étaient indépendantes, franches et beaucoup plus tournées vers l’extérieur.
Je ne prétends pas avoir vécu une coupure psychologique aussi nette. Mais il est certain qu’au bout d’un moment je me rendis compte, sinon que je disais des choses auxquelles je ne croyais pas, du moins que je disais des choses que j’ignorais avoir envisagées d’une manière aussi inédite pour moi. Je m’aperçus que j’étais plus enclin à généraliser, étiqueter, classifier, ficher, répartir en catégories, expliquer, plus enclin à la lucidité – Seigneur ! oui, à la lucidité. Je ressentais un vague malaise ; ce n’était pas la solitude (j’avais Monique), ce n’était pas le mal du pays, c’était quelque chose qui avait un rapport avec le fait d’être anglais. J’avais aussi l’impression qu’une partie de moi-même était légèrement déloyale envers l’autre partie."

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Michèle BOULARES, auteur de manuels de grammaire chez CLE International, raconte l'anecdote suivante : son mari travaille au service de traduction simultanée de l'UNESCO à Paris. Comment les traducteurs ont-ils traduit la phrase suivante produite en français à la tribune par un intervenant hispanophone : "Les documents sont de bambou" (devant vous) ?