Elles posent beaucoup de problèmes à de nombreux apprenants de français.

Pourquoi ?

 Avant tout parce qu’elles sont très fréquentes en français, et qu’elles permettent la distinction de nombreux mots fréquents (ex : qu’un, quand, con ; vingt, vent, vont ; cinq, s’en, sont…)

 De plus, l’utilisation de la nasalité pour les voyelles à des fins distinctives n’est pas très fréquente dans les langues du monde.

 Ensuite, parce qu’elles connaissent des variantes régionales : un [n] est prononcé en français méridional, le français parisien ne connaît que trois voyelles nasales, où ailleurs on peut en compter 4, …

 Enfin, parce que leur orthographe est complexe, impliquant toujours une consonne nasale.

 

En français standard, on peut considérer trois voyelles nasales qui suffisent à une production sans accent. La consonne nasale écrite n’est prononcée que dans le cas des liaisons (ex : On-arrive). Donc en français standard, la langue ne change pas de position pour aller prononcer un [n] ou un [m] , la bouche reste immobile et (relativement) ouverte pendant et jusqu'à la fin de la production de la voyelle.

 Les voyelles nasales sont des voyelles, c’est-à-dire qu’elles sont produites par la voix (on peut vocaliser / chanter dessus), avec adjonction d’un résonateur supplémentaire : la cavité nasale, ouverte par l’abaissement du voile du palais au fond de la bouche. Mais elles sont principalement orales. Il ne faut pas chercher à trop les nasaliser, c’est inutile… et comme le disent les apprenants eux-mêmes, ce n’est pas très joli !

 

Donc 3 voyelles nasales : en transcription SAMPA

[e~] : comme dans « Fin !», « Bien ! », « un »

[a~] : comme dans « J’en prends », « Quarante ans »

[o~] : comme dans « Bon ! »

 

Ces trois voyelles présentent des caractéristiques acoustiques :

[e~] : est le plus aigu, très clair

[a~] : est classée grave, clair

[o~] : est le plus grave, sombre.

 

Ces voyelles sont articulées de façons différentes. L’hyperarticulation permet de maximiser les caractéristiques acoustiques de chaque voyelle, et permet donc à l’oreille de mémoriser le son optimal … pour le reproduire ultérieurement de façon articulatoirement plus économique (dans les syllabes inaccentuées par exemple).

Il est très difficile de convaincre les apprenants de SURARTICULER ces voyelles, alors qu’ils constatent que les Français ne le font pas. Comprendre qu’il est important de passer par une phase d’exagération articulatoire pour se donner une chance d’entendre et produire les caractéristiques optimales de chacune de ces trois voyelles qu’ils ont tendance à confondre, avant de pouvoir dans un second temps, obtenir des résultats aussi distinctifs avec une articulation plus économique.

 

Les traits articulatoires (particulièrement visibles en syllabe accentuée, c’est à dire à la fin des groupes rythmiques) sont :

[e~] : est ouverte, lèvres souriantes (comme [e, E])

[a~] : est très ouverte, coin des lèvres rapprochés NON-souriantes (comme [O])

[o~] : est fermée, lèvres en avant (comme [u])

 

Les apprenants de français ont tendance à confondre ces trois voyelles nasales deux à deux :

• [e~] (vingt) et  [a~] (vent) : cette insécurité est renforcée par la graphie majoritairement prononcée [a~] (parents, enfants, prends-en !) mais parfois [e~] (examen, et les mots en : bien, rien, tiens, moyen).

 • [a~] (vent) et [o~](vont)

 

D’après ma pratique, c’est la maîtrise de [a~] qui, par sa position intermédiaire, pose problème.

[e~] très aigu, lèvres étirées est souvent phonétiquement vite maîtrisé.

Idem de [o~] très grave dont l’articulation fermée et arrondie est familière.

(ce qui veut dire que leur pratique virtuose en opposition et dans les mots n’est qu’une question de concentration et de pratique).

 

Par contre, [a~] présente des caractéristiques articulatoires dont la conjugaison peut être perçue comme durablement inconfortable.

C’est une voyelle ouverte mais avec les lèvres non étirées. Elle se rapproche en cela de la voyelle [O] de « d’accord», « alors », qui pose elle-même souvent problème. C’est donc une position à travailler, car rentable pour plusieurs voyelles du français : [9, O, a~].

 

Pour faire pratiquer aux apprenants l’ouverture de la voyelle [a~], je les incite à travailler la chanson de Véronique Sanson « Ma révérence », qui présente de nombreuses occurrences de la voyelle en syllabe accentuée.

A partir d’un clip trouvé sur internet (voir plus bas), j’ai photographié l’articulation de quelques voyelles.

 

 

La voyelle [e~] dans « un », « main »

12

 En comparaison, l’articulation de [E], dans « m’aimaient »

3

 

 

La voyelle [a~] dans « temps », « révérence »

456

A titre de comparaison, l’articulation de [O] dans « alors »

7

 

 

La voyelle [o~] dans « honte », « fond »

89

A titre de comparaison, l’articulation de [u] dans « tout ».

10

 

Et voici la totalité du clip :