Merci pour vos 22 réponses et bravo pour la qualité de votre écoute !

Collectivement, vous avez décelé les moindres traces de singularité. Félicitations ! Et une mention spéciale à Edith 2, qui est la seule à avoir démasqué la voix 4 !

Sur les quatre voix enregistrées, seule la voix 2 est française native. Et si le contenu de mon message introductif attirait particulièrement votre attention sur les performances identiques-à-celles-des-natifs de certains locuteurs non natifs, vous ne vous êtes pas trop laissé influencer et vous avez identifié la voix native à 86% comme française (ce qui est une limite supérieure classique dans ce type de recherche). Vous pouvez bien sûr consulter l'ensemble des 22 réponses mais en voici une petite synthèse... et surtout toute la vérité sur ces voix que je remercie pour leur participation !

Voix 1 : [décrite comme française à 68%, ou... québécoise? belge? gros doute? anglaise ou italienne...] F. est née et a vécu sa jeunesse en Roumanie où vit encore toute sa famille, mais elle est mariée depuis plus de 40 ans en France. Elle a appris le français en Roumanie à l'école et en famille où cet apprentissage était très valorisé. Elle est fière de parfaitement maîtriser le français, en particulier la grammaire et l'orthographe, et elle n'hésite pas à corriger les erreurs des natifs! Il est rarissime qu'on lui parle de son accent, et d'ailleurs elle n'aime pas ça.

Voix 2 : [décrite comme française à 86%, ou belge, anglaise ou italienne] L. est française et est médecin / chercheur ORL.

Voix 3 : [décrite comme française à 27% - qui fume, ou francophone, de Suisse, des Antilles, d'Afrique, ou hispanophone, anglo-américaine,... ] K. est italienne. Sa voix grave a fait pour ce test l'objet de nombreuses hypothèses... Elle a commencé à apprendre le français à l'âge de 20 ans, il y a aujourd'hui plus de 40 ans. Elle est fière de sa maîtrise du français, en particulier la grammaire et l'orthographe. Elle aussi aime signaler / corriger les erreurs qu'elle rencontre. Il est rarissime qu'on lui parle de son accent, et d'ailleurs elle non plus n'aime pas trop ça... et elle déteste se faire enregistrer !

Voix 4 : [décrit comme français à 55% - snob ou déprimé, ou... belge? luxembourgeois? suisse? canadien? hispanophone ou arabophone? américain? ] B. est anglo-américain. Il a 22 ans, il est étudiant dans une université américaine. Il a déjà fait plusieurs séjours en France. Il aime de façon évidente le français et sa prononciation. Il s'entraîne beaucoup afin que sa prononciation soit parfaite.

 

Conclusion : oui, il est possible de parler parfaitement une langue étrangère, même si on l'apprend adolescent ou jeune adulte. Chaque apprenant doit pouvoir faire de l'excellence un objectif réaliste. Ce n'est pas à l'enseignant de brider ce potentiel. Gérald Neufeld, chercheur canadien, l'a montré dans une expérience de 1974 :

Vingt sujets ont suivi deux cours de langue d’une durée de 18 heures chacun (en japonais, en chinois). Seules la prononciation et l’intonation étaient enseignées, pas de vocabulaire, pas de grammaire. La première moitié du cours (9 heures) n’était consacrée qu’à l’écoute d’énoncés en langue étrangère, d’exercices de tracé de courbes intonatives et rythmiques, d’exercices de discrimination auditive (détecter des différences). Ce n’est que dans la deuxième moitié de chaque cours (9 heures) que les sujets devaient répéter, d’abord à mi-voix, puis à haute voix, des énoncés comprenant entre une et seize syllabes dans la nouvelle langue. Les sujets répétaient finalement dix énoncés enregistrés, sans les avoir répétés au préalable. Pour chaque langue, la performance des sujets était évaluée selon une échelle de cinq points par trois juges « autochtones qui ignoraient tout des raisons d’être et des objectifs de la recherche ». Onze des vingt sujets ont été identifiés comme de langue maternelle japonaise, et neuf comme de langue maternelle chinoise. Ces résultats semblent indiquer que l’adulte ne perd ni la capacité de percevoir les différences subtiles de son, de rythme et de hauteur, ni celle de reproduire ces sons et ces contours.

 

Pour finir ce message sur l'excellence phonétique, voici un exemple du français d'Akira Mizubayashi, écrivain japonais d'expression française, déjà cité dans d'autres messages de ce blog et qui parle ici très succinctement de son apprentissage de la langue. Fermez les yeux et écoutez. Moi, ce que j'entends avant tout, c'est un plaisir gourmand à prononcer la langue.