30 avril 2013

Les listes de Cléo (4)

Pour présenter les couleurs, Cléo et Nina ont décrit leur boîte de feutres. Elles ont ajouté "la couleur..." avec la voyelle [œ], et "un feutre..." avec la voyelle [ø], deux voyelles qui représentent une difficulté pour de nombreux apprenants. De quoi s'entraîner !

Les listes de Cléo : les couleurs


28 avril 2013

Des liaisons de prestige ?

Cela aura été une marque d'oral caractéristique de Jacques Chirac (dont se sont servis tous ses imitateurs comiques), puis de bon nombre de politiques et c'est devenu aujourd'hui une marque d'oral propre à une catégorie sociale : les communicants de prestige. De quoi s'agit-il ? En termes phonétiques, il s'agit du phénomène de joncture rapporté à la liaison. Et plus particulièrement ici, il s'agit de la migration de la consonne de liaison dans sa syllabe d'origine, alors que la consonne de liaison est traditionnellement prononcée dans la syllabe suivante. Pierre Encrevé a avec justesse nommé le phénomène : la liaison sans enchaînement [ENCREVÉ, Pierre, 1988, La liaison avec et sans enchaînement, Paris : Seuil].

Exemple : "Il faut intervenir", prononcé en un seul groupe rythmique est communément syllabé de la façon suivante : il-fau-tin-ter-ve-nir. La consonne de liaison T appartient à la syllabe suivant le mot "faut", ce qui a pour conséquence de produire des syllabes ouvertes, c'est-à-dire des syllabes se terminant par une voyelle. Mais lorsqu'on marque une hésitation avant la liaison, il y a deux possibilités : ne pas faire la liaison, ce qui est  dévalorisant en termes de registre de langue, ou adopter l'habitude de prononcer les consonnes de liaison dans leur syllabe d'origine : "Il faute", "On doite", "Ils sonte", "Depuise"... en espérant que le mot suivant commence bien par une voyelle pour justifier la liaison d'emblée réalisée. Sinon, on s'approche du pataquès : "Ils sonte... persuadés". Ces liaisons sans enchaînement produisent des syllabes fermées (se terminant par une consonne), très largement minoritaires en français parlé.

La pratique des liaisons a toujours été liée aux registres de langue. Plus de liaisons = registre plus formel. Mais la donne moderne est plus complexe, on joue plus facilement avec la confusion des registres. On peut entendre "dans#une heure" prononcé sans liaison par des intervenants réguliers sur France Culture, alors que sur France Inter, Bernard Guetta prononce sa chronique quotidienne de géopolitique avec des liaisons dignes d'André Malraux.

Dans Le Français ordinaire, Françoise Gadet précise que la liaison sans enchaînement permet la combinaison de deux tendances contradictoires : effectuer une liaison (socialement valorisante) et faire porter l’accent d’insistance sur la première syllabe du mot (l'accent barytonique si prisé des communicants, évoqué dans d'autres messages de ce blog). On l'entend bien dans les extraits suivants.

Nous sommes loin de l'enseignement des liaisons en FLE et les spécialistes de la liaison sans enchaînement (LSE) sont allés bien plus avant dans la description et l'analyse du phénomène, mais c'est une interview du Docteur Irène Frachon entendue ce matin à la radio et présentant un excès de liaisons sans enchaînement qui est à l'origine de ce message...

Et vous, vouz... #Arrive-t-il de pratiquer la liaison sanz... # Enchaînement?

La liaison sans enchaînement

 

 

 

24 avril 2013

La consonne R en français (2)

Rappel : Dans le message précédent, nous avons vu que la consonne R se prononce SANS la pointe de la langue (contrairement au R roulé), mais AVEC un très léger recul de l'arrière de la langue. Nous avons pratiqué le R dans deux positions plutôt faciles :

1. Voyelle+R# :  "Je pars", "Il est mort" ;

2. Voyelle +R+Consonne#   : "Ils partent", " Elle est morte".

 

En exploitant ces paradigmes grammaticaux (on parle aussi de morpho-phonologie), on trouve :

Masculin / féminin : vert / verte - ouvert / ouverte - offert / offerte - expert / experte - désert / déserte - picard / picarde - motard / motarde - vieillard / vieillarde - blafard / blafarde - renard / renarde - bavard / bavarde - banlieusard / banlieusarde - campagnard / campagnarde - fort / forte - mort / morte ...

Singulier / pluriel : il perd / ils perdent - il dort / ils dorment - il sort / ils sortent - il mord / ils mordent - il part / ils partent ...

Du nom au verbe : le retard / il retarde - du fard / elle se farde - le cafard / elle cafarde - le hasard / Il hasarde... - le bazar / il bazarde - un lézard / il lézarde - le port / il porte - un apport / il apporte - un rapport / il rapporte - un report / il reporte - un support / il supporte - l'export/ il exporte - le transport / il transporte - le bord / il borde ...

Et je pense avoir presque épuisé les ressources de ces paradigmes...

 

À ces listes de paires de mots (souvent loin d'être fréquents) sans contexte et dont certains manuels se font une spécialité, je préfère la pratique des gammes qui me semble d'autant plus efficace qu'elle ne vise pas un éventuel accès au sens (cf. message "Traitement linguistique vs. traitement auditif"). Puisqu'il s'agit dans un premier temps de s'entraîner à pratiquer de nouveaux gestes articulatoires, il ne semble pas crucial d'utiliser de vrais mots (surtout décontextualisés et souvent inadéquats au niveau des apprenants). La pratique des gammes ne nécessite aucune recherche lexicale fastidieuse de la part de l'enseignant, qui peut alors concentrer son attention sur des mises en œuvre variées en classe. Les gammes sont aussi un outil facile à transmettre aux apprenants qui peuvent ainsi à leur tour construire leur matériel d'entraînement en fonction de leurs besoins propres. Et un étudiant qui construit ses exercices est un étudiant qui réussit. On veille juste à respecter les règles phonotactiques du français, qui sont, avec les phénomènes d'enchaînement, de liaison et d'effacement, beaucoup plus riches qu'on croit.

J'ai conçu ici des gammes en 2 syllabes : [o-C1aRC2#], C1 et C2 étant des consonnes qui varient.


opaaaa - Rp, opaaaa - Rt, opaaaa - Rk,

opaaaa - Rb, opaaaa - Rd, opaaaa - Rg,
opaaaa - Rf, opaaaa - Rs, opaaaa - Rʃ,

opaaaa - Rv, opaaaa - Rz, opaaaa - Rʒ,
opaaaa - Rm, opaaaa - Rn, opaaaa - Rl,

otaaaa - Rp, otaaaa - Rt, otaaaa - Rk,
otaaaa - Rb, otaaaa - Rd, otaaaa - Rg,...

okaaaa - Rp, okaaaa - Rt, okaaaa - Rk,
okaaaa - Rb, okaaaa - Rd, okaaaa - Rg,...

(comme : éparpillé, ils partent, au parc, par Boulogne, pardi, par Guy, par faire, par sortir, parchemin, parvenu...)

 

 ... en suivant l'ordre des consonnes (et c'est aussi à cela que servent les tableaux de l'API) :

(occlusives)      ptk / bdg,
(fricatives)        fsʃ / vzʒ,
(nasales et autres)  mnlR.

Fin du rappel

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La position suivante qu'il faut pratiquer est Voyelle+R+Consonne+Voyelle, où R ne se trouve plus en syllabe finale accentuée, mais à l'intérieur du groupe rythmique en position inaccentuée.

"Ils paRtent" - "Il est paRti là-bas" ;
"Une couRse" - "Une couRse à pied" ;
"Ils s'en seRvent" - "Ils s'en seRvent encore".

Attention, le principal écueil est ici de prononcer les syllabes se terminant par R plus longues que les autres. Or, la syllabe qui contient R doit avoir la même durée que les autres syllabes inaccentuées, puisque seule la dernière syllabe du groupe rythmique est plus longue. Il faut donc s'entraîner à prononcer un R TRÈS LÉGER et TRÈS COURT, pour que le rythme des syllabes inaccentuées soit bien régulier.

"Il est parti là-bas" : [i-lɛ-paR-ti-la-'baaa]
"Une course à pied" : [yn-kuR-sa-'pjeee]
"Ils s'en servent encore" : [il-sɑ̃-sɛR-vɑ̃-'kɔɔɔR].*

 

Tout va bien ? Jusque là, tout devrait bien se passer si vous vous entraînez systématiquement. Et de nombreux apprenants déclarent à cette étape qu'ils prononcent R avec un certain plaisir : "C'est amusant de le prononcer si léger!", "C'est finalement assez économique", "J'aime bien la sensation, c'est doux". Et vous, qu'en pensez-vous ?

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L'étape suivante est R entre deux voyelles Voyelle+R+Voyelle. On dit aussi en position intervocalique. Dans cette position, le son R s'écrit en orthographe soit "r" ("À Paris", "Mon mari"), soit "rr" ("J'arrive", "Horrible !"), mais il se prononce toujours de la même manière quelle que soit son orthographe.

R peut se trouver entre deux voyelles à l'intérieur d'un mot : Mes parents ! Ton numéro ? Au bureau.

ou entre deux mots d'un même groupe rythmique (ce qui revient exactement au même) : Du riz ? Par hasard ! Pour elle ? Toujours ici !

Pour s'entraîner, on peut donc utiliser ces mots-outils (par, pour, toujours, vers, sur, derrière, encore, d'abord, alors...), avant des mots commençant par une voyelle (elle(s), eux, Alain, Annie, Henri, Etienne, Isabelle, Angers, Aix, Amiens, amoureux, amusant, ennuyeux, ici, en voyage, en famille, en avion, au Japon, au Chili, au Maroc, en Chine, en Allemagne, en Espagne...). Construisez vos propres phrases d'entraînement.

Voici un exemple d'exercice de transformation qui utilise les enchaînements (les derniers items présentent plusieurs occurrences de R dans le même énoncé. Ex : Hé oui ! ToujouRs enRhumé !). Précision pour les puristes : la liaison en Z après toujours relève d'un registre très soutenu, même dans l'expression figée "toujours est-il...". Par contre l'enchaînement en R après toujours est commun et c'est ce qui est travaillé ici. L'exercice peut aussi être pratiqué à l'envers : la réponse pour le stimulus.

[R] intervocalique - Transformez!

 

 

Bilan : Vous produisez maintenant R avant consonne et R entre voyelles. Qu'en dites vous? Quelle position préférez-vous? Pourquoi? Pouvez-vous produire un R qui n'a pas d'influence sur la voyellequi précède? Pouvez-vous produire un R qui n'allonge pas la syllabe inaccentuée? Il ne reste plus que deux positions à travailler !

 

À suivre ...

 

 

18 avril 2013

La consonne R en français (1)

La consonne R du français est décrite comme un cauchemar phonétique par de nombreux apprenants étrangers. Ils trouvent généralement que ce n'est pas une belle consonne (et un tel jugement esthétique constitue le seul réel handicap pour l'entraînement, il faut donc avant tout faire évoluer cette opinion), elle a l'air de râcler la gorge, d'être tellement postérieure qu'elle donne envie de vomir... et en plus, on en trouve partout en français!

Sur ce dernier point, ils ont raison. La consonne R est la consonne la plus fréquente en français : elle représente à elle seule 13% des occurrences des 17 consonnes du français. Et c'est pour cela que R est incontournable... Prononcer un R roulé par exemple (comme en espagnol, en italien, en roumain, en russe...) est un énorme marqueur d'accent étranger en français.

Or, maîtriser la consonne R n'est pas aussi difficile qu'il y paraît. Il faut juste une organisation rigoureuse de l'entraînement.

R en français peut se trouver dans de nombreuses positions dans le groupe rythmique. Et la difficulté de sa réalisation dépend de sa position. C'est cet entraînement en fonction de la position qu'il faut organiser pour maîtriser le R étape par étape, position par position.

 

Par exemple, R en position finale de groupe rythmique est une consonne très douce (on l'entend parfois à peine), elle allonge juste la voyelle qui précède sans en modifier le timbre, elle est jolie comme un petit souffle... et vraiment facile à produire. C'est R# final. Pour ceux qui ont l'habitude de prononcer un R roulé dans leur langue maternelle (ou [l] comme en japonais), il faut seulement veiller à ce que la pointe de la langue ne se dresse pas vers les incisives supérieures pour le roulement, mais que la langue reste couchée (comme un chien! COUCHÉ!) en bas. Pour s'assurer que la pointe de la langue ne va pas se dresser, on peut proposer de coller la pointe de la langue derrière les incisives inférieures (et / ou vérifier dans un mirroir que la langue ne se dresse pas).

Car ce n'est pas du tout en avant de la bouche que les choses se passent pour R mais derrière. R est une consonne fricative, c'est à dire un son produit par un léger frottement. Ici, le frottement est produit par un TRÈS léger recul de la racine de la langue.


Dites un long [aaaa] et terminez par un bref et très léger recul de l'arrière de la langue. Encore plus bref et plus léger ! Le plus léger possible ? Voilà ! vous prononcez un R français. Facile, non?

Vous l'avez réalisé une fois? Il va falloir maintenant faire vos gammes, toujours dans cette position finale.
iiii - R,     ɛɛɛɛ - R,      aaaa - R,      ɔɔɔɔ  - R,      uuuu - R
yyyy - R,     œœœœ - R.

Vous allez maintenant ajouter une consonne pour commencer la syllabe. Par exemple [p] :
piiii - R, pɛɛɛɛ - R, paaaa - R, pɔɔɔɔ  - R, puuuu - R
pyyyy - R, pœœœœ - R.

Entraînez-vous avec d'autres consonnes ([t, k, d, m, f, s, v]). Assurez-vous toujours que :

1. la voyelle est longue et stable (elle n'est pas influencée par le R qui suit (comme en anglais américain par exemple : FR pire, ENG peer),

2. le R termine la syllabe, il est TRÈS LÉGER. Dans cette position, il peut toujours être plus léger, jusqu'à presque disparaître. Essayer de le faire presque disparaître aussi. Qu'en pensez-vous?

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Pouvez-vous répéter les syllabes suivantes sur un rythme lent et régulier en tapant sur la table ?

 

" 'soiR  'baR  'gaRe  -'gaR(d)  'n'aR-   'guèRe  ('de)  'boiRe..."

 

Ecoutez 1 fois le début de la chanson de Boby Lapointe Ta Katie t'a quitté, puis produisez uniquement les mots / syllabes en gros/gras ci-dessous, à dire sur les temps forts de la musique (répétée 5 fois!!! la vitesse est variable, jusqu'à la vitesse originale).

"Ce soiR au baR de la gaRe Igor hagaRd est noir il n'aRrête guèRe - deboiRe..."

AloRs? EncoRe?
D'accoRd! On continue...
 ----------------------------------------
 
Ah! l'amouR, toujouRs l'amouR...

Ecoutez et produisez les mots en gras du poème ci-dessous :


(La sculpture est Eve, d'Auguste Rodin, photographiée au jardin desTuileries)

Le Serment de Marceline Desbordes-Valmore

Idole de ma vie,
Mon tourment, mon plaisiR,
Dis-moi si ton envie
S'accorde à mon désiR ?
Comme je t'aime-en mes beaux jouRs,
Je veux t'aimer toujouRs.

Donne-moi l'espérance ;
Je te l'offre en retouR.
Apprends-moi la constance ;
Je t'apprendrai l'amouR.
Comme je t'aime-en mes beaux jouRs,
Je veux t'aimer toujouRs.

Sois d'un cœuR qui t'adoRe
L'unique souveniR ;
Je te promets encore
Ce que j'ai d'avenir.
Comme je t'aime-en mes beaux jouRs,
Je veux t'aimer toujouRs.

Vers ton âme attirée
Par le plus doux transpoRt,
Sur ta bouche adorée
Laisse-moi dire encoR :
Comme je t'aime-en mes beaux jouRs,
Je veux t'aimer toujouRs.

Bilan : Vous produisez maintenant R en finale de groupe rythmique. Qu'en dites vous? Est-ce agréable / désagréable? En quoi? Vous sentez-vous ridicule? Trouvez-vous cela joli? amusant? etc...

 

L'étape suivante consiste à produire un R toujours en finale du groupe rythmique mais cette fois-ci suivi d'une consonne. C'est R+Consonne #. Il faut toujours veiller à ce que la langue ne se dresse pas pour articuler R. Le bruit de friction est naturellement un peu plus fort à cause de la consonne qui suit, mais ce n'est pas la peine de forcer. Le R léger est toujours plus joli... et plus agréable à faire.

Entraînez-vous avec des gammes que vous construisez vous-même.

 

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Puis, quand vous sous sentez prêt, écoutez et répétez les mots du poème ci-dessous dans lequel  R# final et R+Consonne # alternent.

[R+Cons.#] La Morte - Maurice Carême

(Les tableaux du diaporama sont : sur le thème de la jeune fille et la mort, d'Edvard Munch et de Marianne Stokes, et sur le thème d'Orphée et Eurydice, de Christian Gottlieb Kratzenstein-Stub, de Ary Scheffer, de Jean-Albert Cresswell et de Jean-Baptiste Corot.)

La Morte de Maurice Carême

Il entendit la mort
Derrière cette porte,
Il entendit la mort
Parler avec la morte.

Il savait que la porte
Etait mal refermée
Et que, seule, la mort
En possédait la clé. 

Mais il aimait la morte
Et quand il l’entendit,
Il marcha vers la porte
Et l’ouvrit. Il ne vit

Ni la mort ni la morte ;
Il entra dans la nuit
Et doucement, la porte
Se referma sur lui.

 

Bilan : Vous produisez maintenant R en finale absolue et avant consonne. Qu'en dites vous? Quelle position préférez-vous? Pourquoi? Pouvez-vous produire un R encore plus léger? et encore plus? Ça vous plaît ? Etes-vous prêt à relever le défi de R dans d'autres positions?

 

À suivre ...

17 avril 2013

Réponses au Test !

Merci pour vos 22 réponses et bravo pour la qualité de votre écoute !

Collectivement, vous avez décelé les moindres traces de singularité. Félicitations ! Et une mention spéciale à Edith 2, qui est la seule à avoir démasqué la voix 4 !

Sur les quatre voix enregistrées, seule la voix 2 est française native. Et si le contenu de mon message introductif attirait particulièrement votre attention sur les performances identiques-à-celles-des-natifs de certains locuteurs non natifs, vous ne vous êtes pas trop laissé influencer et vous avez identifié la voix native à 86% comme française (ce qui est une limite supérieure classique dans ce type de recherche). Vous pouvez bien sûr consulter l'ensemble des 22 réponses mais en voici une petite synthèse... et surtout toute la vérité sur ces voix que je remercie pour leur participation !

Voix 1 : [décrite comme française à 68%, ou... québécoise? belge? gros doute? anglaise ou italienne...] F. est née et a vécu sa jeunesse en Roumanie où vit encore toute sa famille, mais elle est mariée depuis plus de 40 ans en France. Elle a appris le français en Roumanie à l'école et en famille où cet apprentissage était très valorisé. Elle est fière de parfaitement maîtriser le français, en particulier la grammaire et l'orthographe, et elle n'hésite pas à corriger les erreurs des natifs! Il est rarissime qu'on lui parle de son accent, et d'ailleurs elle n'aime pas ça.

Voix 2 : [décrite comme française à 86%, ou belge, anglaise ou italienne] L. est française et est médecin / chercheur ORL.

Voix 3 : [décrite comme française à 27% - qui fume, ou francophone, de Suisse, des Antilles, d'Afrique, ou hispanophone, anglo-américaine,... ] K. est italienne. Sa voix grave a fait pour ce test l'objet de nombreuses hypothèses... Elle a commencé à apprendre le français à l'âge de 20 ans, il y a aujourd'hui plus de 40 ans. Elle est fière de sa maîtrise du français, en particulier la grammaire et l'orthographe. Elle aussi aime signaler / corriger les erreurs qu'elle rencontre. Il est rarissime qu'on lui parle de son accent, et d'ailleurs elle non plus n'aime pas trop ça... et elle déteste se faire enregistrer !

Voix 4 : [décrit comme français à 55% - snob ou déprimé, ou... belge? luxembourgeois? suisse? canadien? hispanophone ou arabophone? américain? ] B. est anglo-américain. Il a 22 ans, il est étudiant dans une université américaine. Il a déjà fait plusieurs séjours en France. Il aime de façon évidente le français et sa prononciation. Il s'entraîne beaucoup afin que sa prononciation soit parfaite.

 

Conclusion : oui, il est possible de parler parfaitement une langue étrangère, même si on l'apprend adolescent ou jeune adulte. Chaque apprenant doit pouvoir faire de l'excellence un objectif réaliste. Ce n'est pas à l'enseignant de brider ce potentiel. Gérald Neufeld, chercheur canadien, l'a montré dans une expérience de 1974 :

Vingt sujets ont suivi deux cours de langue d’une durée de 18 heures chacun (en japonais, en chinois). Seules la prononciation et l’intonation étaient enseignées, pas de vocabulaire, pas de grammaire. La première moitié du cours (9 heures) n’était consacrée qu’à l’écoute d’énoncés en langue étrangère, d’exercices de tracé de courbes intonatives et rythmiques, d’exercices de discrimination auditive (détecter des différences). Ce n’est que dans la deuxième moitié de chaque cours (9 heures) que les sujets devaient répéter, d’abord à mi-voix, puis à haute voix, des énoncés comprenant entre une et seize syllabes dans la nouvelle langue. Les sujets répétaient finalement dix énoncés enregistrés, sans les avoir répétés au préalable. Pour chaque langue, la performance des sujets était évaluée selon une échelle de cinq points par trois juges « autochtones qui ignoraient tout des raisons d’être et des objectifs de la recherche ». Onze des vingt sujets ont été identifiés comme de langue maternelle japonaise, et neuf comme de langue maternelle chinoise. Ces résultats semblent indiquer que l’adulte ne perd ni la capacité de percevoir les différences subtiles de son, de rythme et de hauteur, ni celle de reproduire ces sons et ces contours.

 

Pour finir ce message sur l'excellence phonétique, voici un exemple du français d'Akira Mizubayashi, écrivain japonais d'expression française, déjà cité dans d'autres messages de ce blog et qui parle ici très succinctement de son apprentissage de la langue. Fermez les yeux et écoutez. Moi, ce que j'entends avant tout, c'est un plaisir gourmand à prononcer la langue.

AKIRA MIZUBAYASHI


10 avril 2013

Des exceptions discrètes ?

On remarque généralement très bien ce qui est différent, mais on ne remarque pas du tout ce qui est semblable.

Ainsi remarque-t-on tous les locuteurs non-natifs présentant un accent dans une langue, car ils sont différents. Alors qu'on ne peut soupçonner certains locuteurs de ne pas être natifs car leur production est identique à celles des natifs. Ils sont, par ce fait-même, plus nombreux qu'on pourrait le penser.

Ces locuteurs non-natifs, qui excellent dans la prononciation d'une autre langue, sont généralement très discrets. S'ils sont parvenus à une telle intégration phonétique, ce n'est pas pour rappeler leur singularité. Et certains préfèrent garder le secret sur leur pedigree linguistique.

Bien que vous soyez maintenant fortement conditionnés par ce que vous venez de lire, voici un test.

Ecoutez ces quatre voix (trois femmes, un homme) qui simulent un message sur un répondeur téléphonique et dites :

Si ces voix sont françaises? Si non, laquelle / lesquelles d'après vous n'est pas / ne sont pas française(s)? Quelle(s) serai(en)t son / leurs origine(s) ?

Répondez en toute sincérité, et retenez votre première impression : c'est la bonne. Sinon, tellement vigilant à la singularité, vous pourriez trouver de l'étrangeté partout. Dans un dîner à majorité anglophone à Paris, mon voisin français a trouvé que je parlais "vraiment bien français pour un américain"... alors que je suis français !

Pour répondre, utiliser le bouton [Commentaires] sous le diaporama sur la ligne : "Posté par...", en essayant de ne pas vous laisser influencer par les réponses précédentes. Donnez votre réponse et précisez au moins votre langue maternelle.

Exemple de réponse : Voix 1 : française, Voix 2 : polonaise, Voix 3 : belge francophone, Voix 4 : française. Je suis de langue maternelle polonaise.

Je donnerai la solution après avoir recueilli 20 réponses à ce test.

Test : voix françaises ?

 
 
 
Avez-vous fait vos choix? Attention, toute la vérité sur ces voix se trouve... [ici]

 

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09 avril 2013

Transcriptions Phonétiques (2)

La pratique de l'Alphabet Phonétique International est un excellent exercice, avant tout pour les enseignants.

Les symboles de l'API utiles pour transcrire le français sont peu nombreux et pour la plupart transparents.

La pratique régulière de l'API permet de se familiariser avec les caractéristiques de l'oral telles que l'enchaînement (quand on transcrit la frontière syllabique : "il arrive" [i-la-ʁiv]), la liaison ("en avion" [ɑ̃-na-vjɔ̃]), mais aussi les cas d'assimilation ("Absent!" [ap-sɑ̃]), les correspondances graphie / phonie (la lettre "x" réalisée [ks] dans "taxi" ou [gz] dans "exemple")...

C'est un code simple à maîtriser et sa pratique est amusante et réellement éclairante sur les problèmes de prononciation. (Ne vous laissez pas impressionner par les deux petits tableaux ci-dessous : ils présentent toutes les voyelles et les consonnes des langues du monde!!!, alorsqu'il n'y a qu'une trentaine de sons en français). Ces symboles sont organisés en systèmes structurés qui permettent de comprendre les erreurs des étudiants, et de proposer des corrections adaptées.

APIVoyAPICons

Pour les étudiants, les dictées en API révèlent certaines difficultés, parfois tout aussi bien révélées par l'orthographe. Ex : À la Solebonne.

Dans tous les cas, il est indispensable de confronter la transcription API avec le document audio, plus qu'avec la transciption orthographique.

Vous trouverez, sur les questions de transcription, un intéressant article scientifique de mes collègues de l'Institut de Phonétique de Paris 3, Bernard Gautheron et Antonia Simon-Colazo, intitulé : La transcription phonétique au bout des doigts, claviers et polices ergonomiques pour la transcription en API (version pdf).

aclweb.org/anthology-new/W/W12/W12-1304.pdf

J'ai utilisé en cours de phonétique pour pratiquer l'API en lecture et en transcription, les dramatiques radiophoniques de la célèbre série les Maîtres du Mystère, enregistrées à la Maison de la Radio / ORTF dans les années 1960-1970 et récemment rééditées en CD.

Je vous propose ici les transcriptions d'extraits de Un visiteur timide, de Charles Maître, première diffusion le 6/5/1969. Même si les acteurs sont très talentueux (Michel Bouquet, Jean-Claude Michel et Bernadette Lange), il s'agit d'écrit oralisé, ce qui est très différent de transcriptions d'oral spontané. Mais cela me semble déjà un progrès par rapport aux transcriptions réalisées à partir d'extraits littéraires (écrits) que l'on trouve dans de nombreux ouvrages. L'API est un outil de captation de l'oral tel qu'il est produit plutôt que tel qu'il devrait / pourrait être produit.

Malheureusement, les transcriptions que je vous propose ci-dessous ont été faites avec des polices API aujourd'hui obsolètes. Il s'agit donc de documents .pdf un peu déformés... Vous remarquerez que j'ai sciemment évité de reproduire en API l'espace graphique entre les mots. Seules les frontières entre groupes rythmiques sont indiquées pour approcher au plus près la production orale.

 

Entraînez-vous à lire de l'API, ou à transcrire en API : la liste de vos courses, les post-it que vous vous laissez, vos rendez-vous dans votre agenda... envoyez-nous vos commentaires en API !

Pour motiver votre lecture attentive, quelques coquilles se sont glisséess dans les transcriptions. Saurez-vous les retrouver?

(cliquez sur le document pour l'agrandir)

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Les listes de Cléo (3)

Les animaux de Cléo et Nina. Avec sur la fin de l'inventaire de beaux exemples d'accent barytonique (voir messages précédents) alternés avec des allongements classiques.

Les listes de Cléo : les animaux

 

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05 avril 2013

Dialogue rythmique

Les auteurs de manuels écrivent le(s) dialogue(s) introductif(s) des unités didactiques en fonction de leurs objectifs, en simplifiant en termes d'actes de parole et des contenus grammaticaux et lexicaux nécessaires.

Dans Phonétique en dialogues, chez CLE International, Bruno Martinie et Sandrine Wachs, ont conçu des dialogues et des exercices associés, en fonction d'objectifs phonétiques.

Et si on écrivait des dialogues ayant comme unique objectif phonétique le rythme ?

C'est ce que j'ai proposé en cours avec des dialogues rythmiques dont voici un extrait ci-dessous.

L'extrait présenté est composé de groupes rythmiques de 4 syllabes (voir plus bas la transcription orthographique). La tâche de l'utilisateur - déjà rompu à l'exercice, nous en sommes à l'épisode 6 de la série - consiste à ne pas se laisser distraire par le contenu linguistique du dialogue (une fois qu'il a été découvert et compris), mais à donner la priorité absolue à la régularité rythmique : se laisser porter par le rythme, quitte à négliger l'exactitude segmentale / lexicale. On peut avoir recours au support écrit pour des analyses détaillées (compréhension détaillée, décompte des syllabes, effacement des "e", ...), mais la pratique avec l'enregistrement ne se fait qu'à l'écoute.

 

Un linguiste anglais à qui l'on demandait ce qui était plus important : les aspects segmentaux (voyelles, consonnes, semi-consonnes) ou les aspects suprasegmentaux (rythme, intonation, accentuation) répondait joliment : "Les grands linguistes ont toujours étudié les voyelles et les consonnes en priorité et plus en détail, avant de s'intéresser et de plus loin aux aspects  généraux : le rythme, l'accentuation, l'intonation. Autrement dit, les linguistes ont toujours dessiné les bateaux avant de dessiner la mer. Or, n'importe quel enfant le sait, il faut toujours dessiner la mer avant de dessiner les bateaux!"

 

Le dialogue présenté ici semble bien artificiel, comme semblent parfois les dialogues des films d'Eric Rohmer. Et distrait par le contenu, on ne se rend spontanément pas compte de la régularité rythmique.

Et vous, arriverez-vous à vous laisser porter prioritairement par ce rythme à 4 temps ?

 

Comme d'habitude, j'ai varié les voix sur le même texte. Merci à Olivier, Edithe, Olivia, Emmanuelle, Karen, Sabine, Martin, Louis et sa guitare pour leur participation.

Dialogue Rythmique : 4 syllabes

 

Episode 6 : À la Rotonde

Le serveur - Pardon Mesdames,/ j(e) peux encaisser ?// Excusez-moi,/ mais mon service/ est terminé.//

Caroline - Quelle heure est-il ?//

Sophie - 7 heures et d(e)mie.// Ça fait combien ?//

Le serveur - 6 euros 30.//

Caroline - Laisse-moi payer,/ j(e) (n)'ai pas d(e) monnaie.//

Le serveur - Et 13 euros…./ et 70 !//

Caroline – Ça-c’est pour vous.//

Le serveur - Merci Mesdames/ et bonne soirée. //

Caroline - Alors la suite...//

Sophie - On a parlé/ de nos-amis.// Paul s'est rapp(e)lé/ ces p(e)tites vacances// qu'on a passées/ au Lavandou,// avec Rachid,/ Jeanne-et Kiki,// et puis Nora.... // J’ai plein d(e) photos/ de ces vacances.// Tu t'en souviens ? // C’était sympa ! // On a passé/ de bons moments !// Et dans les-Alpes,// quand on-a fait/ de l’escalade ! //

Caroline – Oh-bah-bien sûr/ que j(e) me rappelle.// Mais tu étais.../ avec Vincent.//

Sophie - Et Paul était.../ avec Judith.//

Caroline - Et moi déjà/ avec Philippe...// C'est loin tout ça.//

Sophie - C'est pas si loin,// et quelle équipe,// et quelle époque !// Tu n(e) voudrais pas/ recommencer ?//

Caroline - J(e n)'en suis pas sûre...// Je préfère vivre/ le temps présent.// Et Paul alors,/ il a changé ?// il est marié ?// célibataire ?// ou divorcé ?//

Sophie - Toujours pareil ...// Indépendant.// Tout comme avant.// Mais tu l(e) connais,/ il est discret.// Ce n'est pas l(e) genre// à raconter/ ses-aventures.// Mais il m'a dit// qu'il a vécu/ pendant deux ans// avec une fille/ qui l'a quitté.//

Caroline - Avec une fille/  qu'il / a quittée,// [ou ...] avec une fille/ qui / l'a quitté ?//

Sophie - Pas qu'il / a quittée,// qui / l'a quitté.// Mais oui c'est elle/ qui est partie !//

Caroline - Elle l'a quitté ?// Mais quitter Paul,/ c'est impossible !// Elle était folle !// Il est si doux/ et si gentil !//

Sophie - Dis-moi Caro !/ mais quelle passion !//

Caroline - C'est-un garçon/ qui m(e) plaît beaucoup.// C’est-un artiste.// C'est-un rêveur.// Ça m'énervait/ il y a 5 ans,// mais-aujourd'hui...// C'est beau-d(e) rêver... //

Sophie – Tu as raison,/ il est charmant.// C’était sympa/ de le revoir.//

 

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03 avril 2013

Les listes de Cléo (2)

Il existe pour le français de nombreux imagiers sonores sur le Net.

Bon nombre de ces imagiers énoncent les mots avec un accent d'intensité porté sur la première syllabe des mots lexicaux : une 'VOIture, un 'CItron. On parle dans ce cas d'accent barytonique. C'est une façon de parler courante dans les média (et parfois chez les enseignants), dite aussi accent informatif (on cherche à maintenir l'attention de l'interlocuteur), à l'opposé d'un accent "naturel" dit narratif, de durée sur la dernière syllabe du groupe rythmique (on ne parlera pas ici de l'accentuation expressive, qui représente tout un domaine en soi).

Cet accent barytonique marque la frontière des mots, normalement si peu marquée en parole spontanée. On n'entend jamais dans la vie : Il est venu / en 'VOIture. Mais : Ilestv(e)nu / envoituuure.

Quand on enregistre des listes, qui ne varient que par le substantif, cet accent barytonique est fort tentant. J'en ai souvent fait l'expérience en écoutant les comédiens enregistrer en studio les exercices des manuels... et même ici en enregistrant Cléo et Nina!

Tendez l'oreille et relevez cette nuance accentuelle lorsqu'elle apparaît - j'ai tenté de limiter l'apparition de l'accent barytonique dans l'enregistrement des listes de Cléo. Apprendre à reconnaître et à prononcer des mots en français avec un accent barytonique marquant la frontière entre les mots n'est pas une bonne habitude. Cela risque de poser des problèmes en compréhension orale quand, en parole spontanée, les frontières entre les mots auront fondu à l'intérieur des groupes rythmiques.

Les listes de Cléo : les fruits

 

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