J'ai eu récemment l'occasion de travailler avec une comédienne japonaise sur l'alexandrin dans le théâtre classique. Si la langue de l'alexandrin est souvent difficile, sa pratique constitue un excellent exercice phonétique puisque le cadre rythmique est contraint. Et la comédienne a rapidement pris beaucoup de plaisir et d'assurance à entrer dans cette régularité rythmique "comme on entre dans une danse"... avant d'envisager la casser pour redonner la priorité à son jeu.

L'alexandrin est un vers de douze syllabes, le plus souvent composé de deux hémistiches de six syllabes chacun. C'est ainsi qu'il est présenté par Nicolas Boileau qui en a été un fervent promotteur dans L'art poétique (1674).

Extrait de : De tous les animaux... (Satire VIII), de Nicolas Boileau.

Les "e" prononcés sont soulignés. Entre parenthèses, une proposition de découpage, correspondant à l'enregistrement du diaporama.

(À M. M., docteur de Sorbonne)

De tous les animaux qui s’élèvent dans l’air, (6/6)
Qui marchent sur la terre, ou nagent dans la mer, (6/6)
De Paris au Pérou, du Japon jusqu’à Rome, (6/3/3)
Le plus sot animal, à mon avis, c’est l’homme. (6/4/2)
Quoi ! dira-t-on d’abord, un ver, une fourmi, (1/5/2/4)
Un insecte rampant qui ne vit qu’à demi, (6/6)
Un taureau qui rumine, une chèvre qui broute, (6/6)
Ont l’esprit mieux tourné que n’a l’homme ? Oui sans doute. (6/3/1/2)
Ce discours te surprend, docteur, je l’aperçoi. (6/2/4)
L’homme de la nature est le chef et le roi : (6/3/3)
Bois, prés, champs, animaux, tout est pour son usage, (1/1/1/3/6)
Et lui seul a, dis-tu, la raison en partage. (3/1/2/6)
Il est vrai de tout temps, la raison fut son lot : (3/3/3/3)
Mais de là je conclus que l’homme est le plus sot. (3/3/2/4)

 

Le diaporama est illustré d'œuvres issues de la série Bestiario de l'artiste numérique italien Francesco Sambo.