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La voyelle nasale [ɑ̃] se prononce avec une GRANDE bouche.
VraimENt ? Et pourquoi ?
Pour se distinguer d'une part de [ɛ̃] prononcé avec le sourire - et qui est plus aigu, d'autre part de [ɔ̃] prononcé avec une petite bouche - et qui est plus grave.

[On peut bien sûr prononcer les phonèmes sans maximiser leur articulation. C'est ce que font les ventriloques. Grâces à des phénomènes de compensation articulatoire, on peut s'économiser (on peut par exemple prononcer [i] et [a] en mordant un crayon = en fixant l'aperture). Mais il me semble important de pratiquer d'abord les gestes optimaux afin de produire la voyelle la plus précise possible et que les oreilles puisse "mémoriser" la valeur du son... quitte à le reproduire ensuite de manière plus économique.]

L'écart le plus souvent produit est de prononcer [ɑ̃] trop grave, trop sombre. Ma correction la plus fréquente est : "plus ouvert, plus clair, plus féminin, du sourire dans les yeux !". Et comme [ɑ̃] est la plus fréquente des trois voyelles nasales ([ɑ̃] = 7,1%, [ɔ̃] = 5,2%, [ɛ̃] =4,2%), il est vraiment important de bien la prononcer.

Une étudiante brésilienne qui n'avait pas bien entendu la date de la sortie que je proposais, me dit : "C'est con !" (plutôt que "C'est quand?")...

Pour s'entraîner, voici deux corpus qui parlent de manger... avec la bouche grANde ouverte : un poème du poète belge Norge et une histoire drôle, "la grenouille à GRANDE bouche".

 

La Faune - Norge

Et toi, que manges-tu, grouillant ?
— Je mange le velu / qui digère le pulpeux / qui ronge le rampant.
 
Et toi, rampant, que manges-tu ?
— Je dévore le trottinant / qui bâfre l’ailé / qui croque le flottant.
 
Et toi, flottant, que manges-tu ?
— J’engloutis le vulveux / qui suce le ventru / qui mâche le sautillant.
 
Et toi, sautillant, que manges-tu ?
— Je happe le gazouillant / qui gobe le bigarré / qui égorge le galopant.
 
Est-il bon, chers mangeurs, est-il bon le goût du sang ?
— Doux, doux ! tu ne sauras jamais comme il est doux, herbivore !

Et en Alphabet Phonétique International :

[ laˈfoːn /dŒ *ˈnɔʁʒ //
eˈtwa / kŒmɑ̃ʒˈty / gʁuˈjɑ̃ //
ʒŒ'mɑ̃ːʒŒlŒvŒˈly / kidi'ʒɛːʁlŒpylˈpø / ki'ʁõːʒŒlŒʁɑ̃ˈpɑ̃ //
eˈtwa / ʁɑ̃ˈpɑ̃ / kŒmɑ̃ʒˈty //
ʒŒdeˈvɔːʁlŒtʁOtiˈnɑ̃ / kiˈbɑːfʁŒlEˈle / kiˈkʁɔkŒlŒflɔˈtɑ̃ //
eˈtwa / flOˈtɑ̃ / kŒmɑ̃ʒ'ty //
ʒɑ̃glu'tilŒvylvø / ki'sysŒlŒvɑ̃'tʁy / ki'mɑːʃŒlŒsOti'jɑ̃ //
etwa / sOtijɑ̃ / kŒmɑ̃ʒty //
ʒŒ'ʔapŒlŒgazu'jɑ̃ / ki'gɔbŒlŒbiga'ʁe / kiʔegɔʁʒŒlŒgalO'pɑ̃ //
ɛtil'bõ / ʃɛʁmɑ̃'ʒœːʁ / ɛtil'bõ / lŒgudy'sɑ̃ //
'du / 'du // tynŒsOʁaʒa'mɛ / kɔmilɛ'du / ɛrbi'vɔːʁ // ]

 

[ɑ̃] - Une histoire drôle : la grenouille à GRANDE bouche

C'est l'histoire d'une grenouille à grANde bouche qui part découvrir le monde.

Elle rENcontre un singe. Elle lui demANde :
- BONJOUR TOAAA ! COMMENT TU T'APPELLES ?
- Je suis le singe.
- AH BON, ET QU'EST-CE QUE TU MANGES, DIS ?
- Je mANge les bananes quANd j'EN trouve.
- C'EST BIEN. AU REVOAAAR !
et la grenouille à grANde bouche continue son chemin.


Elle rENcontre une girafe :
- BONJOUR TOAAA ! COMMENT TU T'APPELLES ?
- Je m'appelle la girafe.
- AH BON, ET QU'EST-CE QUE TU MANGES, DIS ?
- Je mANge les feuilles en haut des arbres.
- C'EST BIEN. AU REVOAAAR !

Elle rENcontre ENfin un serpENt boa :
- BONJOUR TOAAACOMMENT TU T'APPELLES ?
- Je suis le serpent boa.
- AH BON, ET QU'EST-CE QUE TU MANGES, DIS ?
- Je mANge les grenouilles à grANde bouche !
- ... C'est vraimENt dommage. Je n'EN ai vu aucune par ici...