On demande souvent aux chercheurs (ou aux enseignants-chercheurs) ce qu'ils trouvent. Dans le domaine de l'enseignement / apprentissage de la prononciation, les chercheurs rencontrent des évidences souvent négligées, des mesures simples favorisant l’acquisition de la meilleure prononciation possible en langue étrangère qui semblent bien naïves et qui sont étrangement ignorées. C'est ce que nous avons voulu maladroitement rappeler dans l'Appel des Phonéticiens, en précisant notamment le rôle de l'environnement scolaire et familial dans l'établissement d'une confiance en soi et d'une estime de soi dans le périlleux domaine de la prononciation d'une nouvelle langue. Nous précisions :

 

"l’environnement scolaire et familial de l’apprenant doit soutenir et valoriser cet effort :

l’image que l’apprenant a de lui-même dans la nouvelle langue est en jeu."

 

    Frédérique m'a fait parvenir un témoignage édifiant, non seulement par l'attitude si maladroite et inconséquente de son enseignante, mais surtout par les graves répercussions à long terme d'une telle attitude. 

    Il est très important de ne pas laisser s'exprimer moqueries, regards négatifs sur les efforts de prononciation en langue étrangère de quiconque. Un effort de prononciation qui s'éloigne de la prononciation de la langue maternelle, qui tente de s'approprier une altérité doit toujours être valorisé et encouragé, même si la tentative est maladroite.

    J'espère que le témoignage de Frédérique ouvrira les yeux de certains sur les graves conséquences d'attitudes moqueuses à un moment de prise de risque. Stop à la maltraitance phonétique !

 

 

    Je dois commencer par dire que j'ai une histoire un peu compliquée avec la prononciation des langues qui ne sont pas ma langue maternelle et étrangement surtout avec les langues qu'aujourd'hui  j'aimerais parler.
La seule langue pour laquelle on ne m'a jamais fait de remarques désobligeantes concernant mon accent ou ma prononciation est l'allemand, langue que je n'ai jamais voulu apprendre et dans laquelle j'ai été inscrite d'office en sixième. Plus de 35 ans après, je ne parle pas cette langue mais les quelques mots ou phrases que j'en dis le sont apparemment avec un accent plutôt correct, c'est en tout cas les retours que j'en ai.
(...) En fait, la langue que j'aimerais parler c'est l'anglais mais j'ai tellement honte de ma prononciation que je n'ose pas .

Ce qui m'a freinée pour améliorer ma prononciation de l'anglais
Je n'ai étudié l'anglais qu'en quatrième et troisième, en tant que seconde langue. J'en ai un souvenir assez terrible. Plus de trente ans après, j'ai des difficultés à reconstruire la genèse de cette triste expérience avec la langue anglaise mais ce dont je me rappelle de mon apprentissage au collège concerne plus particulièrement la prononciation ou plus précisement mes difficultés de prononciation.
En fait, j'ai deux souvenirs marquants. Le premier concerne une punition que j'ai eue au tout début de ma classe de quatrième parce que ma professeur pensait que j'avais voulu faire rire toute la classe en prononçant baiseroume pour dire que je ne sais plus trop qui dormait dans la chambre à coucher. Une malencontreuse confusion entre bedroom et bathroom, une prononciation désastreuse et hop le tour était joué et ma réputation faite !
Un peu plus tard, cette même professeur, m'a interrogée pour  lire un texte  en disant plus ou moins : «  Alors maintenant on va rire un peu... on va demander à Frédérique de lire ». Et évidemment à 13 ou 14 ans, plutôt que de passer pour une idiote on en rajoute dans la provocation : mieux vaut être considérée comme une rebelle que comme une imbécile par ses pair-e-s !
Je n'ai par contre aucun souvenir de cours ou d'activités pour améliorer cette prononciation apparemment si drôle qu'aujourd'hui encore si je dois prononcer le titre d'un film en anglais j'ai honte et je commence toujours par m'excuser de mon accent et du fait que je ne parle pas du tout anglais.
(...)
Plus largement, concernant ces freins, je dois évoquer le fait que personne dans mon entourage familial ne parlait anglais. La seule personne de ma famille qui parlait une langue étrangère était ma grand-mère, elle parlait frioulan et italien. J'avais des amis qui parlaient d'autres langues dans leurs familles, notamment le portugais, l'arabe ou le berbère mais pas l'anglais. Pour moi, et sans doute aussi pour mon entourage, l'anglais était la langue de la high class, ce qui clairement n'était pas la mienne. Bref, dans mon système de représentation, la langue anglaise n'avait pas un statut social qui me donne envie de l'apprendre.

Ce qui pourrait faciliter l'amélioration de ma prononciation de l'anglais
Depuis quelques années maintenant, j'ai envie d'apprendre l'anglais car c'est la seule langue qui puisse me permettre de communiquer avec des personnes du monde entier ou de lire des textes et des articles de journaux sur des sujets qui m'intéressent.
(...)
L'an dernier, un événement a également précipité les choses dans mes rapports avec l'anglais : j'ai rencontré plusieurs personnes qui venaient de divers pays et notamment du Soudan, d’Éthiopie et d'Afghanistan et la seule langue commune pour que ces personnes parlent entre elles au-delà de leurs nationalités et langues maternelles différentes est l'anglais. L'anglais est aussi la seule langue dans laquelle je peux avoir des semblants de conversations avec ces personnes ou échanger des informations cruciales telles des lieux et des heures de rendez-vous ou des enseignements pour remplir des formulaires administratifs. Étrangement, moi qui ne parvenais depuis des années à prononcer un mot dans cette langue car cela me mettait terriblement mal à l'aise, j'ai commencé à « baragouiner » en anglais avec ces nouvelles connaissances. A chaque fois je m'excuse de mon mauvais niveau  mais, fait nouveau, je parle (un peu), j'échange en anglais.
J'ai donc commencé par moi-même à écouter de l'anglais, à lire de petits articles sur des sujets familiers en anglais, à revoir les bases. Je m'exerce à prononcer l'anglais en répétant des mots ou des phrases via des exercices trouvés sur internet ou des phrases que j'entends dans des films en VO.
Bon, ceci dit , je pense avoir péniblement acquis un niveau A1.1 et guère plus mais je crois que je progresse et j'ai envie de continuer.
Pour résumer, ma principale motivation pour m'exercer à prononcer l'anglais est l'envie d'être comprise et de pouvoir communiquer avec des personnes qui parlent cette langue.

Encore un frein
Le problème c'est que l'anglais que j'entends et comprends depuis maintenant plus de six mois est un anglais parlé exclusivement par des personnes dont les langues sont l'arabe, le persan, le farsi, l'amarique ou le tigrinien et qui le parlent avec des accents plus ou moins prononcés parfois. Parmi cette multitude d'accents, finalement je ne sais pas si ma propre prononciation s'améliore ou si tout simplement les personnes me comprennent parce qu'elles sont habituées à faire l'effort d'écouter des gens qui parlent anglais avec des accents différents.  En tout cas, j'ai de moins en moins honte de prononcer des mots ou de petites phrases en  anglais, dans ce cadre là en tout cas. Je pense aussi que d'entendre des personnes qui s'expriment de façon fluide en anglais mais avec plein d'accents différents a aidé à lever quelques unes de mes inhibitions.