Anton est un brillant jeune homme russe de 30 ans, qui vit en France depuis quelques années, avec sa femme (française) et ses enfants. Il a un excellent niveau de français mais il souhaite améliorer sa prononciation. Il parle plutôt vite (ce qui ne favorise pas le contrôle phonétique) mais quand il travaille sa prononciation, il sait ralentir fortement son débit. Il ne prononce pas le R roulé russe en français, ce qui est une très bonne chose puisque R est la consonne la plus fréquente en français. (Quand R est mal prononcé, c'est un indicateur évident d'un accent non-natif).

   Anton présente en français d'autres caractéristiques phonétiques globales issues de sa langue maternelle. Son articulation n'est pas assez tendue, pas assez ouverte et pas assez antérieure. Cela se manifeste entre autres par des consonnes ou voyelles molles, présentant une forme de transition, ou de diphtongaison, différentes des sons relativement stables du français.

   Enfin, une autre de ses difficultés est de distinguer les voyelles d'aperture moyenne, tant en perception (arriver à entendre la différence) qu'en production (parvenir à les articuler) : [e/ɛ] [ø/œ], [o/ɔ]. En russe, on trouve pour chaque paire de voyelles, une seule valeur intermédiaire, entre le son ouvert et le son fermé, valeur qui est toujours mal interprétée par les oreilles françaises : perçu trop ouvert quand il devrait être fermé (fermé, perçu comme fermait), perçu trop fermé quand il devrait être ouvert (ouvert, perçu comme *ouvér). En français, les voyelles fermées sont les plus tendues. C'est donc l'occasion de travailler la tension, geste articulatoire de base, dont Anton tirera un bénéfice général sur sa prononciation en français.

Nous travaillons sur la voyelle [e] fermé, la voyelle la plus fréquente en français, dont les graphies sont :

-ER (on va y aller, pour dîner, le boulanger, trop léger – sauf quelques rares mots : la mer, le fer, l'hiver, le cancer…), -É (on est allé, on a dîné, la santé), -ÉE (la rosée, une allée), -EZ (un nez, allez!).

Rappel : • Devraient être prononcées [e], mais sont parfois prononcée [ɛ] : la graphie -AI : je ferai, le quai, c’est vrai, un balai… ; la graphie -ES : les, des, ces, mesOn peut donc considérer ici que le choix du timbre est libre puisque c’est ce que les apprenants entendront auprès des locuteurs natifs.

• Devraient être prononcées [ɛ] mais sont de plus en plus souvent produits [e] : les graphies -ET : un billet, un ticket... ; -AIS : jamais, tu savais… ; -AIT : du lait, l'imparfait, il savait… ; -AIENT : ils savaient… ; -AIE : la craie, que j’aie… ; -AID : laid ; -AIX : la paix ; -AY : Viroflay. Mais aussi les graphies -È : dès que, du grès, -Ê : dans la forêt. On peut donc considérer ici que le choix du timbre est libre puisque c’est ce que les apprenants entendront auprès des locuteurs natifs.

 

   Voici donc un petit texte d'entraînement conçu pour Anton, présentant de nombreuses occurrences du son [e] fermé, mais aussi quelques occurences de [ɛ] ouvert. Car Anton doit aussi apprendre à maximiser les différences entre ces deux voyelles. La consigne : souligner en bleu les [e] fermés (plus tendus) , et en vert les [ɛ] ouverts (moins tendus). Puis pratiquer.

Cet entraînement peut aussi servir aux anglophones qui ont tendance à diphtonguer le [e] fermé en [ei].

 

Ça y est ! Vous êtes arrivé à la gare SNCF de Montpellier.

Désolé, mais il faut vous dépêcher : le TGV est déjà à quai. N'oubliez pas de composter votre billet.

Puis prenez l'escalier pour la voie D. Ne confondez pas avec l'Intercités voie B.

Allez ! Allez ! Vous y êtes? Cherchez la voiture 13 et montez sans tarder.

Ouf, c'est fait ! De nombreux passagers sont déjà installés, il y a beaucoup de sièges occupés.

Repérez votre place et asseyez-vous après vous être débarrassé de vos bagages. C'est parfait.

Ah ! Il vous faut recharger votre téléphone. Voilà, il est branché. Détendez-vous !

Fermez les yeux. Vous avez besoin de déconnecter.

Vous allez commencer votre trajet par une petite sieste bien méritée.

Et tout à l'heure, vous travaillerez un peu et vous lirez Libé et Le Canard Enchaîné. OK?

 

 Voici ma version enregistrée du texte.