30 avril 2008

Extraits

Paul PASSY, Petite phonétique comparée des principales langues européennes, 3ème édition, 1922, BG. Teubner.
PASSY est le co-fondateur de "International Phonetic Association" en 1886.

"1) Il est très instructif, quand on étudie les langues étrangères, d'observer la manière dont les étrangers parlent le français. Presque jamais, ils n'arrivent à le parler tout-à-fait bien - c'est-à-dire, tout à fait comme nous le parlons. Leurs erreurs sont de diverses sortes. Tantôt ils emploient un mot pour un autre : un Italien, par exemple, dira "Je vais me fermer" pour "Je vais m'arrêter". Tantôt ils emploient les mots autrement que nous ; un Allemand dit "Hier je venais vous voir" pour "Hier je suis venu vous voir". Tantôt enfin ils prononcent mal des mots du reste correctement employés.

2) Les fautes de cette dernière catégorie sont très persistantes. Tout le monde a pu entendre des Anglais, qui connaissent très bien notre langue, et sont incapables d'articuler d'une manière intelligible un petit mot comme vu ou été. Un Allemand du Nord dira Il faut mettre du zèle dans les aliments (du sel). Un Allemand du Sud ne manque pas de dire, quand il commence à pleuvoir, Il pleut des chats (déjà), ou encore, Il tombe des petits couteaux (des petites gouttes d'eau). Un Italien nous apprend qu'il a été un âne en France et un âne en Angleterre (un an)... Ces sortes de bévues, enjolivées par une imagination railleuse, prêtent à des plaisanteries sans fin : ainsi on fait dire à un Espagnol : Depuis que ma femme est morue, j'ai fait un veau de rester toujours bœuf et andouille (morte, vœu, veuf, en deuil).
Mais nous n'avons guère le droit de nous moquer des étrangers sous ce rapport, car nous écorchons leurs langues d'une manière tout aussi ridicule."

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Honoré de BALZAC, Le Cousins Pons, 1847-1848 : le personnage de Schmucke est allemand et BALZAC transcrit son fort accent ;
par exemple : "- Che fitrais edre assez ruche bir te vaire fifre tu les churs gomme ça... répondit mélancoliquement le bon Allemand."

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Guy de MAUPASSANT, Un duel, 1883 : l'accent de l'officier prussien est aussi transcrit ;
par exemple : "- Si fous ne foulez pas me rentre raison avec le bistolet, che vous tuerai !"

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Dans Metroland (1963), de Julian Barnes,
Deuxième partie, chap. 3.

"J’étais venu à Paris bien décidé à m’immerger dans la culture du pays, la langue, la vie quotidienne, et – aurais-je sûrement ajouté avec une désinvolture quelque peu hésitante – la population féminine . Au début je m’étais délibérément tenu à l’écart des Anglais, des journaux et des livres anglais ; ma langue refusait les anglicismes comme elle refusait le whisky et le Coca-Cola. Je me mis à gesticuler : de même que votre langue et vos lèvres doivent travailler plus pour articuler les voyelles françaises avec toute la précision voulue, vos mains sont censées effectuer de plus amples déplacements. Je passais la face externe de mes doigts pour exprimer l’ennui. J’appris à hausser les épaules tout en abaissant les commissures de mes lèvres. Je croisai mes doigts à hauteur de l’estomac, paumes tournées vers moi, puis levait brusquement mes deux pouces en faisant pop avec ma bouche. Cette dernière mimique – qui signifie en gros « Ça, je n’en ai pas la moindre idée » - aurait été tournée en dérision à l’école . Je la réussissais assez bien.
Et pourtant, plus je faisais des progrès en matière de langage, de gesticulation et d’immersion sociale, plus je sentais croître en moi une résistance à tout ce processus d’assimilation. Des années plus tard, j’ai lu quelque chose à propos d’une enquête californienne auprès de femmes japonaises de soldats américains. Il y avait alors une importante colonie de ces femmes, qui s’exprimaient encore aussi régulièrement en japonais qu’en anglais : elles parlaient japonais dans leurs boutiques et entre elles, et anglais à la maison. On leur avait posé des questions sur leur vie deux fois, la première en japonais, la seconde en anglais. Les résultats montraient qu’en japonais ces femmes étaient des créatures soumises et obligeantes, consciente de l’importance d’une étroite cohésion sociale, tandis qu’en anglais elles étaient indépendantes, franches et beaucoup plus tournées vers l’extérieur.
Je ne prétends pas avoir vécu une coupure psychologique aussi nette. Mais il est certain qu’au bout d’un moment je me rendis compte, sinon que je disais des choses auxquelles je ne croyais pas, du moins que je disais des choses que j’ignorais avoir envisagées d’une manière aussi inédite pour moi. Je m’aperçus que j’étais plus enclin à généraliser, étiqueter, classifier, ficher, répartir en catégories, expliquer, plus enclin à la lucidité – Seigneur ! oui, à la lucidité. Je ressentais un vague malaise ; ce n’était pas la solitude (j’avais Monique), ce n’était pas le mal du pays, c’était quelque chose qui avait un rapport avec le fait d’être anglais. J’avais aussi l’impression qu’une partie de moi-même était légèrement déloyale envers l’autre partie."

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Michèle BOULARES, auteur de manuels de grammaire chez CLE International, raconte l'anecdote suivante : son mari travaille au service de traduction simultanée de l'UNESCO à Paris. Comment les traducteurs ont-ils traduit la phrase suivante produite en français à la tribune par un intervenant hispanophone : "Les documents sont de bambou" (devant vous) ?

 

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Une expérience intime

IMG_4143Apprendre à entendre sa voix, jouer avec, la contrôler, accepter les différences de la langue étrangère, tant à l'écoute qu'à l'articulation, est une expérience très intime, psychologiquement chargée. Il ne s'agit pas comme avec les autres composantes de la langue (le lexique, la grammaire), de retenir et d'appliquer, mais de mettre en forme : ce n'est pas un savoir, mais un faire.
L'engagement de la personne est physique, il demande une souplesse vocale et psychologique qui nécessite une grande motivation et beaucoup d'entraînement.
L'entraînement à la prononciation doit être perçu par les enseignants (et les programmes) comme une dimension importante de l'enseignement de la langue, afin que les apprenants soient encouragés dans cet apprentissage qui marque aussi la capacité à entrer dans une nouvelle langue.
Une fois la motivation créée et entretenue, l'expérience de l'apprentissage est très personnelle. Il n'y a pas de méthode, d'information ou de représentation valable pour tous. Chaque cas est unique, lié à culture et à la personne. Mais à l'origine de chaque progression, voire de chaque succès, il y a une motivation explicite (voir les Monographies).

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29 avril 2008

Paul PASSY

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Paul PASSY (1859-1940) commence une carrière dans l’enseignement des langues à l’âge de 19 ans. Passionné par l’aspect pratique de l’étude de la langue, il perçoit l’importance de la phonétique dans l’enseignement des langues. Une de ses premières publications en 1897 est un ouvrage pédagogique de phonétique du français. Parmi les principes qu’il a aidé à formuler en 1888 pour l’alphabet de l’association, PASSY mit un accent particulier sur ceux qui pourrait aider l’enseignant, en particulier sur la simplicité de la forme des symboles et sur l'usage du nombre minimum de symboles nécessaires pour distinguer les différences distinctives entre les mots. Son intérêt concernant les méthodes d’enseignement l'amène à publier sur l'enseignement des langues dans le courant de la méthode directe (1899). Il a également été un farouche partisan d'un usage de la transcription phonétique pour l'apprentissage de la lecture en LM. La Petite phonétique comparée des principales langues européennes (1906), est un traité de phonétique destiné aux professeurs de langues vivantes, dans lequel on trouve une brève description du phonétisme français comparé essentiellement à l'anglais, l'allemand, l'espagnol, l'italien.
www.ling.su.se/fon/ phoneticians/Gubbar.html.


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Henry SWEET

Henry_Sweet_2
http://www.ling.su.se/fon/phoneticians/Henry_Sweet_2.jpg
Henry SWEET (1845-1912) est habituellement considéré comme le plus important des linguistes anglais du XIXème siècle et l'Alphabet Phonétique International a pour base originale sa transcription dite “broad Romic”. Son intérêt pour la transcription a dépassé le niveau segmental (voyelles et consonnes) puisqu'il introduit, en 1885, un système économique mais fonctionnel de notation de l’intonation, utilisant entre autres des marques en anglais devant les syllabes accentuées (marque qui sera incorporée plus tard dans l’alphabet de l'API).

Il était clair pour ces pionniers que l’enseignement de la prononciation devait être basé sur les mêmes principes que ceux sous-jacents à l’enseignement de la phonétique en tant que discipline. Pour Henry SWEET [SWEET, 1899], la prononciation ne peut s’apprendre par simple imitation, on doit apprendre à discriminer clairement entre les sons de la langue qu’on apprend et entre les sons étrangers et les sons de sa propre langue. Cela doit être fait par un entraînement auditif et articulatoire soigné.

A la même époque, l’usage de la transcription phonétique est promu comme un moyen de rappeler à l’élève quand utiliser les sons qu’il a appris à reconnaître et à produire. L’application stricte des méthodes phonétiques, impliquant un entraînement auditif rigoureux, un entraînement articulatoire, et l’usage des transcriptions phonétiques, était depuis longtemps accepté et largement utilisé particulièrement en Europe. Son succès dépendait du fait d’avoir des enseignants qui avaient eux-mêmes subi un entraînement phonétique rigoureux, et un des centres les plus influents a été le Département de Phonétique de University College à Londres. Daniel JONES, fondateur et longtemps directeur du département, soulignait en ces termes l’application de la phonétique à l’enseignement des langues [JONES, 1938] :

(traduction) "Le processus d'apprentissage de la prononciation d'une langue étrangère demande une 'analyse phonétique', qui à son tour forme les bases d'un 'entraînement phonétique'. 'L'analyse phonétique' doit spécifier avec suffisament de détails la nature des sons de la langue étrangère, et les usages de cette langue en matière de rythme, d'accent et d'intonation. 'L'entraînement phonétique' est la méthode pour amener l'élève à réaliser les actions nécessaires à la parole ; cela inclut :
(a) entraînement auditif (note de bas de page : par de fréquentes dictées de mots-sans-sens (logatomes) construits avec des sons de la langue étrangère) ;
(b) exercices des organes de la parole ;
(c) apprendre à utiliser les sons appropriés dans des mots et des phrases données ;
(d) apprendre à produire des séquences de sons avec un rythme, une accentuation et une intonation correctes."


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Témoignages d'étudiants (I)

[Voici quelques témoignages d'étudiants recueillis par écrit au fil des années... Je n'y ai rien changé, rien corrigé - les fautes y sont "originales"... Ces textes répondent à la consigne suivante : "Freins et motivations à l'apprentissage de la prononciation d'une llangue étrangère - expérience personnelle"]

Beata, Polonaise

Il y a quelques années une jeune et naïve jeune fille racontrait un beau Français. Celui-ci promenait au bord de la mer, lui montrait les étoiles et cette fille a constaté que la langue française est la plus joli au monde. Après les vacances très chaleureuses, elle reçevait des lettres d'amour et de nouveau elle était enchantée par le français et Français d'où naissait le projet de venir au source de ces merveilleux, c'est-à-dire en France. Mais là, la vie n'était pas en rose. Tout d'abord c'était très difficile de comprendre les français qui parlent vite et avec beaucoup de liasons. Pour arriver à se faire comprendre, il fallu perdre un peu de son accent polonais. On essayait alors d'imiter les intonations des phrases, des expressions entendues à la rue, à la radio, à la TV. Pour s'entraîner, on parlait les heures entières par téléphone, dans les cafés pendant les fêtes avec les françaises et français. On copiait leurs mouvement de la bouche, même si au début, ça faisait rire. Apprendre prononciation, intonation de la langue, c'est comme apprendre à danser - il faut faire travailler les muscles dans certain rythme et comme on aime dancer il n'y a que à apprendre la danse à la française.

  

 

 

Lilia, Moldave

Pendant mon séjour en France, j'ai demandé à ma professeur du français de me conseiller quelque chose pour amméliorer ma prononciation, à quoi elle m'a assurée que ce n'est pas du tout grave, qu'il vaut mieux que j'accorde attention à la grammaire, qu'un accent ne peut pas être liquidé, et qu'à la fin, c'est charmant... Donc, j'ai laissé tomber...

 

 

 Xiaodong, Chinois

Bien que j'ai appris le français depuis l'alphabet phonétique international, j'ai toujours du mal à correctement prononcer. Comme je considère "bien parler" pour une importante partie de la maîtrise du français, cela m'ennuit beaucoup.
Après être venu en France, j'ai attenssivement suivi des cours du phonétique. En écoutant, réécoutant, parlant et étudiant, j'ai esayé de m'améliorer sur ma prononciation. Quoique je sentais quelque progrès au bout d'un certain temps, le résultat en est moins bon que je l'imaginais. Des fois j'en étais déssu.
(...)
En réalité, il existe des difficultés que je n'est pas capable de résoudre bien que je travaille beaucoup dessus. D'abord, c'est la difficulté de distinguer de différents sons [occlusives sourdes/sonores]. Je sens aucune différence en les écoutant, de telle manière que je doute s'il y a quelque maladie dans mes oreilles. Ensuite c'est la difficulté de bien prononcer, puisqu'il n'existe pas des prononciations dans notre langue maternelle, quand je parle je ne fait pas très attention et prononce mal. Donc c'est plutôt un problème de l'habitude et il est surmontable à condition que je fasse des efforts.
Je désire parler fançais comme un français. Il est quasiment impossible, je le sais, mais je vais faire mon mieux.

 

 

 

Evguénia, Russe

A l'université linguistique de Moscou pendant les cours de la phonétique on faisait beaucoup d'exercices pour travailler les sons et les intonations. On faisait aussi la gymnastique pour les muscles du visage pour mieux prononcer.
Je n'ai pas de secret particulier d'apprentissage de la phonétique sauf une grande volonté et j'écoutais la radio en français, j'écoutais des chansons françaises, je travaillais avec le magnétophone imitant le spikeur, j'imitais mes acteurs et actrices préférés pour parler et gesticuler comme eux. Depuis toujours je voulais parler français comme un Français.

 

 

 

 Aleksandra, Polonaise

Mes premiers pas en français étaient dérisoires. Ils remontent aux beaux vieux temps de l'école secondaire où on m'a fait découvrir toute la beauté et la richesse de la langue de Molière. Je suis vite tombée aveuglement amoureuse d'elle, de sa mélodie encore davantage quand j'entendais la voix merveilleuse de Mireille Mathieu. J'ai toujours été fascinée par cette chanteuse que je trouvais unique en son genre et c'est à cause de son 'r' remarquable. Je lui dois beaucoup parce que c'est grâce à l'étude de ces interprétations, aux énormes efforts pour l'imiter, que j'ai amélioré ma phonétique en français. Les longues heures que je passais devant le magnétophone en valaient la peine. Bien sûr, le résultat n'était pas si parfait qu'on puisse me considérer d'emblée comme une française. L'accent polonais était constamment présent dans mes propos, néanmoins j'ai réussi à le rendre moins exaspérant en sorte que mes amis français le jugeaient très charmant. Leurs opinions m'étaient agréables mais au fond j'aurais préféré les surprendre par le manque absolu d'accent quelconque. je n'imagine pas une plus grande flatterie...

 

 

 Marketa, Tchèque

Après deux ans d'études du français dans mon pays d'origine je suis partie à l'étranger. Au début je me suis retrouvée comme dans un mauvais rêve. Je ne comprrenais rien et sûrtout je ne comprenais pas pourquoi les autres ne me comprenaient pas. Quand même je parlais en français ? Je me suis rendue compte très vite que c'était à cause de ma prononciation que j'avais du mal à me faire comprendre.
Je savais très bien si quelqu'un pouvait m'aider, ça serait que moi-même. Grâce à ma passion pour la lecture, je progressais vite, et même j'ai trouvé du plaisir de lire en haute voie. Quand j'étais à la maison, precque tout le temps, j'écoutais du radio et je regardais à la télé. Les séances du théâtre m'ont donné encore un autre point de vue sur la langue et la prononciation même

 

 

 

 Araceli, Mexicaine

Pendant l'année nous avons eu un seul exercise qui était la mémorisation d'une pièce de théâtre comme la présentation de celle-ci a la fin du deuxième semestre. Selon les arguments du professeur, cet exercise faisait à l'élève s'exprimer et travailler autant la mémoire que la phonétique. Tout cela était très bien, le seul inconvénient était que nous ne savions ni lire ni écrire quoique ce soit du français.
(...)
Alors le jour de la présentation est arrivé et la catastrophe aussi, personne a peut parler claire ni fort ni correctement ; les phrases ont été oubliées, l'œuvre a été pitoyable et le publique assez agressif. La pièce satyriquo-comique était devenue, pour nous, tragique. Voilà ce qui a fait un de grand fiasco de nôtre cours et par conséquent de mon apprentissage.

 

 

 Michela, Italienne

Mon véritable apprentissage du français commença au lycée mais mon amour pour cette langue se manifesta bien avant vers l'âge de huit ans. A cette époque, ma mère écoutait des chansons de Charles Aznavour en version italienne. Bien que les textes fussent en italien, la mélodie ne trompait pas, elle était celle d'un pays qui parlait une langue douce et pleine de grâce. Un couple d'amis, à la même période, venait rendre visite à mes parents régulièrement. Je me souviens de la fascination qu'il exercait sur moi quand l'un d'eux parlait dans sa langue maternelle. Je comprenais à peine quelques mots mais les sons de leurs voix étaient si agréables que je restais longtemps à les écouter. A quatorze ans, nourrissant une passion déclarée pour les langues, je choisis un lycée de langues étrangères. Le premier cours de français avait été une véritable surprise pour tout le monde : notre professeur, une italienne, maîtrisait phonétiquement cette langue à la perfection. J'étais ébahie et, bien sûr, n'eux qu'une envie : atteindre le même niveau.

 

 

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