31 juillet 2015

"Ç(a) a été ?"... en 4 ou 3 syllabes

 

    Si la cuisine et les restaurants français sont généralement célébrés (l'UNESCO a accepté d'inscrire la gastronomie française dans la liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité en 2010), l'accueil des clients dans un certain nombre de brasseries / restaurants laissait parfois à désirer...

Extrait de L'aile ou la cuisse, de Claude Zidi, 1976,
avec Louis de Funès et Coluche.

 

    Un réel effort a été fait depuis. Aujourd'hui, le service est plus souriant, plus prévenant, plus soucieux du client. La preuve en est : afin d'annoncer qu'il va débarrasser le plat de devant le client, le serveur dit au choix : "C'est terminé?", "Je peux vous débarrasser?", "Ça s'est bien passé?", "Ça vous a plu?"...

    J'ai remarqué dernièrement une formule très fréquemment utilisée par les serveuses et les serveurs dans cette situation : ils demandent "Ça a été?", mais prononcée non pas en 4 syllabes comme il se doit : [sa - a - e - te] mais en 3 syllabes [sa - e - te]. La formule est évidemment plus économique que toutes les autres précédemment citées, et sa réalisation en 3 syllabes l'est encore davantage ! ... Et cela compte quand on répète une question pour débarrasser chaque entrée, chaque plat et chaque dessert de chaque client !

    Ma première réaction de phonéticien a été de me demander comment un étranger pourrait décoder ce "Ç(a) a été" prononcé en 3 syllabes... En "Ça était"? En "Ça été"?

 

    Les cas de gémination (= allongement) de voyelles existent en français. La gémination permet de distinguer par exemple les énoncés suivants lorsqu'ils sont prononcés en un seul grand groupe rythmique - sans pause, sans coup de glote, etc... :

Il a porté deux bouteilles / Il a apporté deux bouteilles

Jean porte le sac / Jean emporte le sac

Anne a pris des nouvelles / Anne a appris des nouvelles / Anna a appris des nouvelles

Les garces ont tout volé / Les garçons ont tout volé

Sophie part lundi / Sophie y part lundi

Laure amène ses enfants / Laura amène ses enfants

etc...

 

   La littérature a depuis longtemps su transcrire par l'élision des marques d'oral ("T'as quel âge?" pour "Tu as quel âge?", "Les p'tits papiers" pour "Les petits papiers"...), mais je n'ai, à ma connaissance, jamais rencontré d'élision de "Ça" en "Ç'". Et vous ?

 

    Si un serveur vous débarasse en vous demandant "Ça a été ?", tendez l'oreille et demandez-lui de confirmer sa prononciation : "En 4 ou 3 syllabes?", "Ça - A - é - té?" ou "Ça - é - té?" et rapportez la réponse en commentaire de ce message. Rémy Porquier, linguiste, peut se porter témoin de la réponse du serveur à qui j'ai posé la question. "En 3 syllabes" a-t-il répondu en levant les yeux au ciel... Certains clients ont de ces curiosités ....

 

 

 

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22 juin 2015

Une nouvelle liste de Paloma et César

 

    Paloma et César ont eu envie d'enregistrer une nouvelle liste : les sports.

    Elle vient s'ajouter aux listes précédentes de Paloma :

Les pièces de la maison, Dans le lave-vaisselle, Dans ma trousse, Les insectes

    et à celles de Cléo :

La compilation

    César (qui avait enregistré un poème à 4 ans et demi : Locataires) a encore quelques difficultés pour distinguer parfois les fricatives sourdes ([s, θ, ʃ]) et sur certains groupes de consonnes : il prononce cycli-mse... mais parfaitement bien athléti-sme !

 

 

A vos marques ! Prêts ? Partez !!!

 

 

 

 

 

 

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23 février 2015

Expliquer une difficulté...

 

    

    Maria, hispanophone vivant à Paris depuis plus de 25 ans, me téléphone : "Il m'est arrivé une affreuse mésaventure phonétique, et je m'en veux terriblement ! J'ai mal prononcé le prénom d'une adolescente et j'ai entendu que ses camarades de classe se moquaient d'elle par ma faute. Il faut absolument que je m'entraîne et que je parvienne à me corriger ! Je n'arrive pas à prononcer ce prénom : [ɔʁœʁ]??" (pour Aurore [ɔʁɔʁ]).

 

     L'histoire de Maria me touche particulièrement... parce que j'ai une filleule qui s'appelle Aurore ! et que j'ai présentée il n'y a pas si longtemps à un groupe d'adolescents américains en visite à Paris. J'avais pressenti le danger phonétique : "This is my goddaughter Aurore... which means Dawn in french". J'ai quand même eu le temps de voir une seconde d'extrême étonnement dans les yeux des jeunes anglophones ayant cru un instant qu'en France, on pouvait s'appeler Horror ...

 

AuroreHorreur

     Je rappelle à Maria la différence [œ] / [ɔ], mais je sais qu'elle la produit parfaitement bien dans de nombreux mots : [œ] (qui n'existe pas en espagnol) est prononcé en avant de la bouche, c'est la correspondante arrondie de [ɛ] ;

[ɔ] (qui existe en espagnol comme allophone de /o/) est tout à fait différente, c'est une voyelle prononcée en arrière de la bouche.

 

     En y regardant de plus près, nous constatons que Maria fait précisément la différence entre [œ] et [ɔ] tant en perception qu'en production dans toutes les paires minimales suivantes :

peur             porc / port / pore

menteur       mentor

cœur           corps / cor

beurre         bord

d'heure       dort / d'or / d'ores

(dra)gueur  gore

(coi)ffeur     fort / for

fleur          flore

sœur          sort

seul           sol / sole

(pê)cheur   (off) shore

ils veulent      ils volent

(sa)veur     (dé)vore

(trei-) ze heures    (tré)sor      

(ma)jeur    (ma)jor

meurt    mort

(ho)nneur    (au) nord

l'heure    l'or.

 Il n'existe que deux mots en français ayant [ʁɔʁ] en finale : aurore et pérore.

 On trouve par contre de nombreux mots ayant [ʁœʁ] en finale, dont : assureur, bagarreur, courreur, éclaireur, empereur, erreur, fureur, horreur, laboureur, pleureur, terreur, tireur.

 

     Pour Maria, seule la paire horreur / aurore pose problème... et plus précisément aurore prononcé horreur.

     S'agirait-il d'un cas d'hyper-correction? quand on utilise à l'excès un son nouveau (ici [œ] qui n'existe pas en espagnol). Cela serait étonnant, car l'erreur est tout à fait isolée, elle n'apparaît pas en système.

     S'agirait-il d'un phénomène de co-articulation ? la totalité des paires [œʁ] / [ɔʁ] ne pose pas de problème. Seule la paire [ʁœʁ] / [ʁɔʁ] est floue. [ʁ] fricative uvulaire présente en français des résonnances antérieures... c'est particulièrement clair, lorsque ce [ʁ] français est opposé au [r-sound] anglo-américain... mais pas particulièrement quand il est opposé au [ɾ] de l'espagnol... [ʁ] serait-il ici un contexte dé-favorisant ? Je pense à l'article d'André Martinet "C'est jeuli, le Mareuc", qui traitait de l'antériorisation de /O/... Je pense aussi a contrario à Isabelle Malderez et à son analyse des occurrences "rocommencer", "rocopier", "roquin" chez les enfants en début d'école primaire et "roblochon" chez les adultes.

     Je fais finalement remarquer à Maria que le mot horror existe en espagnol. Et qu'il suffirait donc de passer des R roulés de l'espagnol aux R français pour parvenir à la bonne prononciation d'Aurore. S'agirait-il alors d'un blocage psycho-linguistique, Maria ne pouvant se résoudre à donner comme prénom féminin un mot qui ressemble tant à horror en espagnol. En tentant à tout prix de le franciser, Maria aboutirait à horreur, mot qu'elle cherche justement à éviter...

 

     Et vous, comment expliquez-vous la difficulté rencontrée par Maria?

 

 

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02 février 2015

Le Renard et la Cigogne... en API

 

 

    Il y a près de deux ans, j’ai mis en ligne sur ce blog un extrait du périodique : Le maître phonétique, de 1938 : « La fable de Pierre ». Cette adaptation en alphabet phonétique du conte normand de G. Demonge met en scène un enfant que l’on oblige à réciter la fable de La Fontaine « La cigale et la fourmi », ce qu’il fait de mauvaise grâce…

Pierre (très fort) : La cigale et la fourmi : La cigale ayant chanté Tout l’été, Se trouva fort dépoilue

La mère : Qu’est-ce que tu nous racontes ?  C’est « dépourvue » qu(e) c’est écrit.

Pierre : J’aime mieux dépoilue. Au moins, ça a un sens !

    J’avais constaté que ce message répondait à l’attente de nombreux internautes à la recherche de la transcription phonétique de la fable de La Fontaine. J’avais donc proposé quelques mois plus tard une transcription phonétique de la fable originale… sans pouvoir m’empêcher de questionner la tradition scolaire française qui fait apprendre par cœur aux enfants de 7 ans ces fables aujourd’hui si difficilement compréhensibles…

 

     Il y a quelques jours, j’ai vu « Maintenant ou jamais », film de Serge Frydman de 2013. Dans une scène du film, un petit garçon récite avec peine « Le Renard et la Cigogne ». Cela a suffi pour me faire réagir… et me donner l’envie de vous faire partager la scène… et la transcription phonétique de la fable !

 

Dans la scène du film, la récitation est en arrière plan d’une action principale silencieuse :

Le père : Vas-y, j(e) t’écoute.

L’enfant : Compère le Renard se mit un jour en frais, et retint à dîner commère la Cigogne. Le régal fût petit et sans beaucoup d'apprêts… Alors j’apprends la suite ?

Le père : Oui, vas-y, tu lis à partir de là…

L’enfant : en frais…  euh…. Le galant….. pour toute …. bésogne… avait le brouet… clair. J(e) comprends rien !

Le père : …. Bon, reprends du début. Vas-y !

L’enfant : Compère le Renard se mit un jour en frais…

Le père : Moins vite, moins vite, moins vite, prends ton temps…

L’enfant (très lentement) : Compère le Renard se mit un jour en frais….

 

 

 

 

Voici la transcription en Alphabet Phonétique International de mon enregistrement de la fable (voir plus bas).

 

Le Renard et la Cigogne      [lŒʁŒˈnaʁ / elasiˈgɔɳ //

Compère le Renard se mit un jour en frais,     [kõˈpɛʁ / lŒʁŒˈnaʁ / sŒmitɛ̃ʒuʁɑ̃ˈfʁɛ/

et retint à dîner commère la Cigogne.     [eʁŒtɛ̃tadiˈne / kɔˈmɛʁ / lasiˈgɔɳ //

Le régal fût petit et sans beaucoup d'apprêts :     [lŒʁegalfypŒˈti / esɑ̃bOkudaˈpʁɛ //

Le galant pour toute besogne,     [lŒgaˈlɑ̃ / puʁtutŒbŒˈzɔɳ /

Avait un brouet clair ; il vivait chichement.     [avɛtɛ̃bʁuɛˈklɛʁ /  ilvivɛʃiʃŒˈmɑ̃ //

Ce brouet fut par lui servi sur une assiette :     [sŒbʁuɛˈfy / paʁˈlɥi / sɛʁvisyʁynaˈsjɛt //

La Cigogne au long bec n'en put attraper miette ;     [lasiˈgɔɳ / olõˈbɛk / nɑ̃pytatʁapeˈmjɛt //

Et le drôle eut lapé le tout en un moment.     [elŒˈdʁol / ylapelŒˈtu / ɑ̃nɛ̃mOˈmɑ̃ //

Pour se venger de cette tromperie,     [puʁsŒvɑ̃ˈʒe / dŒsɛt(Œ)tʁõˈp(Œ)ʁi /

A quelque temps de là, la Cigogne le prie.     [akɛlkŒtɑ̃dŒˈla / lasigɔɳ(Œ)lŒˈpʁi //

"Volontiers, lui dit-il ; car avec mes amis     [vɔlõˈtje / lɥidiˈtil // kaʁavɛkmezaˈmi /

Je ne fais point cérémonie. "          [ʒŒnŒfɛpwɛ̃seʁemOˈni //

A l'heure dite, il courut au logis     [alœʁˈdit / ilkuʁytOlOˈʒi /

De la Cigogne son hôtesse ;     [dŒlasiˈgɔɳ / sõnoˈtɛs //

Loua très fort la politesse ;     [luatʁɛˈfɔʁ / lapOliˈtɛs //

Trouva le dîner cuit à point :     [tʁuvalŒdiˈne / kɥitaˈpwɛ̃ //

Bon appétit surtout ; Renards n'en manquent point.   [bõnapeˈti / syʁˈtu // ʁŒˈnaʁ /nɑ̃mɑ̃kŒˈpwɛ̃ //

Il se réjouissait à l'odeur de la viande     [ilsŒʁeʒwiˈsɛtalodœʁdŒlaˈvjɑ̃d /

Mise en menus morceaux, et qu'il croyait friande.     [mizɑ̃mŒnymɔʁˈso / ekilkʁwajɛfʁiˈɑ̃d //

On servit, pour l'embarrasser,     [õsɛʁˈvi / puʁlɑ̃baʁaˈse /

En un vase à long col et d'étroite embouchure.     [ɑ̃nɛ̃vazalõˈkɔl / edetʁwatɑ̃buˈʃyʁ //

Le bec de la Cigogne y pouvait bien passer ;     [lŒˈbɛk / dŒlasiˈgɔɳ / ipuvɛbjɛ̃paˈse //

Mais le museau du sire était d'autre mesure.     [mɛlŒmyzodyˈsiʁ / etɛdotʁŒmŒˈzyʁ //

Il lui fallut à jeun retourner au logis,     [illɥifalytaaˈʒœ̃ / ʁŒtuʁneʁOlOˈʒi /

Honteux comme un Renard qu'une Poule aurait pris,     [õˈtø / kɔmɛ̃ʁŒˈnaʁ / kynŒpuloʁɛˈpʁi /

Serrant la queue, et portant bas l'oreille.     [sɛʁɑ̃laˈkø / epɔʁtɑ̃balOˈʁɛj //

Trompeurs, c'est pour vous que j'écris :     [tʁõˈpœʁ / sɛpuʁˈvu / kŒʒeˈkʁi //

Attendez-vous à la pareille.      [atɑ̃deˈvu / alapaˈʁɛj //]

 

Sur La naissance d’Osiris, Air gracieux, de Jean-Philippe Rameau (Marc Minkowski et les Musiciens du Louvre)

 

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01 janvier 2015

[bɔneøʁøzanedømilkɛ̃z]

 

    L'humour, les jeux de mots exploitent souvent la phonétique (cliquez ici ou ou encore ici).

    Pour l'année qui commence, des sourires, de la joie et du plaisir à explorer de nouvelles manières de prononcer !

 

 

 

 

Happy new year !

Ein frohes neues Jahr ! 

 ¡ Feliz año nuevo !

 

 

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11 novembre 2014

Phonétique expérimentale et médias (I, II et III)

 

    Je lis dans le dossier Actualité / Science et Médecine / Psychologie de l’édition du jeudi 6 novembre du journal Le Monde, le grand article suivant (avec photo) dont beaucoup d'éléments me font réagir. Commencez par découvrir la première partie de cet article transcrit en Alphabet Phonétique International - soumettez moi vos transcriptions orthographiques (même partielles) en Commentaires de ce post. N'hésitez pas à faire part de vos corrections au cas où ! ... mais surtout de vos réactions mesurées et argumentées !

Deuxième partie de l'article et discussion à venir très prochainement !

 

 

[lŒkaʁismŒvOkal / ɔbʒεdŒsjɑ̃s // paʁ *sɑ̃dʁinkaby//

ε̃ʃεʁʃœʁitaljε̃ / aetydje / lediskuʁdŒlidœʁpOlitik / dŒdifeʁɑ̃pEi //

lefεdŒlœʁvwa / syʁlœʁOditwaʁ / εfõksjõ / dŒfaktœʁzakustik / mεzosikyltyʁεl //

 

kinaʒamεeteε̃pʁεsjOne / paʁlOtOʁitedynvwa / usykõbeoʃaʁm / dezε̃tOnasjõdε̃nOʁatœʁ // dŒpɥilõtɑ̃ / aktœʁ / ʃɑ̃tœʁ / emεmɔmpOlitik/  õdajœʁʁŒkuʁ / osεʁvisdŒkotʃvOko / puʁamEljɔʁelœʁpεʁfɔʁmɑ̃sɑ̃lamatjε:ʁ // mεdezɔʁmε / levwakaʁismatik / sõkaʁemɑ̃dŒvŒny / ynmatjεʁdetyd / puʁdesjɑ̃tifik / kiʃεʁʃaɑ̃nelyside / lepaʁamεtʁŒzakustik / psikOlOʒik //

*ro'zarjosiɳO'rɛlo / dɔktœʁɑ̃lε̃gɥistik /  eɑ̃psikOlOʒi /vjε̃ε̃sidŒpʁezɑ̃te / ε̃nɑ̃sɑ̃blŒdŒkOmynikasjõ / syʁlasjɑ̃sdevwakaʁismatik / aplikeolidœʁpOlitik / lɔʁdykõgʁεdŒlasOsjeteameʁikεndakustik / kisεtŒny / fε̃ɔktɔbʁ / a *indjanapolis / indjana // puʁsŒʒœnʃεʁʃœʁitaljε̃/ kitʁavaj / odepaʁtŒmɑ̃dŒʃiʁyʁʒidŒlatεtedyku / dŒlynivεʁsitedŒ *kalifɔʁni a *lɔsɑ̃nʒŒlɛs / sεtynevidɑ̃s // lezɔmpɔlitik / ytilizlœʁvwa / puʁsŒfεʁʁŒkɔnεtʁ / kɔmdɔminɑ̃dɑ̃zε̃gʁup / mεzegalmɑ̃ / puʁpʁOvOkedezemosjõ / emõtʁelœʁtʁεdŒkaʁaktεʁ // afε̃dɑ̃ kõpʁɑ̃dʁŒlemekanism / *ro'zarjosiɳO'rɛlo / aselεksjOne / dezœʁdɑ̃ʁŒʒistʁŒmɑ̃ / dŒpOlitisjε̃ / dŒplyzjœʁpEi // fʁɑ̃s / itali / pɔʁtygal / bʁezil / dõ *fʁɑ̃swaOlɑ̃d / *nikOlasaʁkOzi / *lula / ɑ̃sjɛ̃pʁezidɑ̃dybʁezil / sεkspʁimɑ̃ / dɑ̃difEʁɑ̃kõtεkst // lezεkstʁε / õtetesumi / aε̃panεl / dŒdøsɑ̃sɛ̃kɑ̃tpεʁsɔn / OʁiʒinεʁdŒplyzjœʁpEi / kidŒvεkalifjelevwa / ɑ̃pjɔʃɑ̃dɑ̃zynlist / dŒswasɑ̃tsɛtadʒεktif // dinamik / mŒnasɑ̃t / OtOʁitεʁ / kalm //

puʁvalidesezipOtεz / *ro'zarjosiɳO'rɛlo / amεmmanipylesεʁtε̃zeʃɑ̃tijõvOko / ɑ̃mOdifjɑ̃ / lœʁkaʁakteʁistikzakustik / pʁε̃sipalmɑ̃ / lafʁekɑ̃sfõdamɑ̃tal / kikOʁεspõ / alafʁekɑ̃sdŒvibʁasjõdekɔʁdvOkal / mεzosi / alalõgœʁdepoz / ɑ̃tʁŒlemo // leʁezylta / kiõfεlɔbʒε / dŒsatεz / sutnyɑ̃ʒɑ̃vjea *gʁŒnɔbl / sõtetɔnɑ̃ // lelidœʁ / pœvtadaptelœʁvwa / sŒlõdøfõksjõ // lynpʁimεʁ/ bjOlOʒik / kɔmynatutlezεspεs / animalkõpʁiz // lotʁakiz / depɑ̃dɑ̃tdŒlalɑ̃gedŒlakyltyʁ / ʁezymlŒdɔktœʁɑ̃lε̃gɥistik //

dabɔʁ / lezɔmpOlitik / mOdyllœʁfʁekɑ̃sfõdamɑ̃tal // plysεlsiεbas / sŒkikOʁεspõaynvwagʁav / plylε̃dividy / εpεʁsykɔmdOminɑ̃// alε̃vεʁs / plyzεl εtelve / plyzilεʁŒsɑ̃ti / kɔmdavɑ̃taʒsumi // sεpaʁεgzɑ̃plŒtʁεnεt / lɔʁskŒlõmanipyl / lafʁekɑ̃sfõdamɑ̃tal / dŒ *fʁɑ̃swaOlɑ̃d / suliɳ *ro'zarjosiɳO'rɛlo //]

 

 

 Le 16 novembre 2014

Voici la suite et la fin de la transcription en API de l'article de Sandrine Cabut : "Le charisme vocal, objet de science", publié dans le journal Le Monde, le 6 novembre dernier. Merci d'envoyer la transcription orthographique sous la rubrique Commentaires du présent post. Je discuterai du contenu de l'ensemble de l'article dans un prochain message.

 

[paʁalεlmɑ̃/ puʁsɥitil / lelidœʁpOlitik / adaptŒdotʁŒpaʁamεtʁ / dŒlœʁvwa / ʁitm / aʁmɔnik / ɑ̃fõksjõdemesaʒ / kilvœlfεʁpɑse / edykõtεkst // lŒpʁOfilvOkal / dε̃pOlitisjε̃ / εtε̃sivaʁjabl / sŒlõkil sadʁεsaynful / uadotʁŒlidœʁ // lalɑ̃g / ʒuosiε̃ʁolε̃pɔʁtɑ̃// ilniapɑdŒvwakaʁismatikynivεʁsεl / afiʁm *roˈzarjosiɳOˈrɛlo // paʁεgzɑ̃pl / lavwadŒ *lula / εʒyʒetʁεzagʁEsiv / paʁlefʁɑ̃sε // dɑ̃nɔtʁetyd / lefʁɑ̃sε / pʁefεʁtε̃nɔmpOlitik / avεkynvwa / dŒotœʁmwajεn / kilzasOsi / avεklakõpetɑ̃s / labjε̃vεjɑ̃s // alɔʁkŒlezitaljε̃ / pʁefεʁynvwaplygʁav / ʁŒsɑ̃tikɔmOtOʁitεʁ / detεʁmine / vwaʁmŒnasɑ̃t //

lamizɑ̃pʁatik / dŒsεtsjɑ̃s / devwakaʁismatik / puʁεtεl / fεʁbaskyle / ynelεksjõ // ynetyd / pyblijeɑ̃dømilduz / paʁdekanadjε̃ / kõklyε / kŒlŒpʁOfilvOkal / dekɑ̃dida / puvεtavwaʁ / ynε̃flyɑ̃sε̃pɔʁtɑ̃t / syʁlŒkõpɔʁtŒmɑ̃devOtɑ̃ / ekŒdezɔm / avεkdevwagʁav / puvεtεtʁavɑ̃taʒe //

mεdepʁOfEsjOnεl / ʁεstŒsiʁkõspε // ilεtε̃tEʁεsɑ̃ / kŒdesjɑ̃tifikveʁifi / sŒkŒnuzaplikõ / dŒpɥilõtɑ̃ɑ̃pʁatik / mεnɔtʁapʁɔʃ / εplyglɔbal / kŒdezanalizdŒfʁekɑ̃s / εstimlŒkotʃvOkal *ʒɑ̃sɔmmεʁ // lavwa / nεkε̃dezelemɑ̃ / dykaʁism / enutʁavajõ / syʁdotʁŒpaʁamεtʁ // lŒʁŒgaʁ / lapɔstyʁ //

*roˈzarjosiɳOˈrɛlo / pʁevwamε̃tnɑ̃ / dŒmŒne / lŒmεmʒɑ̃ʁdetyd / ʃedefampOlitikfʁɑ̃sεz / eɑ̃glOsaksɔn // ilkOlabɔʁegalmɑ̃ / avεkdepʁimatOlɔg / dŒlynivεʁsite / dŒ *kalifɔʁni / puʁanalize / lε̃flyɑ̃sdŒlavwa / dɑ̃lŒlidœʁʃip / depʁimat // sõnObʒεktif / demõtʁe / kŒlŒʁoldŒlafʁekɑ̃sfõdamɑ̃tal / dɑ̃lŒkaʁismŒvOkal / εpʁezɑ̃ / dɑ̃plyzjœʁzεspεs //]

 

 16 décembre 2014

 

  Comme promis, voici maintenant quelques commentaires sur le grand article d’une demi-page transcrit dans les deux derniers messages. Je ne connais pas les articles du chercheur cité, je ne commenterai donc que ce qui en est dit dans l’article de la journaliste. J’utiliserai volontairement un ton un peu polémique afin de susciter VOS réactions critiques tant sur l’article lui-même que sur mes propres commentaires.

 

1. Hollande, Sarkozy : vocalement « charismatiques » ?

     C’est la notion centrale de ce qui apparaît dans l’article comme une nouvelle science : « la science des voix charismatiques ». Les voix de François Hollande et de Nicolas Sarkozy n’ont jamais été décrites jusqu’à présent comme des voix charismatiques. Certains chercheurs (comme Ivan Fonagy) se sont intéressés aux voix de charme (comme les présentatrices de FIP, les voix d’hôtesses de l’air, etc) ; certaines actrices et certains acteurs sont souvent mentionnés pour leurs voix séduisantes (au même titre qu’un physique) - par exemple Marie-France Pisier ou Jean-Pierre Marielle ; la publicité (les voix des bandes annonces) et la radio (les voix dites FM) ont exploité le charisme vocal. Mais dire d’un politique ayant réussi qu’il est d’emblée caractérisé par une voix charismatique me semble extrêmement discutable. Cela me semble aussi discutable de dire d’un politique ayant réussi qu’il se caractérise d’emblée par un physique séduisant… Voir les portraits vocaux des politiques, réalisés par le coach Jean Sommer (cité dans l’article).

 

2. Le recours aux coachs vocaux

     Je conserve l’analogie avec le physique. On nous le répète souvent : les politiques font appel à toute sortes de conseillers en apparence - évidemment et heureusement moins nombreux que les conseillers en contenu ! - mais ils ne peuvent pas changer leur physique du tout au tout. C’est au moins la même chose pour la voix. Au moins, car autant un physique peut s’aménager par des artifices (vêtements, coiffure, lunettes…), autant la voix est nue. Mais on peut entraîner une voix comme on entraîne un corps : cela demande alors BEAUCOUP de travail, même pour les plus doués. Les médias ont suffisamment commenté l’expression orale souvent maladroite de Nicolas Sarkozy quand il était en poste pour se rendre compte des limites des possibilités d’un tel entraînement. Tous les entraînements vocaux ne sont pas aussi spectaculaires ni réussis que dans le film « Le discours d’un roi » ! J’aurais tendance à penser sans originalité que c’est avant tout leurs qualités politiques qui ont permis à ces personnalités de se retrouver à la tête de partis politiques et que leur nature vocale (au même titre que leur physique) n’a pas représenté un handicap important. Jospin avec une voix plutôt aigue a occupé des fonctions politiques plus élevées que Philippe Seguin avec une belle voix grave. La réussite politique n’est donc pas liée à une définition du « charisme vocal ». On se trompe donc de sujet…

 

3. Le prestige de la procédure expérimentale

     L’article rapporte des faits spectaculaires sans les questionner : «  a sélectionné des heures d’enregistrement » : une sélection selon quels critères ? « un panel de 250 personnes » : était-il nécessaire de consulter autant de personnes ? qui étaient ces personnes ? des professionnels de la voix ? pour quel type de tests ? passés dans quelles conditions ? « qualifier les voix en piochant dans une liste de 67 adjectifs » : c’est beaucoup… et même trop, non ? même pour des professionnels, qualifier une voix suivant 67 adjectifs…. « R.S. a modifié principalement la fréquence fondamentale » : quel est l’intérêt d’une telle manipulation artificielle ? C’est comme si le chercheur avait rapetissé Jacques Chirac de 20 cm (il mesure 1,89m) juste pour voir… A quoi bon ? De plus, cette modification de la fréquence fondamentale est aujourd’hui une procédure très simple réalisée en quelques secondes par n’importe quel logiciel de base du traitement du signal. C’est aussi ce que fait le logiciel Auto-Tune pour éventuellement corriger en temps réel la justesse des chanteurs.

 

4. Enfoncer des portes ouvertes

     Ce que nous rapporte l’article : « Plus la voix est grave, plus l’individu est perçu comme dominant » - seul titre mis en exergue dans l’article. Qui ce « résultat » surprend-il ? L’axe grave / aigu se superpose avec les axes masculin / féminin, sombre / clair,  etc…  Il s’agit d’universaux acoustiques dont nous avons tous conscience. Bien sûr, le chercheur retient l’axe dominant / soumis. Mais il aurait pu choisir autoritaire / bienveillant, ou agressif / doux…

     PS : Dommage de nous épater / appâter avec une liste de 67 adjectifs descriptifs des voix pour ne rapporter qu’une glose de l’axe grave / aigu…

     L’analyse des pauses mentionnée dans l’article a été étudiée depuis longtemps dans le discours et en particulier dans le discours politique par des chercheuses comme Danielle Duez (université Aix-Marseille), Marie-Annick Morel, Suzanna Fagyal, Maria Candea de l’université Paris 3. Il a été montré en particulier que l’accession à des positions socialement dominantes favorisait l’apparition de pauses plus longues.

     Question taquine : Qu’est-ce qui, d’après vous, est plus autoritaire : une voix forte ? ou une voix faible ? Pensez-vous qu’il y a là un domaine de recherche et de quoi demander leur avis à 250 personnes ?

     L’article semble ici nous amener à une définition d’un modèle de voix masculine charismatique en politique : une voix grave. Comme il a été montré que les personnes grandes et belles recevaient à fonctions égales des salaires plus élevés que les personnes communes. Les politiciens doivent-ils rendre leur voix plus grave et ne réussirons-nous qu’en étant grands et beaux ?

 

5. Le grand frisson médiatique

     Le résultat du chercheur mis en lumière par la journaliste est : « Plus une voix est élevée (voix aiguë) plus l’individu [homme] est ressenti comme davantage soumis. C’est par exemple très net lorsque l’on manipule la fréquence fondamentale de François Hollande. » Sans doute ! Et cela aurait été vrai avec n’importe quelle voix d’homme rendue plus aigue. Il est alors plus sensationnel de décrire l’homme (plutôt que la voix ainsi transformée) comme « plus soumis » que « moins dominant » ! Autrement dit qualifier François Hollande de « soumis »… ce qui retient l’attention des journalistes.

     Et pour nous faire peur, posons nous la grave question : « La mise en pratique de cette « science des voix charismatiques » pourrait-elle faire basculer une élection ? » Des chercheurs canadiens ont montré que « que le profil vocal des candidats pouvaient avoir une influence importante sur le comportement des votants et que des hommes avec des voix graves pouvaient être avantagés ». Ils auraient sans doute pu montrer de même que l’aspect physique d’un candidat pouvait avoir une influence importante sur le comportement des votants et que des personnes avec des physiques attractifs pouvaient être avantagés. Sans doute ! Quelle mise en pratique de cette « science » ? Les partis politiques ne vont plus promouvoir que de jolis physiques et des voix graves ? Pourquoi donc ne l’ont-ils pas déjà fait ?

 

6. La phonétique qui enchante les médias

     Quand les médias parlent de phonétique, c’est rarement pour promouvoir les courants universitaires majoritaires. C’est plutôt, pour donner quelques exemples, pour prendre fait et cause pour le sulfureux docteur Alfred Tomatis et ses idées si singulières et presque magiques, ou pour rapporter des expertises vocales pourtant si décriées (judiciaires ou autres), et plus récemment pour s’intéresser aux questions de genre (féminisme, homosexualité, trans) qui alimentent tant les polémiques. Alors qu’il y a de nombreux sujets moins sensationnels mais tout aussi passionnants qui mériteraient pourtant l’intérêt des médias. La prononciation des langues étrangères en est un ! Mais il faudrait sans doute alors fustiger les piètres performances de nos personnages publics pour retenir l'attention... Alors que ma nature m'inciterait plutôt à valoriser les performances remarquables !

 

     Pour conclure, je ne suis pas sûr que l’article mette en valeur les qualités du chercheur, en tous cas pas pour un lecteur averti. Il est par contre très vraisemblable qu’un tel article soit relayé par de nombreux médias avec des mots clés tels que : pouvoir, charisme, science… Espérons que cette médiatisation sera bénéfique à notre collègue chercheur !

  

   N'hésitez pas à réagir à votre tour tant sur l'article que sur mes commentaires. C'est à vous !

 

 

 

 

 

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28 octobre 2014

Militons pour le rythme !

 

 

    Dans Phonétique Progressive du Français, niveau Débutant, réédité par CLE International (2012), on trouve page 19 un exercice de rythme ayant pour titre Manifestation. Il s'agit de mettre des paroles scandées sur un rythme imposé.

    Je vous propose ici l'exercice contraire : deviner le rythme de la scansion à partir du texte.

    Lors de la manifestation parisienne "Marche pour le climat" du 21 septembre dernier, on a entendu le slogan suivant :

Urgence climatique, transition énergétique !

    Comment rythmez-vous cet énoncé?

    Envoyez-moi par mail un mp3 scandé enregistré sur votre téléphone par exemple : tapez dans vos mains au rythme d'une marche (mais pas sur chaque syllabe). Je ferai un montage des 5 premiers envois. Les francophones non-natifs sont prioritaires :) La réponse et l'explication dans une semaine !

 

    Mon adresse e-mail pour vos envois : fonetiks@hotmail.fr

 

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22 octobre 2014

Une chanson idéale ?

 (voir les autres messages sur les chansons ici : Chanson phonétique, La voyelle [ø] en deux chansons, Les voyelles d'aperture moyenne, ...)

 

    J'essaye toujours d'appliquer un grand nombre de critères pour choisir une chanson à exploiter phonétiquement en classe.

    En voici une liste :

- une chanson plutôt lente (afin de pouvoir contrôler au mieux sa prononciation) ;

- une chanson sans accent régional ;

- une chanson présentant le moins possible de "e" prononcés artificiellement (éviter "FrèrE JacquEs") ;

- une chanson dont le contenu tant lexical que syntaxique ne demande pas trop d'explications ;

- une mélodie facile à mémoriser (que l'on ait du plaisir à chantonner dès que possible) ;

- une chanson qui suit le rythme de la parole en français (c'est-à-dire avec la pulsation rythmique sur la dernière syllabe des groupes rythmiques  - autrement dit que la seule lecture des paroles induise le rythme de la chanson ;

- une chanson avec un objectif phonétique évident (une caractéristique rythmique - allongement de la dernière syllabe des groupes rythmiques, régularité des syllabes inaccentuées... - , une voyelle, une consonne...) ;

- une chanson avec des groupes rythmiques courts ;

- une chanson qui permet de la chanter en écho - comme en canon, même sans la connaître.

 

      Ces critères vous semblent-ils présents dans la version concert de la chanson Seras-tu là? de Michel Berger que voici ?

 

 

    Il sera intéressant de comparer l'accentuation de cette version concert avec la version de l'album ou celle(s) de Véronique Sanson.

 

Seras-tu là ?  de Michel Berger (1975)

Et / quand nos regrets          [e / kɑ̃noʁŒˈɡʁɛ
viendront danser                  [vjɛ̃dʁõdɑ̃ˈse
autour de nous                     [otuʁdŒˈnu
nous rendre fous                  [nuʁɑ̃dʁŒˈfu
Seras-tu là  ?                       [sŒʁatyˈla

Pour / nos souvenirs           [puʁ / nosuvŒˈniʁ
et nos amours                      [enozaˈmuʁ
Inoubliables                        [inubliˈabl
inconsolables                      [ɛ̃kõsOˈlabl
Seras-tu là  ?                       [sŒʁatyˈla

Pourras-tu suivre                  [puʁatyˈsɥivʁ
là où je vais ?                       [lauʒŒˈvɛ
Sauras-tu vivre                    [sOʁatyˈvivʁ
le plus mauvais ?                 [lŒplymOˈvɛ
La solitude                          [lasOliˈtyd
le temps qui passe              [lŒtɑ̃kiˈpas
Et l'habitude                        [elabiˈtyd
regarde-les                         [ʁŒgaʁdŒˈlE
Nos ennemis                      [nozenŒˈmi
dis-moi que oui                  [dimwakŒˈwi
Dis-moi que oui                 [dimwa / kŒˈwi


Quand nos secrets             [kɑ̃nosŒˈkʁɛ
n'auront plus cours            [noʁõplyˈkuʁ
Et quand les jours             [ekɑ̃leˈʒuʁ
auront passé                      [oʁõpaˈse
Seras-tu là  ?                       [sŒʁatyˈla

Pour/ pour nos soupirs       [puʁ / puʁnosuˈpiʁ
sur le passé                        [syʁlŒpaˈse
Que l'on voulait                 [kŒlõvuˈlɛ
que l'on rêvait                    [kŒlõʁEˈvɛ
Seras-tu là  ?                       [sŒʁatyˈla

Le plus mauvais               [lŒplymOˈvɛ
La solitude                         [lasOliˈtyd
le temps qui passe              [lŒtɑ̃kiˈpas
Et l'habitude                       [elabiˈtyd
regarde-les                         [ʁŒgaʁdŒˈlE
Nos ennemis                      [nozenŒˈmi
dis-moi que oui                  [dimwakŒˈwi
Dis-moi que oui                 [dimwa / kŒˈwi

Seras-tu là  ?                       [sŒʁatyˈla

 

     Vous voulez partager une chanson qui remplit bon nombre des critères précisés plus haut ? J'en ferai la transcription phonétique ! N'hésitez pas ! (en Commentaires ci-dessous)

 

 

Posté par fonetiks à 23:16 - Commentaires [4] - Permalien [#]

Phonétique contrastive illustrée

 

    Stacy Blair est une brillante enseignante de français dans le secondaire à New York City. Elle a suivi en 2009-2010 le M.A. de Teaching French as a Foreign Language (TFFL) de New York University dispensée à NYC et à Paris. C'est là que nous avons travaillé ensemble.

    Après des mois de préparation et de recherche de financements, Stacy a réussi à organiser un voyage de classe en avril dernier de NYC à Paris et m'a gentiment proposé d'animer un atelier phonétique avec ses élèves.

    A cette occasion, le groupe m'a offert un Penguin Book vraiment très amusant :

Vahram Muratyan (2011), Paris versus New York : a Tally of two Cities, Penguin Books (précédemment édité en France aux Editions 10/18)

    On retrouve partiellement le contenu de ce livre sur le blog de l'auteur.

    Le principe est d'une simplicité très efficace : chaque double page met en contraste des illustrations des deux villes et/ou les deux populations sous un aspect ; à gauche Paris, à droite New York City. Par exemple (cliquez sur l'image pour l'agrandir) :

 

40ingenieur48reinvention

 

54humeur

37pepelepew-1

        

 

 

 

... où l'on retrouve Pepé Le Pew, célèbre personnage de cartoon à l'accent français, face aux écureuils de Central Park.

 

    Et voici comment l'auteur traite de façon contrastive le français de Paris et l'anglais de New York ...

DSC03359

 

    (Si le livre oppose Conversation / Dialogue, le blog de l'auteur propose une autre interprétation de la même illustration : Ambiance dans un restaurant / Soundscape in a restaurant.)

 

    C'est une image qui parle particulièrement aux phonéticiens expérimentaux : cette représentation de base de l'onde sonore (que l'on trouve aujourd'hui sur tous les ordinateurs) est un oscillogramme (ici très stylisé bien entendu). Sur l'axe horizontal, le temps. Sur l'axe vertical l'intensité.

    Ce qu'illustre le dessin?    Qu'en français parisien, la parole présente une moindre intensité (moins fort) et peu de variations (ce que que les anglo-américains perçoivent comme relativement monotone et plat). Alors qu'en anglais new-yorkais, la parole présente une forte intensité (plus fort) et d'importantes variations.

    Un bon dessin vaut mieux qu'un long discours?

    Une amie qui encadrait un groupes d'adolescents français placés en séjour linguistique dans des familles aux Etat-Unis m'a raconté l'histoire suivante : elle reçoit un jour un appel d'une famille américaine qui s'inquiétait beaucoup de son adolescent français, qui semblait vraiment triste et déprimé. Mon amie demande à parler à l'adolescent. Le jeune homme lui assure que tout va très bien... mais il avoue s'étonner de ce ton perpétuellement extrêmement enthousiaste de sa famille d'accueil !

 

    Un entraînement à la prononciation doit aborder aussi de ces différences culturelles de production de parole ! Ces différences sont les premières à nous sauter aux oreilles lorsque nous sommes exposés à une nouvelle langue, et nous savons en général facilement les imiter pour nous amuser. Mais bizarrement, dès que nous commençons un entraînement à la prononciation, nous perdons cette capacité d'imitation pourtant si précieuse....

    Nous en reparlerons !

 

 

 

 

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21 octobre 2014

Morpho-phonologie des voyelles

 

    J'ai déjà abordé ici la question des ressources linguistiques utiles à l’élaboration d’exercices phonétiques. J'ai déjà défendu dans de précédents messages l'idée que la tâche la plus importante pour l'enseignant ne doit pas être de rechercher des mots d'entraînement à la prononciation mais bien de définir clairement - et de partager avec les apprenants - l'objectif phonétique de l'exercice, de vérifier que la nature de l'exercice est en adéquation avec l'objectif, de veiller à la précision des consignes, à la place de l'exercice dans le cours (après l'information, la stimulation de la motivation), à l'intérêt de la mise en oeuvre en classe, à la progression à l'intérieur de chaque exercice et entre les exercices, et d'organiser l'animation des retours d'expérience.

    Les questions de morphologie rejoignent souvent les problèmes phonétiques : dans la morphologie du genre par exemple, l'alternance - "Mexicain - Mexicaine", renvoie à un problème phonétique : l'alternance [ɛ̃ / ɛn]  ([Voyelle nasale] - [Voyelle orale + Consonne nasale]) qui est parfois difficilement réalisée. Les manuels de phonétique exploitent parfois beaucoup ces alternances. On exerce la phonétique en même temps que l’on entraîne certains mécanismes de structuration morphologique. On parle alors de morpho-phonologie.

 

    De façon générale, pour entraîner à la prononciation (par exemple de [y]), l'enseignant a à sa disposition :

- la phonologie : en particulier avec les paires minimales. (“Au-dessus / au-dessous ”). Ce matériau linguistique est particulièrement adapté aux exercices de perception.

- le lexique : (“L’avenue de Bellevue”). Ce matériau linguistique peut être adapté en fonction du niveau du public pour les exercices de production : répétition, substitution. Les dictionnaires alphabétiques ne sont pas d’une grande aide pour l’enseignant, puisqu’on cherche en général d’abord à présenter le son en syllabe finale de mot. Il existe des bases de données lexicales qui présentent toute la souplesse du traitement informatique, mais qui sont peu répandues. Ce sont les dictionnaires de rimes (ou dictionnaire inverses) qui présentent le meilleur rapport accessibilité / utilité.

- la morphologie : ("Je vais venir, je vais voir, je vais vaincre -> Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu”). Définie traditionnellement [ARRIVÉ et al., 1986] comme l’étude de la forme des mots, la morphologie englobe l’ensemble des manifestations de la flexion, les variations des mots selon les catégories du genre et du nombre, de la personne ainsi que les divers modes de formation des mots : dérivation et composition.

    Pour les incidences phonologiques des alternances morphologiques, on parle de morpho-phonologie :

1. étude systématique des moyens phonologiques mis en œuvre dans les variations morphologiques comme la flexion.

2. en grammaire générative, les règles phonologiques - destinées à interpréter les structures de surface pour obtenir des représentations phonétiques.[SCHANE, 1968, French Phonology and Morphology, MIT Press, Cambridge]

    La morphologie présente  l’avantage d’offrir un système (contrairement au lexique), favorable à l’élaboration d’exercices de type structuraux. Mais les régularités morphologiques incitent aussi à une généralisation engendrant des impossibilités aussi éprouvées par les enfants en langue maternelle. Par exemple : *"j'ai prendu", *j'ai li"...

   ...et par Francis Blanche : "C'est en forgeant qu'on devient forgeron. Mais ce n'est pas en se mouchant qu'on devient moucheron, ni en sciant que Leonard De Vinci (/devint scie)/".

      On parle d’alternance régulière quand elle est statistiquement fréquente.

 

    Je le répète, la recherche des mots, du matériau linguistique des exercices, est malheureusement souvent la première préoccupation phonétique des enseignants.

    Or la tâche principale de l’enseignant est d’animer la réflexion sur les processus d’apprentissage et sur les moyens de corriger les écarts.

  

    C'est donc pour éviter cette recherche fastidieuse que je propose un tableau synthétique des correspondances entre certains aspects morphologiques (morphologie du verbe, du genre, du nombre, affixation, transformations = d’une catégorie à une autre) et les voyelles phonétiques du français.

    Le tableau suivant présente pour chaque voyelle les alternances morphologiques aboutissant à cette voyelle. Ainsi chaque alternance est évoquée deux fois : par exemple (prison –> emprisonnement ) pour [ɑ̃], (emprisonnement -> prison ) pour [õ]

    Les abréviations utilisées sont :

V0 : verbes à l’infinitif     N : noms      Adj : adjectifs      N.anim = noms animés

N.inanim = noms inanimés     Voy. : voyelles     Cons. : consonnes     nas. : nasales

    Les alternances irrégulières d’une seule occurrence sont signalées par une astérisque. Leur irrégularité ne dit rien de leur fréquence. Par exemple, l’alternance [y]/[u] est irrégulière (Tu / Vous) mais très fonctionnelle et potentiellement très fréquente.

    Chaque correspondance morpho-phonologique est illustrée par une liste (L1, L2, L3...) donnée plus loin.

 

    Exemple : Mon objectif est de travailler l'opposition [ɛ̃ / in]  ([Voyelle nasale] - [Voyelle orale + Consonne nasale]). Je cherche donc dans le tableau sous l'entrée de la voyelle orale [i] ou de la voyelle nasale [ɛ̃]  (je dois trouver les mêmes listes sous ces deux entrées). Je trouve dans la colonne NOMS et la sous colonne du GENRE : • (L4) [ɛ̃] - [in] (argentin - argentine). Je peux donc consulter la Liste 4 pour trouver les occurrences lexicales de cette alternance morphologique :

Pays / région... : alpin, angevin, argentin, byzantin, florentin, girondin, latin, limousin, maghrébin, périgourdin, philippin, poitevin

Noms et adjectifs : anodin, assassin, badin, câlin, chauvin, citadin, clandestin, concubin, copain *, coquin, cousin, crétin, divin, enfantin, féminin, fin, gamin, lapin, libertin, machin, marin, masculin, mesquin, radin, rouquin, sagouin, sanguin, taquin, voisin.

 

 

(cliquer sur l'image pour agrandir)

MPP1

MPP2

MPP3

MPP4

 

    On notera que les alternances phonologiques correspondent rarement à des paires de confusion en apprentissage de la prononciation des voyelles du français.

    Les alternances morphologiques peuvent servir à la construction d’exercices structuraux quand elles ont régulières, c’est-à-dire présentes dans un grand nombre de cas. Le nombre de cas de chacune de ces alternances est très variable (voir listes ci-dessous).

     Ces listes étant assez volumineuses, j'attends vos réactions (en Commentaires de ce message) pour mesurer votre intérêt à en disposer. En voici  les premières pages....

 (cliquer sur l'image pour agrandir)

List1

List2

List3

List4

List5

 

List6

 

    La construction de tels exercices est le plus souvent réservée pour l’usage d’étudiants avancés. On trouve des exercices exploitant les alternances morphologiques dans tous les manuels de phonétique.

 

    On pourrait de même lister les régularités morphologiques impliquant des consonnes, par exemple :

[ʁ] Construction du futur simple : Tu viendras ? Je viendrai !

[ʁ] initial de réitération : Reviens !

[z] de liaisons : Tous les ans

[ʒ] initial : Je viens ou J’viens (avec des verbes commençant par une consonne sonore)

[ʒ] final : repasser / repassage

 

 

 

Posté par fonetiks à 18:19 - Commentaires [3] - Permalien [#]