27 mai 2014

Un virtuose des liaisons

 

    Bernard Guetta est un brillant journaliste français, qui a travaillé au journal Le Monde (1978-1990), a obtenu le prix Albert Londres en 1981, et intervient sur les questions géopolitiques depuis 1991 sur la radio France Inter. On peut entendre sa chronique Géopolitique du lundi au vendredi à 08h19 sur France Inter.

    Ce qui est immédiatement remarquable pour un phonéticien dans la parole de Bernard Guetta, ce sont les liaisons. Le flux de sa parole se caractérise par une extrême continuité, les groupes rythmiques sont souvent très longs, et par conséquent les possibilités de liaisons très nombreuses et généralement réalisées... parfois avec excès.

(voir les précédents posts du blog traitant des liaisons ici : (1), (2), (3).

    Il n'est pas question ici de porter un jugement sur la pratique des liaisons de ce journaliste. Je défends l'idée que la langue étant en évolution, l'usage fait loi. C'est donc comme simple observateur que je rentre dans le détail. Comme me le faisaient remarquer des oreilles innocentes : "Bernard Guetta ne fait aucune faute de liaison ! ". Autrement dit, pas de pataquès (quand on fait entendre un -T- final quand il y a un -Z- ou inversement, Je ne sais pas -T- à qui est-ce...), pas de cuir (quand on place un T, Le roi va -T- à Reims, lexicalisé dans l'expression va t'en guerre), pas de velours (quand on fait entendre un -Z- plutôt qu'un -T- : Ils étaient -Z- en vie. Il existe un velours lexicalisé dans l'expression entre quatre-z-yeux.)

   La pratique de la liaison est une marque prestigieuse de contrôle de la langue puisqu'elle précise les liens entre les mots : les mots ne sont plus juxtaposés comme des perles (Deux # euros), mais on indique, parfois sans nécessité absolue, leurs liens -Z- orthographiques. Il existe néanmoins des règles -Z- académiques, ordonnant les liaisons en -N- obligatoires, facultatives... ou interdites comme par exemple après la conjonction et, et # entre un nom singulier et l'adjectif qui le suit.

   Voici donc un petit jeu ! Lisez ci-dessous le texte de la chronique du 8 mai. Notez les liaisons que VOUS -Z-auriez NATURELLEMENT réalisées... puis comparez (-Z-?) avec la lecture de Bernard Guetta.

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Texte de la chronique Géopolitique de Bernard Guetta du jeudi 8 mai 2014 sur France Inter.

Vladimir Poutine baisse le ton

Une grande prudence s’impose mais la Russie paraît infléchir sa position sur l’Ukraine. La prudence s’impose car, depuis le début de cette crise, Vladimir Poutine, ses porte-parole et son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, ont toujours soufflé le chaud et le froid pour mieux avancer leurs pions en semant le doute sur leurs intentions mais le président russe n’en a pas moins –c’est un fait- baissé le ton hier.

Premier changement, il a appelé les séparatistes pro-russes, qualifiés de « représentants de l’Ukraine du sud-est » et de « partisans d’une fédéralisation de ce pays », à « différer » le référendum qu’ils comptaient organiser dimanche prochain. Il peut l’avoir fait car, contrairement à ce qui s’était passé en Crimée, la Russie et ses partisans ne seraient en fait pas en situation de se prévaloir d’une bien grande participation à se scrutin illégal puisqu’ils ne contrôlent que peu de villes et qu’il n’y a pas de vrai mouvement de soutien populaire à leurs agissements.

Ce geste de bonne volonté pourrait bien ne relever que du réalisme mais, quand bien même serait-ce le cas, il n’en resterait pas moins que le réalisme est la première étape de la sagesse et qu’il y a là un élément de désescalade puisqu’un référendum, même grossièrement truqué, aurait créé une situation difficilement réversible. Ce premier point est d’autant plus positif que les séparatistes paraissent avoir obtempéré en affirmant leur « plus grand respect pour Vladimir Poutine » et déclarant : « S’il juge cela nécessaire, nous en discuterons évidemment ».

Leur décision devrait être connue aujourd’hui et le président russe a fait, dans la foulée, une deuxième concession, bien plus importante encore, en estimant que l’élection présidentielle ukrainienne du 25 mai pourrait se tenir à condition que les violences cessent. C’est là un complet changement de pied. On jugeait jusqu’à présent à Moscou que cette présidentielle était illégitime car organisée par un pouvoir qualifié de « putschiste » ou même de « junte fasciste de Kiev ». On en contestait d’avance le résultat mais Vladimir Poutine n’en rejette maintenant plus le principe en ne subordonnant sa reconnaissance qu’à un retour au calme c’est-à-dire, a précisé le Kremlin, à un arrêt de l’offensive des dirigeants ukrainiens contre les villes aux mains des séparatistes.

Si ces déclarations d’hier ne sont pas bientôt contredites par d’autres, elles pourraient ouvrir la voie au grand compromis auquel aspirent les capitales occidentales, un donnant-donnant, la présidentielle et la reconnaissance par la Russie du chef de l’Etat qui en sortirait en échange d’une réforme constitutionnelle qui, sous une forme ou l’autre, fédéraliserait l’Ukraine et donnerait ainsi à la Russie un droit de veto sur ses politiques.

Ce ne serait pas inacceptable car tel est le rapport de forces. Ce serait en tout cas mieux que la guerre et éviterait à la Russie l’isolement économique qui la menace mais on ne pourra commencer à y croire que lorsque les troupes russes se seront éloignées de la frontière ukrainienne. A entendre Vladimir Poutine, ce serait fait mais, non, ça ne l’est pas encore.

 

 

    Vous pouvez maintenant écouter cette même chronique avec le diaporama que voici et en suivant sur le texte présenté plus bas qui détaille toutes les liaisons académiquement possibles (obligatoires et facultatives) ou interdites. :

 

 

Une grande prudence s’impose mais la Russie paraît -T- infléchir [1] sa position sur l’Ukraine. La prudence s’impose car, depuis le début de cette crise, Vladimir Poutine, ses porte-parole et son ministre des -Z- [2]  Affaires -Z- étrangères [3], Sergueï Lavrov, ont toujours soufflé le chaud # et [4] le froid pour mieux -Z- avancer [5] leurs pions en semant le doute sur leurs -Z- intentions [6] mais le président russe n’en a pas moins –c’est -T- un fait [7]- baissé le ton hier.

Premier changement, il a appelé les séparatistes pro-russes, qualifiés de « représentants de l’Ukraine du sud-est » et de « partisans d’une fédéralisation de ce pays », à « différer » le référendum qu’ils comptaient -T- organiser [8] dimanche prochain. Il peut l’avoir fait car, contrairement -T- à [9] ce qui s’était passé en Crimée, la Russie et ses partisans ne seraient -T- en fait [10] pas -Z- en situation [11] de se prévaloir d’une bien grande participation # à [12] ce scrutin # illégal [13] puisqu’ils ne contrôlent que peu de villes et qu’il n’y a pas de vrai mouvement de soutien populaire à leurs -Z- agissements [14].

Ce geste de bonne volonté pourrait bien ne relever que du réalisme mais, quand bien même serait-ce le cas, il n’en resterait pas moins que le réalisme est la première étape de la sagesse et qu’il y a là un -N- élément [15] de désescalade puisqu’un référendum, même grossièrement truqué, aurait créé une situation difficilement réversible. Ce premier point est d’autant plus positif que les séparatistes paraissent -T- avoir [16] obtempéré en -N- affirmant [17] leur « plus grand respect pour Vladimir Poutine » et déclarant : « S’il juge cela nécessaire, nous -Z- en [18] discuterons -Z- évidemment [19]».

Leur décision devrait -T- être [20] connue aujourd’hui et le président russe a fait, dans la foulée, une deuxième concession, bien plus -Z- importante [21] encore, en -N- estimant [22] que l’élection présidentielle ukrainienne du 25 mai pourrait se tenir à condition que les violences cessent. C’est là un complet changement de pied. On jugeait jusqu’à présent # à Moscou [23] que cette présidentielle était -T- illégitime [24] car organisée par un pouvoir qualifié de « putschiste » ou même de « junte fasciste de Kiev ». On -N- en [25] contestait d’avance le résultat mais Vladimir Poutine n’en rejette maintenant plus le principe en ne subordonnant sa reconnaissance qu’à un retour au calme c’est- -T- à-dire, a précisé le Kremlin, à un -N- arrêt [26] de l’offensive des dirigeants -Z- ukrainiens [27] contre les villes -Z- aux mains [28] des séparatistes.

Si ces déclarations d’hier ne sont pas bientôt contredites par d’autres, elles pourraient -T- ouvrir [29] la voie au grand compromis # auquel [30] aspirent les capitales -Z- occidentales [31], un donnant-donnant, la présidentielle et la reconnaissance par la Russie du chef de l’Etat qui en sortirait en -N- échange [32] d’une réforme constitutionnelle qui, sous -Z- une forme [33]  ou l’autre, fédéraliserait l’Ukraine et donnerait -T- ainsi [34] à la Russie un droit de veto sur ses politiques.

Ce ne serait pas -Z- inacceptable [35] car tel est le rapport de forces. Ce serait -T- en tout cas [36]  mieux que la guerre et éviterait -T- à la Russie [37] l’isolement # économique [38] qui la menace mais -Z- on [39] ne pourra commencer -R- à y croire [40] que lorsque les troupes russes se seront -T- éloignées [41] de la frontière ukrainienne. A entendre Vladimir Poutine, ce serait fait mais, non, ça ne l’est pas -Z- encore [42].

 

Voici dans le diaporama suivant un montage de toutes les liaisons réalisées par le journaliste. Afin d'améliorer le confort d'écoute, chaque occurence de liaison est répétée deux fois, et le débit a été ralenti.

 

 

 

Bernard Guetta réalise pratiquement toutes les liaisons du texte. Néanmoins, les liaisons suivantes semblent discutables :

• le chaud # et [4] le froid

• jusqu’à présent # à Moscou [23]

• contre les villes -Z- aux mains [28] des séparatistes.

 l’isolement # économique [38]

Ce dernier cas de liaison (académiquement interdite) entre un nom singulier et l'adjectif suivant, ne semble pas exceptionnel pour le journaliste. J'ai relevé dans sa chronique du 22 mai : le mandat -T- européen. [Ajout du 29 août : sommet -T- extraordinaire]

 

 Et vous? Où en est votre pratique des liaisons en français? Merci de me faire part de vos commentaires !

 

 

 

 

 

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21 mai 2014

Jours, mois et saisons...

 

    Pour continuer sur l'expression du temps, Cléo, Nina et Paloma ont enregistré le nom des jours de la semaine ainsi que des mois et saisons de l'année.

Le diaporama ci-dessous est un exercice de répétition, en patrons d'échelons progressifs à gauche et / ou à droite, sans support écrit (les mots apparaissent après - ou avant leur écoute / répétition). On entend une jolie touche provençale dans la prononciation de Paloma quand elle dit "samedi" en 3 syllabes, là où les parisiennes Cléo et Nina prononcent le mot en 2 syllabes "sam(e)di".

Exemple1 : Lundi, le lundi, tous les lundis, ...

Exemple2 : Janvier, en janvier, en janvier prochain, ...

Exemple3 : Le printemps, ce printemps, le printemps dernier, ...

 

 

 

 

 

 

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20 mai 2014

Phonétiquement équilibré

 

    Rémy Porquier de l'Université Paris Ouest Nanterre La Défense (anciennement Paris X) est professeur honoraire en Sciences du langage. Ses domaines de spécialité sont la didactique et la linguistique. Son ouvrage avec Henry Besse : Grammaire et didactique des langues, LAL Didier (1984), est un classique du domaine. Il a récemment réalisé un émouvant recueil de textes littéraires qui traitent de l'apprentissage des langues, des accents et de la communication ... qui cherche toujours publication.

    Merveilleux narrateur, insatiable curieux, Rémy Porquier aime partager et transmettre.

    Il m'envoie aujourd'hui le message suivant :

 

"J'ai remarqué que les quatre fameux vers de Nerval (Les Chimères, El Desdichado, 1854):

   Je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsolé    [ʒŒsɥilŒtEnE'bʁø / lŒ'vœf / lɛ̃ksO'le

   Le prince d'Aquitaine à la tour abolie    [lŒpʁɛ̃sŒdaki'tɛn alatuʁabO'li

   Ma seule étoile est morte et mon luth constellé    [masœlEtwalɛ'mɔʁt / emõlytkõstE'le

   Porte le soleil noir de la mélancolie    [pɔʁtŒlŒsOlɛj'nwaʁ / dŒlamelɑ̃kO'li]

comporte toutes les voyelles orales - [et nasales] - du français, y compris les semi.

 

C'est nettement plus beau (bien que moins court) que celui que j'avais fabriqué, en 14 syllabes (une seule occurrence de chaque phonème vocalique) :

   Rendez-vous au vieux port le onze juin vers dix heures du soir

   ɑ̃de'vu / ovjø'pɔʁ / lə: z'ʒɥɛ̃ / vɛʁdizœʁdy'swaʁ]

ce dernier étant peut-être plus utile dans la vie sociale surtout qu'on peut permuter dix et onze selon les rencontres et l'heure des marées... "

 

 

 

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12 mai 2014

Les listes de Cléo : dire l'heure

 

 

   Cléo, Nina et Paloma ont voulu enregistrer une nouvelle (longue) liste répondant à la question : Quelle heure est-il?

Deux façons de s'entraîner avec ce diaporama :

1. RÉPÉTER les énoncés APRÈS Cléo, Nina et Paloma ;

2. LIRE L'HEURE dès le "bip" et comparer ENSUITE avec l'enregistrement...

   Attention, c'est assez rapide !

Voici la première partie : les heures du matin.

 

 

 

 

Quelle heure est-il ?   [kElœʁE'til
Le matin. "C'est l'heure de se lever".    [lŒma'tɛ̃ / sElœʁdŒsŒlŒ've
Debout ! C'est l'heure de se lever.   [dŒ'bu / sElœʁdŒsŒlŒ've
Sept heures.   [sE'tœʁ
Sept heures et quart. Il est sept heures et quart.   [sEtœʁE'kaʁ / ilEsEtœʁE'kaʁ
Sept heures et d(e)mie.    [sEtœʁE'dmi
Huit heures moins l(e) quart.    [ɥitŒʁmwɛ̃lˈkaʁ
Huit heures.   [ɥiˈtŒʁ
Huit heures vingt.   [ɥitŒʁˈvɛ̃
Huit heures et demie.   [ɥitŒʁE'dmi
Neuf heures moins vingt.    [nŒvŒʁmwɛ̃ˈvɛ̃
Neuf heures.    [nŒˈvŒʁ
Neuf heures vingt cinq.    [nŒvŒʁvɛ̃'tsɛ̃k
Neuf heures et demie.    [nŒvŒʁE'dmi
Dix heures moins vingt cinq.    [dizŒʁmwɛ̃vɛ̃'tsɛ̃k
Dix heures.    [di'zŒʁ
Dix heures cinq.    [dizŒʁ'sɛ̃k
Dix heures et d(e)mie.    [dizŒʁE'dmi
Onze heures moins cinq.    [õzŒʁmwɛ̃'sɛ̃k
Onze heures.    [õ'zŒʁ
Onze heures dix.    [õzŒʁ'dis
Onze heures et d(e)mie.    [õzŒʁE'dmi
Midi moins dix.    [midimwɛ̃ˈdis
Midi.    [miˈdi
Midi et quart.    [midiEˈkaʁ
Midi et d(e)mie.    [midiE'dmi
J'ai faim ! C'est l'heure de déjeuner.    [ʒEˈfɛ̃ / sElŒʁdŒdEʒŒˈne
Une heure moins l(e) quart.    [ynŒʁmwɛ̃l'kaʁ
Une heure.    yˈnŒʁ]

 

 

 Deuxième partie : les heures de l'après-midi, du soir et de la nuit...

 

 Attention ! Pour les heures de l'après-midi, deux solutions : soit "Une heure et demie", soit "13 heures 30". "*13 heures et demie" n'est pas possible.

 "Dans le français contemporain coexistent deux manières de dire l'heure (...), manières qui naguère encore étaient très inégales socialement et culturellement. La première, longtemps la seule admise en société "distinguée", et la seule utilisée par la littérature, divise les vingt-quatre heures de la journée en deux fois douze, et compte chaque fois de zéro à douze en précisant du matin pour le premier groupe, de l'après-midi ou du soir pour le deuxième : trois heures du matin, onze heures et demie du soir, etc. Quand le contexte est suffisamment clair, on s'abstient de préciser s'il s'agit du matin ou du soir. Il n'y a pas de zéro heure ni de douze heures, qui sont respectivement minuit et midi. (...)
 La deuxième méthode est infiniment plus logique et plus commode. Elle nomme les heures de zéro à vingt-quatre, et les minutes de zéro à soixante (...) C'est une méthode ingénieuse, d'origine technique et d'un emploi qui fut longtemps exclusivement administratif. Elle avait cours surtout à propos des horaires de chemin de fer : "l'express de vingt-deux heures quarante"(...) Aussi n'était-il pas rare qu'on jugeât que se servir d'elle, en dehors de ce contexte ferroviaire, c'était user d'un français de "chef de gare" (...)
 Mais comme beaucoup de façons de s'exprimer qui passent ou qui passaient pour "vulgaires", elle se répand rapidement dans l'ensemble du corps social. Elle s'est déjà assuré une sorte d'exclusivité pour tout ce qui présente un caractère officiel, public ou semi-public. "Vernissage à 18h30". Même dans le cadre d'activités purement privées, dès lors qu'elles revêtent un caractère collectif ou si peu que ce soit de solennité, c'est le système moderne de préciser les heures qui l'emporte. "Le docteur X vous propose un rendez-vous à 14h30". L'ancien système ne garde plus comme champ d'application que l'aire de l'intimité : "Nous ne dînons jamais avant neuf heures". (Répertoire des délicatesses du français contemporain, R. Camus, Points, P.O.L. Editeur, 2000).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelle heure est-il ?   [kElœʁE'til
L'après-midi    [lapʁEmiˈdi
Une heure. Treize heures    [yˈnŒʁ / tʁE'zŒʁ]
Une heure et demie. Treize heures trente.    [ynŒʁE'dmi / tʁEzŒʁ'tʁɑ̃t
Deux heures moins le quart. Treize heures quarante cinq.

[døzŒʁmwɛ̃lˈkaʁ / tʁEzŒʁkaʁɑ̃tˈsɛ̃k
Deux heures. Quatorze heures.
   [døˈzŒʁ / katɔʁˈzŒʁ
Deux heures vingt. Quatorze heures vingt.
[døzŒʁˈvɛ̃ / katɔʁzŒʁˈvɛ̃
Deux heures et demie. Quatorze heures trente. [døˈzŒʁE'dmi / katɔʁzŒʁ 'tʁɑ̃t
Trois heures moins vingt. Quatorze heures quarante.  [tʁwazŒʁmwɛ̃ˈvɛ̃ / katɔʁˈzŒʁka'ʁɑ̃t
Trois heures. Quinze heures.  [tʁwaˈzŒʁ / kɛ̃ˈzŒʁ
Trois heures vingt cinq. Quinze heures vingt cinq.  [tʁwazŒʁvɛ̃tˈsɛ̃k / kɛ̃zŒʁvɛ̃tˈsɛ̃k
Quatre heures. Seize heures.   [kaˈtʁŒʁ / sɛˈzŒʁ
Cinq heures moins vingt cinq. Seize heures trente cinq.   [sɛ̃ˈkŒʁmwɛ̃ˈvɛ̃tˈsɛ̃k / sɛˈzŒʁ'tʁɑ̃t'sɛ̃k
J'ai faim. C'est l'heure de goûter. [ʒE'fɛ̃ /sELœʁdŒguˈte
Cinq heures. Dix-sept heures.   [sɛ̃ˈkŒʁ / disɛˈtŒʁ
Cinq heures dix. Dix-sept heures dix.   [sɛ̃kŒʁ'dis / disɛtŒʁ'dis
Six heures. Dix-huit heures.    [siˈzŒʁ / dizɥiˈtŒʁ
Sept heures moins dix. Dix-huit heures cinquante.   [sE'tœʁmwɛ̃dis / dizɥiˈtŒʁsɛ̃kɑ̃t
Le soir...    [lŒˈswaʁ
Sept heures. Dix-neuf heures.   [sE'tœʁ / diznŒˈvŒʁ
Sept heures cinq. Dix-neuf heures cinq.   [sEtœʁˈsɛ̃k / diznŒvŒʁˈsɛ̃k
Huit heures. Vingt heures.   [ɥiˈtŒʁ / vɛ̃ˈtŒʁ 
J'ai faim. C'est l'heure de dîner.  [ʒE'fɛ̃ /sELœʁdŒdiˈne
Neuf heures moins cinq. Vingt heures cinquante cinq.   [nŒˈvŒʁmwɛ̃ˈsɛ̃k / vɛ̃ˈtŒʁsɛ̃kɑ̃tˈsɛ̃k
Neuf heures. Vingt-et-une heures.    [nŒˈvŒʁ / vɛ̃tEyˈnŒʁ
Je suis fatigué. C'est l'heure de se coucher.   [ʒŒsɥifati'ge /sELœʁdŒsŒkuˈʃe
Neuf heures et demie. Vingt-et-une heures trente.  [nŒvŒʁE'dmi / vɛ̃tEyˈnŒʁ'tʁɑ̃t
La nuit...    [la'nɥi
Dix heures. Vingt-deux heures.    [di'zŒʁ / vɛ̃ndøˈzŒʁ
Dix heures et quart. Vingt-deux heures quinze.  [dizŒʁEˈkaʁ / vɛ̃ndøzŒʁˈkɛ̃z
Onze heures. Vingt-trois heures.    [õ'zŒʁ / vɛ̃ntʁwaˈzŒʁ
Onze heures vingt. Vingt-trois heures vingt.   [õ'zŒʁvɛ̃ / vɛ̃ntʁwaˈzŒʁvɛ̃
Minuit. L'heure du crime...   [mi'nɥi / lœːʁdyˈkʁim
Minuit et demie.   [minɥiE'dmi
Une heure du matin.   [ynŒʁdymaˈtɛ̃
Deux heures du matin.  [døzŒʁdymaˈtɛ̃
Trois heures du matin.   [tʁwazŒʁdymaˈtɛ̃
Quatre heures du matin.   [katʁŒʁdymaˈtɛ̃
Cinq heures du matin.   [sɛ̃kŒʁdymaˈtɛ̃
Six heures du matin.    [sizŒʁdymaˈtɛ̃
Sept heures du matin.  [sEtœʁdymaˈtɛ̃
Debout ! C'est l'heure de se lever.   [dŒ'bu / sElœʁdŒsŒlŒ've

 

 

 

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10 avril 2014

Du prestige des paires minimales

 

   La linguistique structurale (initiée par Ferdinand de Saussure en 1916) conçoit la langue comme un système, une structure, d’éléments en opposition (ou en équivalence) les uns avec les autres.

Ferdinand de Saussure

Ferdinand de Saussure

    Dans l’analyse phonologique structurale, une paire minimale est une paire de mots qui ne sont distingués (et donc qui s’opposent) que par une seule différence phonétique. Par exemple, les mots « main / ment » constituent une paire minimale : le changement de voyelle phonétique, [mɛ̃] / [mɑ̃] produit un changement de sens. L’existence de cette paire minimale prouve qu’en français, [ɛ̃] et [ɑ̃] sont des valeurs oppositives fonctionnelles : ce sont deux phonèmes vocaliques du français.

   De même, les mots « pin / bain » forment une paire minimale. Ces deux mots, aux sens distincts, attestent de l'opposition fonctionnelle de [p] et [b] en français : ce sont deux phonèmes consonantiques du français.

   Les paires minimales sont donc l'outil de base du linguiste qui traite de la matière sonore d'une langue. Elles constituent les preuves de l'existence des phonèmes, et des rapports d'opposition, de distinctivité qu'ils entretiennent. Le linguiste, le phonologue, le phonéticien citent souvent des paires minimales par exemple pour rappeler une opposition dans une une analyse distributionnelle (voir par exemple le post sur les voyelles d'aperture moyenne).

   Les paires minimales sont aussi mises en évidence dans les jeux de mots : exemple de titre du Carnard Enchaîné : "Hongrois rêver !" [g/k]. Mais aussi dans les lapsus, les contrepétries...

 

   Je ne résiste pas au plaisir de partager un exemple tiré d'un petit ouvrage de prononciation de l'anglais que j'aime particulièrement : TRIM, John, KNEEBONE, Peter, English Pronunciation Illustrated, Cambridge University Press, 1965. Il s'agit d' «énoncés minimaux», délicieusement illustrés, mettant en évidence dans le cas ci-dessous l'opposition créée par la division des mots en anglais.

Trim1

 

   En apprentissage de la prononciation d’une langue étrangère, les paires minimales constituent un outil traditionnellement utilisé pour présenter un phonème de la langue qui n'existe pas dans la langue des apprenants (par exemple [y] dans Tu), en opposition avec un phonème ayant un équivalent dans la langue des apprenants et avec lequel ce nouveau phonème risque d'être confondu (par exemple [y], souvent confondu avec [u] de Tout).

   En classe, on demande à l’écoute d'une paire minimale (l’attention n’est qu’auditive, portée sur la forme) si les mots entendus sont identiques ou différents ("nu / nous"). Les mots de la paire doivent être prononcés avec la même intonation pour que la différence ne porte que sur l’opposition travaillée. On cherche alors avec l'apprenant à décrire les phonèmes en opposition en termes acoustiques (plus aigu, plus grave...), articulatoires (plus ouvert, plus fermé, plus antérieur, plus postérieur...) et esthétiques (plus lumineux, plus sombre…).

   Une fois ces caractéristiques oppositives établies, on entraîne à la perception de cette distinction par des exercices de discrimination. « Vous allez entendre deux mots : sont-ils identiques ou différents ? » Ces exercices se font bien sûr sans support orthographique. La correction est immédiate.

   En perception, on distingue les exercices de discrimination (à l’écoute d’une suite de mots – le plus souvent une paire, dire s’ils sont identiques ou différents) des exercices d’identification dits aussi de repérage (à l’écoute d’une suite de mots – le plus souvent une paire, identifier le mot portant un son particulier).

   L’entraînement perceptif à la discrimination et à l'identification est essentiel. Il doit être important et régulier sur les oppositions posant problème. On considère en effet généralement qu’une opposition ne peut être produite consciemment que si elle est d’abord bien perçue. Les rapports entre la perception d’une opposition et sa production sont pourtant complexes. Ce n’est pas parce qu’on entend une différence qu’on est capable de la reproduire, mais il est rare de produire consciemment une opposition que l’on n’entend pas.

   Il revient à l’enseignant d’établir des listes de paires minimales ordonnées en difficulté croissante : présentant le son d’abord en syllabe accentuée (dernière syllabe phonétique du mot), puis en syllabe initiale, enfin en syllabe médiane. Les manuels de phonétique proposent tous des exercices de discrimination, mais avec un petit nombre d’items pour des raisons de place mais aussi parce que les mots du lexique constituant des paires minimales sont souvent en nombre très limité (et très variable suivant les oppositions) surtout si le niveau est pris en compte.

 

   On comprend bien que les paires minimales, preuves pour le linguiste ou le phonologue de l'opposition entre deux phonèmes, soient constituées de mots du lexique (à une différence sonore correspond une différence de sens). Mais l'enseignement d'une langue étrangère a-t-il besoin d'utiliser des paires de vrais mots ? Il ne s'agit plus de faire la preuve d'une opposition (la preuve est faite), et le public auquel on s'adresse est constitué d'apprenants, non de linguistes ! Il s'agit donc plutôt en classe d'utiliser du matériel sonore permettant l'entraînement systématique à la perception de deux unités distinctives que l'apprenant risque d'avoir des difficultés à distinguer dans la nouvelle langue.

   On peut donc s’interroger sur la nécessité d’utiliser le lexique comme support d’une activité d’abord perceptive, non dirigée vers le sens. D’ailleurs, les mots extraits du lexique, même s’ils ont la légitimité de leur origine, sont alors présentés hors contexte et ne sont donc pas porteurs de sens dans la mise en oeuvre de l’exercice. Si la préoccupation du sens en enseignement des langues est généralement toujours louable, elle semble ici atteindre ses limites puisque l’entraînement auditif à la perception ne vise pas l'accès au sens. L'utilisation de vrais mots laisse même entendre qu'ils peuvent exister ainsi, de manière isolée, alors que ce n'est que très rarement le cas à l'oral. L’essentiel, dans le cas de l'entraînement à la discrimination auditive, n’est-il pas que les items proposés respectent les règles phonotactiques du français, c’est-à-dire suivant des combinaisons de phonèmes communes en français ?

 

   Pourquoi alors ne pas se dégager de la contrainte lexicale (la recherche d’un lexique utilisé hors contexte peut être considérée comme fastidieuse) et concevoir les exercices de perception de façon systématique respectant les contraintes phonotactiques du français, à utiliser comme des gammes (ce sont des exercices rapides), qui offrent un matériel abondant et dont on peut alors contrôler précisément la progression ?

   Lorsque les (jeunes ou futurs) enseignants conçoivent un exercice de phonétique traitant d'une opposition phonologique, ils sont généralement prioritairement inquiets du corpus, et non de l'organisation de l'exercice (sa place dans la progression, sa mise en oeuvre optimale en classe, la structure même de l'exercice, le mode de correction,...) Et nous voilà souvent partis avant toute chose à la pêche aux paires minimales, comme si ces pépites linguistiques allait conférer un prestige suffisant pour assurer l'intérêt de notre exercice. Non ! Si les paires minimales représentent un intérêt linguistique, leur intérêt pédagogique n'est pas plus élevé que des logatomes (c'est-à-dire de faux mots comme "gu" (/ goût") mais qui existe dans le mot "ambigu"). Il est bien plus utile d'organiser les contenus en difficulté croissante : par exemple en laissant visible dans un premier temps l'articulation de la bouche - peu utile il est vrai dans le cas [y]/[u], ou en suivant les contextes facilitants (voir les Verbo-tonalistes), en multipliant les stimuli d'entraînement, etc...

Alors, afin d'en finir avec ce leurre pédagogique, voici des paires minimales mises à disposition pour ne plus avoir à les chercher (on remarquera les distributions lacunaires...)

(cliquez sur les tableaux pour les agrandir)

 D'abord les paires minimales Consonne + Voyelle (CV) :

PairMinCV

 

Puis les paires minimales Consonne + Voyelle + Consonne (CVC) :

CVC

 

... et des logatomes systématiques Consonne + Voyelle + Consonne (CVC). Je ne suis bien sûr ni le premier ni le seul à inciter à la pratique des exercices de discrimination et d'identification à partir de logatomes plutôt que de vrais mots. Jean-Guy LEBEL, entre autres, dans ses propositions de workout, détaille des logatomes systématiques.

LEBEL, Jean Guy (1990), Traité de correction phonétique ponctuelle, Québec : Les Editions de la Faculté des Lettres de l’Université Laval, 278 p.

 

Logat1

Logat2

 

 

 

    À la suite d’un entraînement en perception à la discrimination, puis à l’identification, il est tentant de travailler les paires minimales également en production. Mais rappelons-le, ce n’est pas parce qu’un différence fonctionnelle est perçue qu’elle est produite de façon satisfaisante. On fait alors répéter le son cible dans différents contextes (peu, te, que, bœufs, deux, gueux…) avant de faire répéter les paires minimales issues de la paire de confusion (peu / pou, te / tout, que / cou…).

    J'attire l’attention sur le fait que la répétition de paires minimales constitue une tâche difficile, puisqu’elle juxtapose, comme un vire-langue (tongue twister), les termes de la confusion. Les paires minimales doivent avant tout être un outil pédagogique permettant l'entraînement systématique à la perception, c'est-à-dire à l'établissement de nouvelles catégories perceptives.

 

 

 

 

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07 mars 2014

Un apport de la suggestopédie : la musique !

   

    La suggestopédie est une approche pédagogique développée en Bulgarie dans les années 1960-1970, fondée sur les techniques de suggestion (c'est l'époque de la guerre froide, des espions conditionnés, et des possibilités inexplorées du cerveau...). Imaginée et développée par l'éducateur et psychiatre bulgare Georgi Lozanov (1926-2012), elle a été à l'origine utilisée comme méthode d'enseignement général dans des écoles primaires. Cette approche "non-analytique" (on dit aussi "non-conventionnelle") a fait naître de grands enthousiasmes et d'intenses polémiques... Avec le recul, certains excès de la méthode - en particulier les postulats infondés ou trop insuffisamment justifiés - peuvent aujourd'hui faire sourire. Mais c'est l'exploitation de la musique par la méthode pour des raisons phonétiques qui nous fait l'évoquer ici.

Georgi LOZANOV

    Quelques sources ...

• Par un des promoteurs de l'approche :
LEREDE, Jean, La suggestologie, Que sais-je?, n° 2072 (non réédité).

• Un dossier promotionnel sous forme d'entretiens :
http://www.la-positive-attitude.com/ebookgratuit/suggestopedie.pdf

• Le rapport d'évaluation de l'Unesco réalisée à la demande de la Bulgarie en 1980  :
http://unesdoc.unesco.org/images/0004/000433/043398fo.pdf

• en anglais et vers les sites officiels :
http://www.suggestopedia.eu/

 

    En 1999, le très sérieux Centre International d'Etudes Pédagogiques (CIEP) avait mis en ligne un intéressant article de Marie Galloway-Bussy intitulé Les fondements de la suggestologie lozanovienne, malheureusement disparu mais dont je reproduis ici quelques extraits.

« Pour Lozanov, le but de la suggestologie est "d'explorer l'individu dans toute la variété et la complexité de ses interrelations avec son environnement"; la suggestologie s'intéresse particulièrement à "tout ce qui reste inaperçu, insuffisamment conscient ou totalement inconscient".
L'attitude est un phénomène complexe relevant à la fois du conscient et de l'inconscient. Selon Lozanov, on peut former, élaborer l'attitude de manière consciente en parvenant à agencer consciemment et suggestivement les éléments inconscients qui concourent à sa formation de façon suggesto-cybernétique. Il s'agit d'organiser systématiquement et rationnellement l'input qui pénètre dans l'inconscient, mais en l'agençant de telle manière qu'il y pénètre de façon suggestive et non rationnelle. De là dépend l'efficacité de la démarche.
L'inconscient n'est pas seulement une "informatique", il "entrepose" les capacités humaines en réserve ; l'attitude n'est pas seulement le produit de l'information accumulée et élaborée intérieurement, elle est la clé de l'"activation des réserves du cerveau humain".»

 

    Un article en ligne de l'Institut de Recherche sur l'Enseignement des Mathématiques (IREM) de l'Université de Franche-Comté, aujourd'hui également introuvable, donnait les informations suivantes :

« La méthode est basée sur l'idée que le cerveau (et particulièrement l'hémisphère droit) possède un grand potentiel inutilisé qui peut être exploité au moyen de la suggestion. L'apprentissage des langues peut être facilité en utilisant les capacités de réserve de la pensée inconsciente. Les blocages à l'apprentissage sont levés (utilisant des techniques de 'désuggestion') et l'on développe une attitude positive à l'égard de l'apprentissage de la langue ('resuggestion'). Lors de la première leçon, une large exposition à la langue étrangère est faite aux élèves. Le texte est traduit, il est ensuite lu à voix haute de manière dramatique sur un fond de musique classique. Le but est de créer une ambiance joyeuse de relaxation totale, dans laquelle l'apprentissage est fondu. Après un cours, on attend un sentiment d'euphorie - de bien-être. En utilisant une grande quantité de matériau linguistique, on suggère que l'apprentissage de la langue est aisé et naturel. Dans un cours ultérieur, les élèves utilisent le matériau linguistique dans diverses activités communicatives. L'attention est totalement porté sur la communication informelle, on ne s'arrête pas sur les erreurs grammaticales ni sur les erreurs de prononciation. Il est dit par cette approche que les élèves assimilent beaucoup plus vite dans une telle immersion que de manière traditionnelle.»

 

    Sans références précises, l'article de Wikipédia consacré à la Suggestopédie, donne les détails sybillins suivants :

« Les lectures sont faites sur fond de musique baroque avec un tempo  de 60 battements à la minute. Les morceaux d'information sont lus aux étudiants au rythme de 4, 8 ou 12 battements, 8 étant le plus fréquent.»

 

    Lors de son élaboration, l'application multimédia Speedlingua a explicitement fait référence à la suggestopédie pour justifier une assez longue activité d'écoute musicale au début de chaque session de travail. Devant la lassitude des utilisateurs, la durée de l'activité d'écoute s'est vue réduite, et la nature de la musique, au début très respectueuse des choix lozanoviens, laissée ensuite au quasi libre choix de l'utilisateur...

 

  

 

   Mon propos n'est ici ni de promouvoir ni de critiquer cette approche pédagogique dans ses fondements et ses mises en oeuvre en classe. A chacun de se faire une opinion !

   Ce que je retiens de l'approche et que je souhaite discuter maintenant, c'est l'idée de faire entendre de la parole sur un fond musical.

1. Nous avons déjà parlé dans ce blog des différences de traitement de l'information d'un message en langue étrangère entre les enfants et les adultes. Pour aller vite, on dira qu'à l'écoute d'un message en langue étrangère, les enfants vont le traiter auditivement - et le reproduire comme ils l'ont entendu ; alors que les adultes vont le traiter linguistiquement - et l'interpréter (et donc le déformer) suivant leur analyse linguistique, contrastive, orthographique ...

2. Autre information : les analyses cérébrales attribuent le traitement du langage à l’hémisphère gauche et plus précisement à l'aire de Wernicke dont le rôle serait d'identifier les syllabes et les mots. On attribue de la même façon le traitement de la musique aux aires auditives primaires (gyrus de Heschl) et associatives de l'hémisphère droit (lobe temporal droit). Il faut préciser que perception et production ne sollicitent pas les mêmes zones d'activité cérébrale. 

Comme illustration, voici une des affiches d'une campagne publicitaire de Mercedes Benz en 2011.

"Left brain : I am the left brain. I am a scientist. A mathematician. I love the familiar. I categorize. I am accurate. Linear. Analytical. Strategic. I am practical. Always in control. A master of words an language. Realisatic. I calculate equations and play with numbers. I am order. I am logic. I know exactly who I am."

"Right brain : I am the right brain. I am creativity. A free spirit. I am passion. Yearning. Sensuality. I am the sound of roaring laughter. I am taste. The feeling of sand beneath bare feet. I am movement. Vivid colors. I am the urge to paint on an empty canevas. I am boundless imagination. Art. Poetry. I sense. I feel. I am everything I wanted to be."

MBLeftbrainRightbrain

 

3. En phonétique, on distingue le niveau segmental (voyelles, consonnes, semi-consonnes) et le niveau suprasegmental (rythme, accentuation, intonation)... on pourrait dire les paroles (à gauche) et la musique (à droite) !

4. Ma pratique en classe m'a montré qu'on répète / imite d'autant mieux ce qu'on ne comprend pas. Autrement dit, on répète mieux un stimulus traité auditivement (musicalement? à doite) et non linguistiquement (à gauche).

 

   Faire entendre de la parole sur fond musical comme le préconise la suggestopédie peut donc sembler propice à stimuler l'écoute auditive (non linguistique) de la parole et favoriser ainsi une meilleure (re)production phonétique. C'est pour cette raison que plusieurs des exercices de répétition que j'ai proposés ici présentent un fond musical.

Jacques Prévert : Chanson

Jacques Prévert : Un beau matin

Charles Baudelaire : L'invitation au voyage

Paul Verlaine : La lune blanche

 

 

 En bonus, Pater Noster de Jacques Prévert (dans Paroles),
enregistré en musique par Serge Reggiani.

Notre Père qui êtes aux cieux              [nɔtʁŒ'pɛʁ / kiɛtzo'sjø
Restez-y                                               [ʁɛste'zi
Et nous nous resterons sur la terrre     [e'nu nuʁɛstŒʁõsyʁla'tɛʁ
Qui est quelquefois si jolie                   [kiE kɛlkŒ'fwa siʒO'li
Avec ses mystères de New York         [avɛksemistɛʁdŒ*nu'jɔʁk
Et puis ses mystères de Paris             [epɥisemistɛʁdŒ*pa'ʁi
Qui valent bien celui de la Trinité         [kival'bjɛ̃sŒlɥidŒla*tʁin'ite
Avec son petit canal de l’Ourcq           [avɛksõpŒtikanaldŒ*'lurk
Sa grande muraille de Chine               [sagʁɑ̃dmyʁajdŒ*'ʃin
Sa rivière de Morlaix                            [saʁivjɛʁdŒ*mɔʁ'lɛ 
Ses bêtises de Cambrai                      [sebEtizdŒ*kɑ̃'bʁɛ
Avec son Océan Pacifique                  [avɛksõnoseɑ̃ *pasi'fik
Et ses deux bassins aux Tuilleries      [esedøbasɛ̃o*tɥil'ʁi
Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets [avɛksebõzɑ̃'fɑ̃ esemOvɛsy'ʒɛ
Avec toutes les merveilles du monde [avɛktutlemɛʁvɛjdu'mõd
Qui sont là                                          [kisõ'la
Simplement sur la terre                      [sɛ̃plŒmɑ̃syʁla'tɛʁ
Offertes à tout le monde                     [ɔfɛʁtatul'mõd
Éparpillées                                          [epaʁpi'je
Émerveillées elles-même d’être de telles merveilles [emɛʁvEje ɛl'mɛm dɛtʁŒdŒtɛlmmɛʁ'vɛj
Et qui n’osent se l’avouer                   [eki'no:z sŒla'vwe
Comme une jolie fille nue qui n’ose se montrer  [kɔmynʒOlifij'ny kin'o:zsŒmõ'tʁe
Avec les épouvantables malheurs du monde  [avɛklezepuvɑ̃tablŒmalœʁdy'mõd
Qui sont légion                                  [ki sɔ̃leʒjõ
Avec leurs légionnaires                     [avɛklœʁleʒjO'nɛʁ
Aves leur tortionnaires                      [avɛklœʁtɔsjO'nɛʁ
Avec les maîtres de ce monde          [avɛklemɛtʁŒdŒsŒ'mõd
Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres  [le'mɛ:tʁ avɛklœʁ'pʁɛ:tʁ / lœʁ'tʁɛ:tʁ / elœʁ'ʁɛ:tʁ
Avec les saisons                               [avɛklesE'zõ
Avec les années                               [avɛkleza'ne
Avec les jolies filles et avec les vieux cons [avɛkleʒOli'fij eavɛklevjø'kõ
Avec la paille de la misère pourrissant dans l’acier des canons. avɛkla'pajdŒlami'zɛʁ / puʁi'sɑ̃dɑ̃la'sjedeka'nõ]

 

 

 

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04 mars 2014

Un emprunt phonétiquement malmené...

 

   On sait que l'Alphabet Phonétique International a été conjointement créé en anglais et en français (en 1886), ces deux langues ayant une prononciation moderne souvent très éloignée de leur orthographe.

   On sait également que ces deux langues ont mutuellement largement emprunté dans leurs lexiques respectifs.

   Et de façon évidente, le mot emprunté connaît une transformation phonétique suivant les règles de sa langue d'adoption. Les sons qui n'existent pas dans la langue d'adoption sont remplacés par les sons considérés comme les plus proches.

  Mais parfois, l'orthographe complique les choses....

 

  C'est le cas du mot "sweat-shirt" emprunté par le français.

sweat

    

     Le français a tronqué le mot en "sweat" (en anglais, on dit soit "a sweat-shirt", soit "a sweater" pour un pull - autre emprunt!). Le français a de plus modifié la prononciation en [swi:t] (alors que le mot se prononce [swɛt] en anglais). Il est vrai que le digraphe "ea" en anglais se prononce parfois [i:] comme dans "My dear...".

   Cette prononciation [swi:t] fait sens pour un français, puisque pour lui un "sweat" est un pull en coton, un pull doux, donc ... un "sweet" !

   Or, le sens premier du mot "sweet" en anglais est "sucrerie, bonbon" !  Alors, mes amis anglophones se plaisent à imaginer des pulls français faits en barbapapa...

 

 

 

 

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17 février 2014

Les listes de Cléo : la compilation !

 

 

Le 2 avril 2013 - Les Listes de Cléo (1)

   Cléo a 10 ans (bientôt 11). Sa soeur Nina a 14 ans (bientôt 15) et elles habitent à Paris. Elles travaillent bien à l'école et elles aiment travailler. Elles aiment aussi beaucoup lire, dessiner, tricoter, ... et aussi se faire enregistrer!

   Je leur ai demandé d'établir des listes. "Des listes de quoi?". "Des listes de ce que vous voulez !" Et nous nous retrouvons régulièrement pour enregistrer ces listes que nous avons appelées : "Les listes de Cléo".

   Que faire de ce matériel sonore?

   Phonétiquement, la liste est intéressante car elle favorise l'allongement de la syllabe accentuée, avec une intonation montante, tant que la liste continue (c'est la montée de continuation). Le dernier terme de la liste est normalement marqué par une intonation basse sur la dernière syllabe (finalité).

   La liste est un exercice de prononciation/répétition sur des champs lexicaux restreints, qui peut faire l'objet de plusieurs activités phonétiques de regroupement des items : par nombre de syllabes, par structure syllabique (ouverte ou fermée) de la syllabe accentuée, par voyelle accentuée, etc...

 

Les listes de Cléo : les pays

 

Le 3 avril 2013 - Les Listes de Cléo (2)

   Il existe pour le français de nombreux imagiers sonores sur le Net.

   Bon nombre de ces imagiers énoncent les mots avec un accent d'intensité porté sur la première syllabe des mots lexicaux : une 'VOIture, un 'CItron. On parle dans ce cas d'accent barytonique. C'est une façon de parler courante dans les média (et parfois chez les enseignants), dite aussi accent informatif (on cherche à maintenir l'attention de l'interlocuteur), à l'opposé d'un accent "naturel" dit narratif, de durée sur la dernière syllabe du groupe rythmique (on ne parlera pas ici de l'accentuation expressive, qui représente tout un domaine en soi).

   Cet accent barytonique marque la frontière des mots, normalement si peu marquée en parole spontanée. On n'entend jamais dans la vie : Il est venu / en 'VOIture. Mais : Ilestv(e)nu / envoituuure.

   Quand on enregistre des listes, qui ne varient que par le substantif, cet accent barytonique est fort tentant. J'en ai souvent fait l'expérience en écoutant les comédiens enregistrer en studio les exercices des manuels... et même ici en enregistrant Cléo et Nina!

   Tendez l'oreille et relevez cette nuance accentuelle lorsqu'elle apparaît - j'ai tenté de limiter l'apparition de l'accent barytonique dans l'enregistrement des listes de Cléo. Apprendre à reconnaître et à prononcer des mots en français avec un accent barytonique marquant la frontière entre les mots n'est pas une bonne habitude. Cela risque de poser des problèmes en compréhension orale quand, en parole spontanée, les frontières entre les mots auront fondu à l'intérieur des groupes rythmiques.

 

 

Le 9 avril 2013 - Les Listes de Cléo (3)

   Les animaux de Cléo et Nina. Avec sur la fin de l'inventaire de beaux exemples d'accent barytonique (voir messages précédents) alternés avec des allongements classiques.

 

 

Le 30 avril 2013 - Les Listes de Cléo (4)

   Pour présenter les couleurs, Cléo et Nina ont décrit leur boîte de feutres. Elles ont ajouté "la couleur..." avec la voyelle [œ], et "un feutre..." avec la voyelle [ø], deux voyelles qui représentent une difficulté pour de nombreux apprenants. De quoi s'entraîner !

 

 

 

Le 2 mai 2013 - Les Listes de Cléo (5)

   C'est devant le placard de vêtements de leurs parents que Cléo et Nina ont enregistré leur nouvelle liste : les vêtements ("... bah les habits !").


   À partir de cette liste, on peut proposer de regrouper les mots présentant la même voyelle accentuée. Par exemple [y] dans : un pull, des chaussures, un costume, un pull à capuche, une jupe, une ceinture,... Par exemple [ɔ̃] dans : un caleçon, un pantalon, des chaussons. Ou les mots qui finissent par la consonne [R] (cf. "La consonne [R] en français (1)) : des chaussures, un peignoir, un tailleur, un foulard, une ceinture.

   On peut aussi regrouper les mots par nombre de syllabes, par structure syllabique (syllabes accentuées ouvertes ou fermées),...

[le'listŒdŒ *kle'o // lEvɛtmɑ̃ //lEzabi
ɛ̃'pyl // ynʃŒ'miz // ɛ̃ti'ʃœːʁt // ɛ̃'slip // ɛ̃kal'sõ // ɛ̃mɑ̃'to // ɛ̃paʁa'plɥi // dEʃO'syʁ // dEʃO'sɛt // ynkʁa'vat // yn'vɛst // ɛ̃kOs'tym // ɛ̃pɑ̃ta'lõ // ɛ̃pO'lo // ɛ̃pylaka'pyʃ // ɛ̃bO'nE // yne'ʃaʁp // ɛ̃piʒa'ma // ynʃŒmizdɶ'nɥi // ɛ̃pE'ɳwaʁ // ɛ̃ʃŒmi'zje // yn'ʒyp // yn'ʁɔb // ɛ̃ta'jœːʁ // ɛ̃sutjɛ̃'gɔːʁʒ // ynky'lɔt // dEkO'lɑ̃ // ɛ̃saka'mɛ̃ // ɛ̃ʃa'po // ɛ̃fu'laʁ // dEbas'kɛt // ɛ̃'ʤin // ynsɛ̃'tyʁ // dEʃO'sõ //dEsɑ̃'dal // dE'bɔt // dE'gɑ̃ //]

Les listes de Cléo : les vêtements

 

 

Le 3 mai 2013 - Les Listes de Cléo (6)

   Voici une liste des moyens de transport proposée par Cléo et Nina. Et si l'usage fait que l'on se déplace EN transport, il faudrait distinguer les véhicules fermés dans lesquels on monte (EN voiture, En bus, ...) et les véhicules ouverts que l'on chevauche (À cheval, À vélo, ...). Mais Nina n'échappe pas à la force de l'usage ....

Avec des extraits de La complainte de l'heure de pointe de Joe Dassin, et En rentrant de l'école de Prévert et Kosma, interprété par les Frères Jacques.

[lE'listŒdŒ *kle'o // lEtʁɑ̃s'pɔʁ //
a'pje / a'pje // lŒ'bys / ɑ̃'bys // lŒme'tʁo / ɑ̃me'tʁo //  lavwa'tyʁ / ɑ̃vwa'tyʁ // lŒtak'si / ɑ̃tak'si // lŒve'lo / ɑ̃ve'lo / ɑ̃ve'lo u ʔave'lo // lŒʁO'lœʁ / ɑ̃ʁOl'œʁ / ɑ̃ʁOl'œʁ u ʔaʁO'lœʁ // latʁoti'nɛt / ɑ̃tʁoti'nɛt / ɑ̃tʁoti'nɛt u ʔatʁoti'nɛt // lŒ'skɛɪt / ɑ̃'sket / ɑ̃'skɛɪt u ʔa'skɛɪt // lamo'to / ɑ̃mo'to / ɑ̃mo'to u ʔamo'to // lŒsku'tœʁ / ɑ̃sku'tœʁ / ɑ̃sku'tœʁ u ʔasku'tœʁ // la'vjõ / ɑ̃na'vjõ // lŒ'tʁɛ̃ / ɑ̃'tʁɛ̃ // lŒtʁa'mwɛ / ɑ̃tʁa'mwɛ // lŒ'kaʁ / ɑ̃'kaʁ // lŒteʒe've / ɑ̃teʒe've // lŒba'to / ɑ̃ba'to // ]

Les listes de Cléo : les transports

 

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18 décembre 2013

Analyse d'une chanson rap en deux langues

 

     Voici un article, que j'ai écrit en 1996, intitulé : ETUDE DU RYTHME DE L’ANGLAIS ET DU FRANÇAIS : ANALYSE D’UNE CHANSON EN DEUX LANGUES, retenu pour les Journées d'Etudes de la Parole (JEP 96). J'évoquerai dans de futurs messages d'autres recherches s'étant appuyé sur le rythme musical pour analyser le rythme de la parole, en particulier en français et en anglais.

 

ABSTRACT

Following the rhythmic frames of a “rap” song, the prosodic structures (rhythm and stress) of the English and French lyrics of this song were compared. For most utterances (93% in English and 84% in French), the preservation of the prosodic caracteristics of each language was observed : the stressed syllable of the final lexical word of the sense groupe in English and the last syllable of the sense group in French are, at least, under the rhythmic pulsation. Some rhythmic effects non-coinciding with the prosodic structures (compensated by use of duration for both languages) were described as creating the style of the song.

 

1. INTRODUCTION

On a souvent décrit ou contesté l'opposition langue accentuelle ("stress-timed language") et langue syllabique ("syllable-timed language") entre l'anglais et le français [PIKE, 1945 ; ABERCROMBIE, 1964 ; WENK et WIOLAND, 1982 ; DAUER, 1983 ; FLETCHER, 1991 ; FANT, 1991]. D'autres terminologies ont été proposées pour le français : "trailed timed language" (l'élément saillant en français serait situé à la frontière droite du groupe de sens et non pas, comme en anglais, à la frontière gauche du pied initial) [FLETCHER, 1991] ou “isochronie entre les coupes” [FRAISSE, 1956] ou "boundary language" [VAISSIÈRE, 1991]. Le rythme serait essentiellement dû à une égalité perçue de la durée des syllabes en français et à une tendance à l'isochronie des syllabes accentuées en anglais. Quelles sont les recherches ayant abouti à ces conclusions ? Y a-t-il des cadres d’observation propices à la comparaison du (des) rythme(s) de deux langues?

 

2. RYTHME ET ACCENT EN FRANÇAIS ET EN ANGLAIS

On présente souvent le français comme une langue à accent de mot intrinsèque (de durée) porté sur toute la dernière syllabe de tout mot lexical (les mots grammaticaux - articles, auxiliaires, n’ont pas de dernière syllabe accentuable). En parole spontanée, ces accents de mots ne sont pas ou en partie réalisés. C’est alors la dernière syllabe d’un groupe de mots, constituant un groupe de sens (accent de groupe), qui est allongée (dans un rapport de 2,1 pour les CV et 1,9 pour les CVC, [WENK et WIOLAND, 1982]). Suivant la vitesse d’élocution et le locuteur, l’énoncé est découpé en un nombre différent d’unités de sens [DELATTRE, 1965 ; WIOLAND, 1991].

La position de l'accent (intensité) dans les mots en français n'est pas distinctive. Mais une proéminence sur la première syllabe comme une variante (régionale, stylistique) a été décrite [GRAMMONT, 1914 ; LUCCI, 1983]. La plupart des phonéticiens négligent la proéminence sur les syllabes initiales. Pourtant, [VAISSIÈRE, 1974] décrit une intensité initiale chez des locuteurs non professionnels sans accent régional et [FONAGY, 1980] considère l’intensité initiale comme une marque de changement en cours du système prosodique du français. Le français se caractériserait donc par un surcroît de durée sur la dernière syllabe du groupe de sens, et par un surcroît d’intensité (pas toujours réalisé) sur la syllabe initiale du groupe.

En anglais, les syllabes sont nettement inégales en durée et en intensité. L'accent en anglais a une fonction distinctive ([ˈɒbdʒɪkt]  "objet" ; [əbˈdʒɛkt] "faire une objection"). La position de l'accent est inégalement répartie : 74% des mots bisyllabiques ont un accent initial [DELATTRE, 1965]. La prédominance de l'accent initial influence fortement les stratégies de perception des mots anglais. Les anglophones percevraient plus rapidement les mots dont l'accent est placé sur la première syllabe que les mots dont l'accent est placé sur une autre syllabe, en segmentant donc le continuum sonore avant les syllabes accentuées. L'unité rythmique est généralement décrite comme un groupe de syllabes dont une seule est forte ("strong" vs "weak"). Un rapport de durée de 1 à 1,8 entre les syllabes non accentuées et les syllabes accentuées a été décrit par Wallin [cité par FRAISSE, 1956]. Si les langues syllabiques sont perçues comme présentant des syllabes de même durée, les langues accentuées seraient perçues comme possédant des "pieds" isochrones. [SCOTT, ISARD et BOYSSON-BARDIES, 1985] ont montré que l'isochronie ne semble pas caractériser les langues accentuées. N'ayant pu mettre en évidence la rigueur du concept d’isochronie, [FLETCHER, 1991] aboutit au concept d'isochronie faible. Pour [FANT, 1991], à la suite d'autres auteurs, le concept de langue accentuelle n'est pas dû à une isochronie physique mais à la relative proéminence syllabique des accents, alors qu'une langue syllabique comme le français doit sa régularité à la prédominance de syllabes CV et au faible degré d'accent induit par l'allongement segmental.

Le principe de base du rythme dans la parole est probablement indépendant de la langue étudiée : le rythme est produit par la répétition de schémas composés d'une succession d'événements. On peut donc penser que le rythme ne se réduit pas à la seule perception d'un accent (quelque soit sa nature) sur une syllabe, mais que les composantes du rythme peuvent être hiérarchisées.

Pour résumer, on peut dire qu'en anglais l'accentuation ("stressed syllable") est dominante, alors que l'allongement syllabique est "latent". En français, c'est l'organisation temporelle qui est dominante mais l'accentuation initiale est aussi intrinsèquement présente.

 

3. RYTHME, POESIE ET MUSIQUE

Y a-t-il des cadres d’observation propices à la comparaison du (des) rythme(s) de deux langues?

Pour [FRAISSE, 1956], les structures rythmiques de la poésie ont été basées sur le principe de différenciation des longues et des brèves (quand c’est possible, longues et brèves présentant un rapport de durée de 2), ou sur le retour périodique d’accents ou de coupes. La périodicité dominante est celle de l’isochronisme entre les accents ou les coupes ce qui correspond aux deux rythmes de base : groupement et organisation de durées ; groupement de “moments privilégiés” (accents en général) avec lequel on peut trouver des groupements de durées.

L’étude de la versification confronte les structures métriques (nombre et suite de pieds) et les structures prosodiques. La non-coïncidence entre une catégorie métrique (vers, pied) et la catégorie prosodique correspondante (énoncé, mot prosodique, syllabe) est sujette à des contraintes qu’on cherche à établir. Quand la contrainte est violée, on peut penser (i) que la structure prosodique de la phrase est incorrecte, (ii) que la contrainte établie est incorrecte, (iii) que la contrainte a été délibérément violée par l’auteur [VERLUYTEN, 1989]. De la même manière pour l’anglais, [KIPARSKY, 1975] effectue pour chaque vers une comparaison entre structure métrique et structure prosodique, et observe les concordances et discordances. Les discordances (la complexité) caractérise la limite de non-métricité que l’auteur s’impose.

Cette méthode peut être utilisée en musique, si l’on compare une structure rythmique musicale et une structure prosodique.

 

4. ANALYSE D’UNE CHANSON “RAP”

4.1. Objectifs

On a souvent vanté les capacités musicales des langues accentuelles (comme l’italien) par rapport aux langues syllabiques (comme le français). Ainsi, Rousseau conclut sa Lettre sur la musique française  (1753)  : “D’où j’en conclus que les Français n’ont point de musique et n’en peuvent avoir, ou que si jamais ils en ont une, ce sera tant pis pour eux”.

Nous avons choisi d’observer les rythmes de l’anglais et du français confrontés aux cadres rythmiques de la musique [HEFFNER, 1950 ; FRAISSE, 1956 ; VAISSIERE, 1991]. Pour que le cadre rythmique musical soit le plus similaire possible pour les deux langues, nous avons analysé un “rap”, genre de chanson qui consiste à syllaber le texte avec une voix relativement monocorde sur une pulsation régulière réalisée par des percussions. Ce rap présente la particularité d’être chanté en deux langues, alternativement en anglais et en français par des locuteurs natifs dans la même chanson [URBAN SPECIES, 1994]. Une comparaison des rythmes musicaux employés par les deux langues sera effectuée.

Listen - Urban Species / MC Solaar

4.2. Corpus

La chanson présente alternativement des passages en anglais et en français (il ne s’agit pas de traductions), au total un texte de 287 mots en anglais, et 245 mots en français (une pulsation musicale tous les 2,08 mots en moyenne en anglais, 2,15 mots en moyenne en français). Suivant la partition de percussion, la mesure est binaire, présentant 4 noires (N) (mesure à 4/4). La durée la plus utilisée est la double croche (dC). Une notation présentant la transcription phonétique des syllabes suivant le rythme (en gras, les syllabes sous la pulsation musicale) a été faite.

en anglais :
N                             N
dC1 dC2 dC3 dC4 dC1 dC2 dC3 dC4
[ˈlɪ-    sn    tu     ðə  ˈrɪ-   ðm]
Listen to the rhythm

N                             N
dC1 dC2 dC3 dC4 dC1 dC2 dC3 dC4
[ˈlɪ-    sn    tu     ðə  ˈraɪm]
Listen to the rhyme

en français :
N                             N
dC1 dC2 dC3 dC4 dC1 dC2 dC3 dC4
ki       ɛ    la-    ni-    mal                lwa-
Qui est l’animal

N                             N
dC1 dC2 dC3 dC4 dC1 dC2 dC3 dC4
zo     u      lə     ti-   ʁœʁ
l’oiseau ou le tireur

 

4.3. Résultats

4.3.1. Les tendances générales

En anglais, on trouve sous la pulsation des monosyllabes (lexicaux le plus souvent, world, rhyme, heart) ; des mots lexicaux de plus d’une syllabe (2 syllabes, ‘rythm, ‘solving, 3 syllabes, e’volving, ‘beggar-man, 6 syllabes, responsa’bilities). On observe que la syllabe accentuée est placée sous la pulsation dans 93% des polysyllabes du texte (67/72).

                 puls.
               
[ˈsɒl-vɪŋ]            solving
               
[ˈbeg-ə-mæn]    beggarman
               
[ˈpes-ɪ-mɪst]       pessimist
        
[kɒn-ˈtrəʊl]                control
             
[ɪ-ˈvɒl-vɪŋ]            evolving
[rɪs-pɒns-ɪ-ˈbɪl-ɪ-tɪz]            responsibilities

En français, on trouve sous la pulsation des monosyllabes (lexicaux le plus souvent balle, ciel) ; des mots lexicaux de plus d’une syllabe (2 syllabes, malade, domaine, 3 syllabes, antidote, bavardage). On observe que la syllabe finale est placée sous la pulsation dans 84% des polysyllabes du texte (46/55).

                 puls.
        
[ma-ˈlad]      malade
        
[sy- ˈsyʁ]      sussure
       
[lɑ̃-ti-ˈdɔt]      l’antidote
  
[ba-vaʁ-ˈdaʒ]     bavardage
      
[la-ni-ˈmal]     l’animal
    
[kõ-sɑ̃-ˈsys]     consensus

 

Ces placements des polysyllabiques anglais et français sur le rythme musical illustrent l’importance accordée ici à la syllabe accentuée en anglais et à la dernière syllabe en français confirmant empiriquement les principales tendances décrites pour la parole dans les deux langues (proéminence de la syllabe accentuée en anglais, proéminence de la dernière syllabe en français). La régularité syllabique et la syllabation en français, parfois travaillées dans les manuels de phonétique française à l’usage des anglophones, trouvent ici une illustration exploitable en classe de langues (où les exercices de rythme sont rares souvent par défaut de support rythmique “musical”).

 

 

4. 3.2. Les autres configurations

Certaines configurations semblent n’exister qu’à cause des contraintes de la mesure musicale, alors que d’autres configurations (RARE) non contraintes caractérisent le style de la chanson.

4.3.2.1. Les contextes contraignants (pour préserver l’accent de groupe)

Les mots grammaticaux sous la pulsation en français (est-ce bien, qui (interrogatif) j’étais) sont naturellement accentuables [VERLUYTEN, 1989].

Les mots grammaticaux sous la pulsation en anglais (of, his, who) préservent la pulsation suivante sur une syllabe accentuée.

En anglais, on observe des dissyllabiques hors pulsation (‘mother), pour permettre à un autre mot lexical, en position finale du groupe de sens, d’être sous l’accent.

N                             N
dC1 dC2 dC3 dC4 dC1 dC2 dC3 dC4
əv    ðə   ˈmʌ-  ðə   ɜːθ
of the mother earth

De la même façon, on trouve, en français, des dissyllabiques dont la syllabe initiale est accentuée (système, soldat) pour conserver la pulsation sur la dernière syllabe du groupe de sens.

         N                            N
dC4 dC1 dC2 dC3 dC4 dC1 dC2 dC3 dC4
lə     sis-  tɛ-   mɛ   ma- lad
Le système est malade

(...)

        N                            N
dC4 dC1 dC2 dC3 dC4 dC1 dC2 dC3 dC4
dœ̃  sɔl-  da    ɛ̃-    kɔ-   ny
d’un soldat inconnu

 

4.3.2.2. Les contextes non-contraignants ou les jeux de rythme propres au style “rap”

On observe en anglais des polysyllabiques dont c’est la syllabe inaccentuée qui est située sous la pulsation (ex : ‘scapegoat) et ce, sans contrainte du contexte. Cet effet est compensé par la durée de la syllabe accentuée (2dC). L’environnement (‘greater) est préservé.

N                            N
dC1 dC2 dC3 dC4 dC1 dC2 dC3 dC4
wɪð  ə    'skeɪp-  -   gəʊt
with a scapegoat

En français, on trouve également des mots dont la dernière syllabe ne tombe pas sur la pulsation (concret, abstrait) sans contrainte du contexte. Cet effet est, comme en anglais, compensé par la durée (2dC).

N                             N
dC1 dC2 dC3 dC4 dC1 dC2 dC3 dC4
- lə     dy    kɔ̃-    -      kʁɛ
(ils veulent) du concret

(...)

N                             N
dC1 dC2 dC3 dC4 dC1 dC2 dC3 dC4
        
si-    lɛ-   tap-  -     stʁɛ
(même) s’il est abstrait.

 

Ces syncopes non contraintes (avec allongement) présentes en anglais comme en français semblent caractéristiques du style “rap”. Elles ne coïncident pas avec la prosodie naturelle de la langue (les résultats d’un test de placement de l’accent à partir d’extraits du texte seul auprès de 25 adultes français natifs confirme que la pénultième d’un groupe de sens n’est pas “naturellement” accentuable).

4.3.3. Rythme musical

Les structures rythmiques musicales pour chaque énoncé-groupe de sens (séparé par deux pauses) ont été transcrites. L’accent anglais frappant le plus souvent la première syllabe du mot et en particulier des très majoritaires dissyllabiques (74%, [DELATTRE, 1965]), on constate une tendance à un rythme qui commence sur le temps. Le rythme ci-dessous (Fig.1) et ses variantes (remplaçant la noire, deux croches, deux, trois ou quatre double croches), est utilisé dans 71% des cas (48/68). On relève peu d’énoncés commençant par une levée.

 

Fig.1- Rythme musical le plus utilisé (71%) par le texte anglais

En français, la pulsation est perçue sur la dernière syllabe. Le rythme le plus utilisé (Fig.2) commence une phrase sur la levée (anacrouse) dans 72% des cas (40/55).

 

Fig.2 - Rythme musical le plus utilisé (72%) par le texte français

 

5. CONCLUSION

L’analyse du texte d’une chanson “rap” en anglais et en français a montré que, lorsque la répartition des syllabes des deux langues est réalisée sur une isochronie musicale (rythme régulier de la pulsation), l’anglais met très majoritairement en valeur la syllabe accentuée alors que le français met très majoritairement en valeur la dernière syllabe de mots lexicaux. En cas de conflit entre deux mots lexicaux, les deux langues privilégient la syllabe accentuée du dernier mot du groupe de sens. Seuls quelques jeux de rythme (toujours différents et représentant 10% des phrases) caractérisent ici le style “rap” de la chanson. Ce style compense la non-coïncidence des structures musicales et prosodiques par des allongements de durée de même type dans les deux langues.

 

6. BIBLIOGRAPHIE

ABERCROMBIE, D., Elements of General Phonetics, Edinburgh University Press, 1967.
DAUER, R.M., Stress-timing and syllabic-timing reanalyzed, Journal of Phonetics, 11, 1983, pp. 51-62.
DELATTRE, Pierre, Comparing the Phonetic Features of English, French, German and Spanish, Julius Groos Verlag, Heidelberg, 1965.
FANT, Gunnar, KRUCKENBERG, Anita, NORD, Lennart, Durational correlates of stress in Swedish, French and English, Journal of Phonetics, 19, 1991, pp. 351-365.
FLETCHER, Janet, Rythm and final lengthening in French, Journal of Phonetics, 19, 1991, pp. 193-212.
FONAGY, Ivan, L’accent français  : accent probabilitaire, Studia Phonetica 15, Fonagy & Léon éd., 1980.
FRAISSE, Paul, Les structures rythmiques, Louvain, PULouvain, 1956.
GRAMMONT, G., Traité pratique de prononciation française, Paris, 1914.
HEFFNER, R-M. S., General Phonetics, Madison, The University of Winconsin Press, 1964.
KIPARSKY, Paul, Stress, Syntax and Meter, Language, vol.51, 3, 1975, pp.576-616.
LUCCI, Vincent, Etude phonétique du français contemporain à travers la variation situationnelle, Publications des Universités des Langues et ds Lettres, Grenoble, 1983.
PIKE, K.L., The intonation of American English, Ann Arbor, University of Michigan Press, 1945.
SCOTT, Donia R., ISARD, S.D., de BOYSSON-BARDIES, Bénédicte, Perceptual isochrony in English and in French, Journal of Phonetics, 13, 1985, pp. 155-162.
URBAN SPECIES  : Listen (Edit, Alternative Mix), Phonogram Ltd, London, 1994.
VAISSIERE, Jacqueline, On French Prosody, Quaterly Progress Report, MIT, Res. Lab. of Electronics, n°114, Juin 1974, 212-223.
VAISSIERE, Jacqueline, Rythm, accentuation and final lengthening in French,  Music, Language, Speech and Brain, 1991.
VERLUYTEN, Paul, L’analyse de l’alexandrin  : mètre ou rythme ? in Le souci des apparences, Dominicy éd., Editions de l’Université de Bruxelles, 1989, pp. 31-74.
WENK, Brian J. , WIOLAND, François, Is French really syllabe-timed?, Journal of Phonetics, 1982, 10, p. 193-216.
WIOLAND, François, Prononcer les sons du français, Hachette, 1991.

 

 Corpus - De nombreuses version de la même chanson ont vu le jour. Voici une grande partie des paroles disponibles.

Listen to the rhythm, listen to the rhyme / Listen to the clock tick tock the hands of time /Ticking, tocking, constantly revolving
Listen to the problems of the world who need solving / Listen to the child crying in the crib / And listen to the sick act that the Daddy did
See Daddy turned his back on all of his responsibilities / Listen how Mummy copes to the best of her abilities / Listen to the cliche rapper that's braggin
Listen to the mother who is always nagging / Her son to get up and do something with his life / Listen to the vows when you're marrying your wife
Listen to the scream of a mother giving birth / Listen to the sorrows of our Mother Earth / Listen to the beggarman begging in the street
Please can you spare some change so I can get some food to eat / Listen to the plight of the homeless / And if you listen to the pessimists everything's hopeless
Listen to your heart, listen to your soul / Listen to your conscience, let it take control / And just listen

Ecoute la palombe, paisible dans le ciel / Ecoute aussi la balle qui lui déchire les ailes / Qui est l'animal, l'oiseau ou le tireur
Ou celui qui vend l'arme, qui lui déchire le cœur / Ecoute le dernier pff d'un soldat inconnu / Ecoute tomber les larmes d'une femme un peu cocue
Ecoute le consensus dans son entourage / Il était consciencieux quelle force et quel courage
Ecoute plutot le bzz des ailes de l'abeille, Elles se foutent d'une sensation de miel / Ecoute aussi le 'pshit' que fait l'insecticide
Comme dans le monde actuel elle a choisi le génocide / Lepen traîne sa haine malsaine
Ecoute plutot ton cœur pas la flamme de la haine / Ecoute plutot le bon, pas la brute ou le truand / Ecoute ce qui apaise, écoute moi ce son

Listen to the fascists looking for your vote / Listen how he gets some with a scapegoat
He sees your tears and plays on your fears / Till his promises become music to your ears

Ecoute le clic-clac d'une paire de menottes / Le système est malade mais est-ce bien l'antidote ?
Ecoute la sirène qui file dans le domaine, la haine est la même, même dans ce domaine

Listen to the horrors my people saw / Listen to the politics of the gulf war
Place all the blame and name Hussein insane / Listen how he said two can play the same game

Ecoute le chant du coq, le solfège il s'en moque / Ecoute le chantage des rois du bavardage
Ecoute le tonnerre, Prévert, guerre à la guerre / Ecoute le croyant quand il fait sa prière.

 

27 novembre 2013

Une conférence de Dominique Abry (2008)

 

    Dominique ABRY est l'auteure incontournable des manuels de phonétique chez Hachette et chez CLE photographiés ci-dessous. Aujourd'hui à la retraite, après une carrière à l'Université de Grenoble, elle continue à animer des formations en France et à l'étranger sur l'enseignement de la prononciation. En cliquant sur le lien ci-dessous, vous accéderez aux différentes rubriques d'une de ses conférences.

 

 

Conférence de Dominique ABRY, 2008

 

 

 

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