26 juin 2013

"e" muet et prononcé

Comment prononcez-vous  : « Une fenêtre » ?

1. [ynfœ'nɛtʁ] (comme peur)  ou  2. [ynfø'nɛtʁ] (comme peu)?

Attribuez-vous à la prononciation qui n’est pas la vôtre
une origine régionale ou étrangère ?
(
La réponse attendue est « Non ! »).

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Mais peut-être pensez-vous dans ce cas précis prononcer une voyelle différente de [œ] ou [ø] ? Un timbre intermédiaire entre ces deux voyelles (comme expliqué dans un message précédent, puisque l’on est en syllabe inaccentuée) ? Ou peut-être pensez-vous au symbole [ə] que vous rencontrez dans les dictionnaires, et que vous connaissez sous le nom de « e caduc », « e muet », « e instable » ou sous sa terminologie phonétique très prisée des étudiants : « le schwa » (c’est le nom du symbole phonétique [ə]) ? Mais votre prononciation de [ə] diffère-t-elle réellement de [œ][ø] ou d’un timbre intermédiaire entre ces deux voyelles antérieures arrondies ?

[ə]

Dans « Que faire de la graphie “e” ? » (Le français dans le monde, n°318, nov-déc. 2001, pp. 32-33), François Wioland écrit :

« La transcription par [ə] employée habituellement donne à penser qu’il pourrait s’agir d’une prononciation particulière […] Au plan strictement phonétique, cette représentation est trompeuse car elle correspond à une voyelle centrale non labialisée (« e » central) qui n’existe pas dans le système français. Lorsque cette voyelle inaccentuée est prononcée, elle est réalisée labialisée et antérieure (son [Œ]).

En réalité tout se passe comme si le symbole [ə] était systématiquement attribué à la graphie « e », qu’elle soit prononcée ou qu’elle soit muette. C’est dire combien cette représentation n’est en rien comparable aux autres transcriptions vocaliques. Elle ne se situe pas sur le même plan et il est didactiquement préjudiciable de la présenter sur le même plan que les voyelles qui sont accentuables. L’apprenant retient à l’usage qu’il s’agit d’une voyelle qui peut devenir muette d’une façon qui lui paraît le plus souvent aléatoire tout en constatant très vite qu’on ne lui dit pas comment la prononcer lorsqu’elle se prononce […]

Or ce qui importe au plan didactique c’est de savoir :

- d’une part comment prononcer cette voyelle lorsqu’elle n’est pas muette, comme par exemple dans le mot phonétique « vendredi » ? Réponse : par [Œ] au même titre que les autres voyelles d’aperture moyenne [E] et [O] en syllabe inaccentuable et certainement pas par [ə] qui ne dit rien de clair sur sa prononciation […]

- d’autre part comment prononcer les consonnes mises en contact par l’amuïssement de cette voyelle ? […]

Quant à la question de savoir pourquoi cette graphie « e » est parfois prononcée, parfois muette, la réponse ne peut être donnée que dans un contexte rythmique et phonétique (les structures syllabiques et les suites de consonnes). »

 

Rappel

Le symbole [ə] est utilisé dans les transcriptions phonétiques par tradition, et il est attribué à la graphie « e », dans la plupart des cas pour marquer son potentiel effacement : « C’est le petit » prononcé [sEləpə'ti] ou [sElə'pti] ou [sElpə'ti]. Mais on utilise aussi ce symbole pour transcrire la graphie « e » dans des mots dans lesquels il ne peut être effacé (ex : « Mercredi » [mɛʁkʁə'di]). Dans les deux cas (potentiellement effaçable ou non) sa réalisation est sujette à d’importantes variations de [œ] à [ø] sans que l’on puisse leur attribuer une marque d’accent régional ou étranger.

L’usage de l’archiphonème [Œ], de [ø] et [œ] au besoin, est donc suffisant en FLE. Quand elle est prononcée, cette voyelle l’est complètement comme n’importe quelle autre voyelle, avec le même rythme syllabique que les autres syllabes inaccentuées du groupe rythmique : « Un appartement » [ɛ̃-na-paʁ–tŒ-'mɑ̃] et non pas *[ ɛ̃-na-paʁ–tə-'mɑ̃].

 

 

Quand la lettre « e » n’est-elle pas prononcée ?

La présence ou l'absence de « e » dépend du niveau de discours du locuteur (moins d’effacements en registre soutenu), du débit (moins d’effacements en débit lent), de l'expressivité (les mamans effacent peu cette voyelle dans les consignes à leurs enfants : « Je ne veux pas que tu le refasses ! »), de l'origine régionale du locuteur (par exemple le « e » final est prononcé en français méridional, sous une forme allant de [œ] à [ɒ]).

En français standard, la présence ou l'absence de la voyelle dépend de la position qu'elle occupe dans le mot.

• « e » n’est pas prononcé en finale de mot : une chais(e), la Franc(e). Il permet la prononciation de la consonne précédente (petit / petite). Il n'y a que dans les chansons et parfois en poésie que le « e » est prononcé en finale de mot ("Douce France" de Charles Trénet : [dus-fʁɑ̃s] en parole mais [du-sə-fʁɑ̃-sə] dans la chanson ; "Frère Jacques" : [ɛʁ-ʒak] en parole, mais [ɛ-ʁə-ʒa-kə] dans la chanson.)

• « e » est prononcé en finale à l'impératif. Par exemple : Dis-le !, Répète-le !

• « e » est généralement prononcé en tout début d'énoncé. Par exemple : Que dis-tu ?, Ne dis rien, Le film, mais Je n(e) dis rien, T’as vu l(e) film ?

Mais « e » n’est souvent pas prononcé en tout début d'énoncé avec Je : le pronom est alors réalisé soit [ʒ] soit [ʃ] en assimilation avec la consonne suivante, sonore ou sourde. Par exemple : J(e) viens [ʒvjɛ̃], J(e) pars [ʃpaʁ].

• Dans les phrases contenant une succession de mots monosyllabiques avec « e », il est alternativement absent / présent. Par exemple : Je ne te le redis pas ? soit [ʒŒ-ntŒ-lʁŒ-di-pa], soit [ʒnŒ-tlŒ-ʁdi-pa].

• Dans certains groupes de mots fréquents, la prononciation de « e » est invariable..
Je ne ... ex : Je n(e) viens pas. [ʒŒn - vjɛ̃-pa].
... de ne... ex : Dis-lui de n(e) pas faire ça ! [di-lɥi-dŒn-pa-fɛʁ-sa].
Je te... ex : J(e) te dis que non. [ʃtŒ-di-knɔ̃].
... ce que...  ex : C'est c(e) que je dis ! [sɛ-skŒ-ʒdi].
... parce que… ex : Parc(e) que tu le dis ! [paʁ-skŒ-ty-ldi]

 

Enfin la présence ou l'absence de « e » à l'intérieur d'un groupe dépend du nombre de consonnes qui l'entourent. Par exemple en japonais, on ne trouve pas deux consonnes qui se suivent : c’est pour cela que les Japonais prononcent "MacDonald" avec une voyelle d'appui entre chaque consonne [ma-kɯ-do-na-lɯ-dɯ]. En français, la loi des trois consonnes représente une simplification facile et qui couvre bon nombre de réalisations. En général, le « e » est prononcé si son effacement provoque la juxtaposition de trois consonnes : la p(e)tite chaise [la-ptit-ʃɛz] mais cette petite chaise [sɛt-pŒ-tit-ʃɛz] , car *[sɛtptit- ʃɛz] est impossible avec une suite de trois consonnes..
Exemples : Sam(e)di [sam-di], mais vendredi [vɑ̃-dʁŒ-di] car *[vɑ̃-dʁdi] est impossible..
Attention ! : les semi-consonnes sont comptées comme des consonnes..
Rapid(e)ment, mais simplement ; sans l(e) cahier , mais avec le cahier ; la s(e)maine, mais une semaine..
Le « e » est maintenu lorsqu'il apparaît précédé de deux consonnes et suivi d'une autre.

Cette règle des trois consonnes n'est pas respectée lorsque le « e » est précédé d'une seule consonne et suivi de deux, formant un groupe de consonnes courant en français comme [pʁ], [tʁ]….
Exemples : Tu le prends ? [ty-lpʁɑ̃], dans ce train [dɑ̃stʁɛ̃], pas de fruits [pa-dfʁɥi], la reprise [la-ʁpʁiz], et même quatre francs [kat(ʁ)-fʁɑ̃]...

En bref, l’amuïssement de « e » reconstruit la syllabe et met en contact les consonnes, constituant de nouveaux groupes représentant parfois des difficultés.

 

*** Bonus ***

 

La lettre « e » est la plus fréquente à l'écrit en français (15%), loin devant s, a, i, t, n (entre 7 et 8% chacun), sans compter é (2%), é et ê (respectivement 0,3 et 0,2%). Le graphème e a des réalisations phonétiques diverses [ø, œ, e, ɛ] mais aussi [ɛ̃, ɑ̃, o].

Georges PEREC (1936-1982) a fait le pari d'écrire un lipogramme en e, c’est-à-dire un texte (un roman de 300 pages !) dans lequel la lettre e est totalement absente (alors qu'il y a 27 e dans les trois dernières lignes de ce texte) : le titre de cet exercice de virtuosité littéraire est La Disparition (Edition Denoël, 1969). En voici quelques lignes :

"Anton Voyl n'arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt. Il poussa un profond soupir, s'assit dans son lit, s'appuyant sur son polochon. Il prit un roman, il l'ouvrit, il lut ; mais il n'y saisissait qu'un imbroglio confus, il butait à tout instant sur un mot dont il ignorait la signification."

   

Quelques années plus tard, PEREC produit un texte intitulé Les Revenentes (Editions Juliard, 1972), avec une faute d'orthographe (revenantes) car il s'agit ici de n'utiliser qu'une seule voyelle : le e ! C'est cette fois-ci un roman de 140 pages ! Voici un extrait de ce tour de force :

"Hélène crèche chez Estelle, près de New Helmstedt Street, entre Regent's Street et le Belvédère. "Défense d'entrer", me jette le cerbère. Sept pence le dégèlent et j'entre pépère.
Hélène est chez elle. Je prends le verre de schweppes qu'elle me tend et me trempe les lèvres. Je desserre mes vêtements et m'évente.
- Qel temps !
- Trente-sept degrés !
- C'est l'été.
Hélène me tend des kleenex. Je me sèche les tempes lentement.
- Prends le temps ! Ne te presse !
Elle semble se délecter, je sens qu'elle se réfrène, qu'elle espère entendre les événements récents ; en effet, prestement, elle me jette :
- Bérengère est chez l'évêque ?
- Yes.
- Excellent ! les événements se pressent !"

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25 juin 2013

Enchaînements et Liaisons

 

     Nous l’avons déjà maintes fois rappelé ici, le français enchaîne les mots à l’intérieur des groupes rythmiques, sans considération des limites physiques des mots écrits. À l’intérieur d’un groupe rythmique en français, « toutestattaché » [tu-tɛ-ta-ta-ʃe]. C’est pour cela que les enfants français, qui commencent à écrire, produisent : « sava » et « jetèm » car à l’oral, la frontière entre les mots d’un groupe rythmique n’est pas marquée. Cela donne une impression unie, liée, souvent décrite comme agréable par les oreilles non-natives. Ce ne sont pas les mots que l’on entend, mais des paquets de mots prononcés ensemble : les groupes rythmiques.

                      

Les voyelles juxtaposées dans un groupe rythmique s’enchaînent : c’est ce qu’on appelle l’enchaînement vocalique. Ex : Tu as été à Tahiti ? [ty-a-e-te-a-ta-i-ti] et non pas *[ty#a#e-te#a-ta#i-ti].

Les consonnes prononcées en finale de mots forment syllabe avec la voyelle qui suit - si le mot suivant commence par une voyelle : c’est ce qu’on appelle l’enchaînement consonantique. Ex : Avec lui ou avec-elle ? [a-vɛk-lɥi /u-a-vɛ-kɛl] et non pas *[a-vɛk # ɛl] Une minute ou une-heure ? [yn-mi-nyt / u-y-nœR] et non pas *[yn # œR].

Enfin, des consonnes finales muettes dans le mot isolé sont prononcées en formant syllabe si le mot suivant commence par une voyelle : c’est la liaison. Ex : Un p(e)tit copain, un p(e)tit Tami. [ɛ̃-pti-kO-pɛ̃ / ɛ̃-pti-ta-mi] Un professeur, un Nétudiant [ɛ̃-pRO-fE-sœR / ɛ̃-ne-ty-djɑ̃].

Enchaînements et liaisons sont réalisées À L’INTÉRIEUR DU GROUPE RYTHMIQUE. Voilà encore une preuve de l’importance fondamentale de cette notion en français, pourtant si souvent négligée. Le groupe rythmique est défini par sa syllabe accentuée, dernière syllabe du groupe.

Pourtant, dès 1914, Maurice GRAMMONT écrit dans La prononciation française, Delagrave, (p.129) :

« La difficulté est de savoir dans quels cas il faut lier et dans quels cas on doit s’en abstenir. La règle générale est fort simple : on lie à l’intérieur d’un élément rythmique, on ne lie pas d’un élément rythmique au suivant. Autrement dit : on lie d’une syllabe inaccentuée sur la suivante, on ne lie pas la syllabe accentuée. »

Tout dépend donc du découpage en groupes rythmiques.

On le sait, plus les conditions de communication sont difficiles, plus on a intérêt à produire des groupes rythmiques courts, afin d’assurer la meilleure compréhension possible de son message. On peut dire : « Le bureau est ouvert de 14h à 16h30 », en un seul grand groupe rythmique (c’est la façon dont le dirait quelqu’un n’accordant aucune importance à la transmission du contenu, en délivrant l’information de manière quasi automatique). On peut aussi découper ce message en éléments minimaux afin d’assurer au maximum sa compréhension : « Le bureau / est ouvert / de 14h/ à 16h30 ».

Ce découpage en éléments minimaux correspond à un découpage grammatical (on parle de découpage syntaxico-prosodique) : groupe nominal, groupe verbal, groupe prépositionnel… C’est à l’intérieur de chacun de ces groupes qu’apparaissent les liaisons. C’est cette règle simple qu’il faut comprendre et appliquer. Il n’est pas possible de mémoriser les règles détaillées (voir ci-dessous) pour les mettre en œuvre. Par contre,/ on peut comprendre / qu’il faut tout Tattacher/ à l’intérieur / d’un groupe rythmique / et prendre l’habitude / de pratiquer / l’enchaînement / et la liaison /dans tous les groupes rythmiques,/ même minimaux.// Par exemple, en présentant TOUJOURS les lexèmes avec des déterminants (masculin ou féminin au singulier – un/son/mon Nami, une-amie, et pluriel – des Zamis) et non isolés « ami, amie ».

Vous voulez déjà des exercices? En voici ici

Vous l’aurez compris : il ne me semble pas du tout bénéfique de transmettre d'emblée "les règles" aux apprenants (il y a de quoi se décourager avant même de commencer...) Peut-être aux niveaux avancés aptes à aborder sans s'effrayer une synthèse du fonctionnement détaillé de la liaison en français… Il me semble bien plus intéressant de faire observer les enchaînements et les liaisons à partir de corpus segmentés en groupes rythmiques minimaux, d'établir des hypothèses, des règles intermédiaires... L'enseignant doit par contre parfaitement maîtriser l'enchaînement et la liaison afin de confirmer ou d'infirmer les hypothèses faites par les apprenants...

Voici donc les « règles », à l'usage des enseignants. La liaison est réalisée :

À l’intérieur du groupe nominal 

- après le déterminant : + substantif (lesZenfants, desZamis), + adjectif (lesZanciens modèles), + pronoms (lesZuns, lesZautres) ;

- après l’adjectif : + substantif (le dernierRétage, un grosZeffort, aucunNintérêt)

(La liaison après un substantif pluriel est facultative : lesZétudiantsZaméricains).
(La liaison après un substantif singulier est interdite : unNétudiant#américain);

 

À l’intérieur du groupe verbal

- après le pronom personnel : + verbe (vousZavez, ilsZarrivent), + en/y + verbe (onNy va, nousZen venons)

- après le verbe : + pronom (que veutTil ? allonsZy !), + pronom personnel + en/y (allez vousZen !)

(La liaison après les verbes est facultative, car deux découpages sont alors possibles : il est(T)ici, ils sont(T)arrivés, je vais(Z)essayer, vousZêtes(Z)invité)

 

À l’intérieur d’autres groupes

 - après un adverbe ou une préposition d’une seule syllabe : plusZaimable, enNhiver, trèsZamoureux, toutTentier, chezZelle, quandTil vient…)

La liaison est interdite : entre deux groupes rythmiques (Les amis#arrivent à midi), avant et après ET et OU ( du pain#et#un verre d’eau), après les mots interrogatifs (combien#as-tu ? quand#arrive-t-il ?), après les pronoms sujets dans une interrogative par inversion (SontTils#arrivés ?), après les noms propres (Julien#a téléphoné), et après un « h aspiré » (voir plus bas).

 

L’usage de la liaison est aussi un marqueur de prestige : plus le registre est formel, plus on trouve de liaisons. Plus le registre est formel, plus les groupes rythmiques sont longs et donc permettent plus de liaisons. (Voir le cas particulier de la liaison sans enchaînement).

Expressions figées avec liaison : accentTaigu, avant-Thier, commentTallez-vous ?, de hautTen bas, de mieuxZen mieux, de moinsZen moins, de plusZen plus, de tempsZà autre, de tempsZen temps, du potTau feu, les ChampsZElysées, les EtatsZUnis, motTà mot, nuitTet jour , petitTà petit, sousZentendu, tantTet plus, toutTà coup, toutTà fait, toutTà l’heure, toutTau moins, toutTau plus, un sousZofficier, vis-Zà-vis, …

Expressions figées sans liaison : nez#-à-nez, mort#ou vif,…

Graphie : sur les cinq consonnes de liaison ([z, t, n, R, p]), seules les deux les plus fréquentes présentent plus d’une graphie. Données et exemples tirés de WIOLAND, 1991 :

[z] (49%)       (s) les EtatS-Unis,      (x) Un fauX ami     (z) AlleZ-y ! 

[t] (28,2%)      (t) TouT éveillé,          (d)Un granD espoir.

[n] (22,5%)     (n) EN attendant.

[R] (0,25%)     (r) Un premieR emploi.

[p] (0,05%)     (p) TroP ému.

 

Le "h aspiré": ce terme décrit le graphème lorsqu’il marque l’impossibilité à l’oral de lier la consonne précédente à la voyelle suivante avec une consonne de liaison ou un enchaînement consonantique. Il interdit dans ce cas l’élision et produit un enchaînement vocalique.

Il n’existe malheureusement pas de règle permettant de distinguer les mots ne présentant pas de « h aspiré » (les heures, les hommes, un hôtel) et les mots présentant un « h aspiré » (les#Halles, un#héros).

Quand ces mots apparaissent en classe, il est important de les traiter immédiatement à l'oral dans des énoncés, en faisant varier le contexte, pour donner à entendre et faire pratiquer afin de les mémoriser.

Le Bon Usage de Grévisse liste 135 mots, comme les principaux commençant par « h aspiré ». Voici ceux qui nous semblent les plus courants (en gras les indispensables) :

un H, une #hache, une #haie, quelle #haine !, elle va les #haïr, dans un #hall, les #Halles, une #halte, un #hamac, un #hameau, un #hamster, une #hanche, un #handicap, les #handicapé(e)s : [souvent lié], un #hangar, ils #hantent (hanter), ils #happent (happer), un #happy end, c’est #harassant, tu es #hardi !, un #harem, un #hareng, quelle#hargne !, un #haricot, les# haricots : [souvent lié], une #harpe, les #hasards de la vie, en #hâte, en #haut (≠ enNeau), un #havre de paix, les #héros (≠ les zéros), les #hêtres du jardin (≠ lesZêtres), de petits #heurts, un #hibou, c’est #hideux, un #hippie, ils #hissent (hisser), un #hobby, les #hockeyeurs, en #Hollande, des #homards, en #Hongrie, quelle#honte !, un #hoquet, les #hors-la-loi, une #housse, un #houx, les #hublots, ils #huent (huer), Ils #hurlent (hurler) : [parfois lié], un # hurlement, une #hutte.

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19 juin 2013

Les voyelles d'aperture moyenne : du lexique

Maria V. est une lectrice assidue de ce blog (Merci Maria !). Elle est hispanophone et vit et travaille à Paris depuis bientôt 30 ans. En français, son niveau de langue et de prononciation sont excellents.

Elle a été particulièrement intéressée par les deux messages récents traitant des voyelles d'aperture moyenne (1) (2).

En effet, elle dit ne jamais se sentir "très sûre" dans le choix de ces voyelles. Pourtant, elle les pratique parfaitement. Son insécurité porte en fait sur les syllabes inaccentuées, position dans laquelle le choix des voyelles (ouverte ou fermée) est libre. Mais la prononciation du français lui paraissant globalement très stricte, elle a du mal à croire en cette possibilité de choix.

Alors encore et encore, Maria veut entendre ces voyelles !

Les voici donc, dans 3 diaporamas, en syllabes accentuées - puisqu'il n'y a que dans cette position que la voyelle est fixée.

D'abord [e/ɛ], puis [ø/œ], et enfin [o/ɔ].

Pour les diaporamas, merci à Numa, Cléo, Vincent, Christiane, Karen, Emile, Sophie, Olivia, Martin, Frédérique, Emmanuelle, Bernard, Patrick, Augustin et Marie-Paule.

[e] [avɛkɛ̃'ve / uɛ̃dublŒ've] [lanasjOnali'te] [kɛlɛvɔtʁŒnasjOnali'te]
[le'te] [sɛte'te] [letedɛʁ'nje] [ɛ̃be'be] [ɛ̃bobe'be]
[ɛ̃se'de] [gʁaveɛ̃se'de] [sovgaʁdesyʁɛ̃se'de]
[ɛ] [mõ'pɛːʁ] [sõgʁɑ̃ː'pɛʁ] [mõ'fʁɛːʁ]
[lɑ̃glŒ'tɛːʁ] [ɑ̃nɑ̃glŒ'tɛːʁ] [latuʁE'fɛl]
[lapu'bɛl] [alapu'bɛl] [lŒkamjõpu'bɛl]
[ynba'gɛt] [yndŒmi'bagɛt]

 

[ø] ['dø] [ʒɑ̃vø'dø] [la'kø] [fɛtla'kø] [alakølø'lø]
[ynagʁa'fø:z] [tyaynagʁa'fø:z] [ɛ̃'vø] [mEjœʁ'vø] [tumE'vø]
[olalaː sEtɑ̃nɥi'jø]
[œ] [ʒE'pœːʁ] [safE'pœːʁ] [ilay'pœːʁ]
[ɛ̃distʁiby'tœːʁ] [ɛ̃ʁefʁiʒeʁa'tœːʁ]
[ɛ̃nɔʁdina'tœːʁ] [syʁmõnɔʁdina'tœːʁ]
[ɛ̃fO'tœːj] [dɑzɛ̃fO'tœːj]

 

[o] [lŒ'o] [ɑ̃'o] [tutɑ̃'o] [ynfO'to] [ynfO'todidɑ̃ti'te]
[ɛ̃ka'do] [mɛʁsipuʁlŒka'do] [kɛlboka'do]
[ɛ̃nabʁi'ko] [dŒlakõfituʁdabʁi'ko] [sE'bo:] [ilfE'bo] [sEtʁE'bo]
[ɔ] [ɛ̃pas'pɔːʁ] [vɔtʁŒpas'pɔːʁ]  
[yn'pɔʁt] [fɛʁmla'pɔʁt] [uvʁesɛt'pɔʁt]
[yn'pɔm] [ynkõpɔtdŒ'pɔm] [yntaʁto'pɔm]
[ɑ̃'kɔːʁ] ['stɔp]
[da'kɔːʁ] [ʒŒsɥida'kɔːʁ] [tutafEda'kɔːʁ]

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17 juin 2013

[ɑ̃ ] avec une grANde bouche

(Cliquez sur Les voyelles nasales pour un précédent message sur le sujet)

 

La voyelle nasale [ɑ̃] se prononce avec une GRANDE bouche.
VraimENt ? Et pourquoi ?
Pour se distinguer d'une part de [ɛ̃] prononcé avec le sourire - et qui est plus aigu, d'autre part de [ɔ̃] prononcé avec une petite bouche - et qui est plus grave.

[On peut bien sûr prononcer les phonèmes sans maximiser leur articulation. C'est ce que font les ventriloques. Grâces à des phénomènes de compensation articulatoire, on peut s'économiser (on peut par exemple prononcer [i] et [a] en mordant un crayon = en fixant l'aperture). Mais il me semble important de pratiquer d'abord les gestes optimaux afin de produire la voyelle la plus précise possible et que les oreilles puisse "mémoriser" la valeur du son... quitte à le reproduire ensuite de manière plus économique.]

L'écart le plus souvent produit est de prononcer [ɑ̃] trop grave, trop sombre. Ma correction la plus fréquente est : "plus ouvert, plus clair, plus féminin, du sourire dans les yeux !". Et comme [ɑ̃] est la plus fréquente des trois voyelles nasales ([ɑ̃] = 7,1%, [ɔ̃] = 5,2%, [ɛ̃] =4,2%), il est vraiment important de bien la prononcer.

Une étudiante brésilienne qui n'avait pas bien entendu la date de la sortie que je proposais, me dit : "C'est con !" (plutôt que "C'est quand?")...

Pour s'entraîner, voici deux corpus qui parlent de manger... avec la bouche grANde ouverte : un poème du poète belge Norge et une histoire drôle, "la grenouille à GRANDE bouche".

 

La Faune - Norge

Et toi, que manges-tu, grouillant ?
— Je mange le velu / qui digère le pulpeux / qui ronge le rampant.
 
Et toi, rampant, que manges-tu ?
— Je dévore le trottinant / qui bâfre l’ailé / qui croque le flottant.
 
Et toi, flottant, que manges-tu ?
— J’engloutis le vulveux / qui suce le ventru / qui mâche le sautillant.
 
Et toi, sautillant, que manges-tu ?
— Je happe le gazouillant / qui gobe le bigarré / qui égorge le galopant.
 
Est-il bon, chers mangeurs, est-il bon le goût du sang ?
— Doux, doux ! tu ne sauras jamais comme il est doux, herbivore !


Et en Alphabet Phonétique International :

[ laˈfoːn /dŒ *ˈnɔʁʒ //
eˈtwa / kŒmɑ̃ʒˈty / gʁuˈjɑ̃ //
ʒŒ'mɑ̃ːʒŒlŒvŒˈly / kidi'ʒɛːʁlŒpylˈpø / ki'ʁõːʒŒlŒʁɑ̃ˈpɑ̃ //
eˈtwa / ʁɑ̃ˈpɑ̃ / kŒmɑ̃ʒˈty //
ʒŒdeˈvɔːʁlŒtʁOtiˈnɑ̃ / kiˈbɑːfʁŒlEˈle / kiˈkʁɔkŒlŒflɔˈtɑ̃ //
eˈtwa / flOˈtɑ̃ / kŒmɑ̃ʒ'ty //
ʒɑ̃glu'tilŒvylvø / ki'sysŒlŒvɑ̃'tʁy / ki'mɑːʃŒlŒsOti'jɑ̃ //
etwa / sOtijɑ̃ / kŒmɑ̃ʒty //
ʒŒ'ʔapŒlŒgazu'jɑ̃ / ki'gɔbŒlŒbiga'ʁe / kiʔegɔʁʒŒlŒgalO'pɑ̃ //
ɛtil'bõ / ʃɛʁmɑ̃'ʒœːʁ / ɛtil'bõ / lŒgudy'sɑ̃ //
'du / 'du // tynŒsOʁaʒa'mɛ / kɔmilɛ'du / ɛrbi'vɔːʁ // ]

 

[ɑ̃] - Une histoire drôle : la grenouille à GRANDE bouche

C'est l'histoire d'une grenouille à grANde bouche qui part découvrir le monde.

Elle rENcontre un singe. Elle lui demANde :
- BONJOUR TOAAA ! COMMENT TU T'APPELLES ?
- Je suis le singe.
- AH BON, ET QU'EST-CE QUE TU MANGES, DIS ?
- Je mANge les bananes quANd j'EN trouve.
- C'EST BIEN. AU REVOAAAR !
et la grenouille à grANde bouche continue son chemin.


Elle rENcontre une girafe :
- BONJOUR TOAAA ! COMMENT TU T'APPELLES ?
- Je m'appelle la girafe.
- AH BON, ET QU'EST-CE QUE TU MANGES, DIS ?
- Je mANge les feuilles en haut des arbres.
- C'EST BIEN. AU REVOAAAR !

Elle rENcontre ENfin un serpENt boa :
- BONJOUR TOAAACOMMENT TU T'APPELLES ?
- Je suis le serpent boa.
- AH BON, ET QU'EST-CE QUE TU MANGES, DIS ?
- Je mANge les grenouilles à grANde bouche !
- ... C'est vraimENt dommage. Je n'EN ai vu aucune par ici...

 

16 juin 2013

La phonétique sur Internet, tous azimuts !

Il s'appelle Christos Nikou. Elle s'appelle Despina Zarzouli. Ils ont aujourd'hui 30 ans, ils sont grecs.

En 2007, à la fin de leurs études qui les destinaient à enseigner le français en Grèce, ils ont fréquenté pendant un semestre l'Institut de Phonétique à Paris et ont enthousiasmé l'équipe enseignante par leur maîtrise de la langue et de la culture française, par leur curiosité et leur vivacité intellectuelles, par leur soif d'apprendre... enfin par leur enthousiasme, leur charme et leur gentillesse. Nous les avons vu repartir en Grèce en les sachant promis à un brillant avenir.

Despina Zarzouli travaille au Ministère de la Défense Nationale où elle enseigne le français aux officiers de l'armée de terre. En 2009, Christos a été détaché du secondaire au Département de Langue et Littérature Françaises de l'Université d'Athènes où il a à son tour enseigné la phonétique.

En cherchant à préparer une sitographie des ressources en prononciation du français (théories et exercices), Christos Nikou a finalement élaboré...

... "un inventaire raisonné de phonétique à travers les sites Internet, groupés et classés selon les différents phénomènes segmentaux et suprasegmentaux, ainsi qu'une partie préliminaire [...] pour favoriser l'autonomie des étudiants : travailler selon leur temps d'investissement afin de perfectionner leurs connaissances d'une manière motivante (c'est vrai que les étudiants sont connectés sur la Toile à peu près 2 à 5 heures par jour) et, pourquoi pas, d'une manière dirigée, changer leurs mauvaises habitudes articulatoires/phonétiques à partir de modèles."

Ce matériel a été élaboré au sein du Laboratoire multimédia pour le Traitement de la Parole et des Textes du Département de Langue et de Littérature françaises de l'Université d'Athènes sous la direction de la professeure Maro Patéli.

Voici donc, grâce à Christos Nikou, tout (ou presque) ce qu'on trouve à ce jour sur Internet ayant trait à la prononciation du français.

(version française du site) :  http://fr.frl.uoa.gr/le-laboratoire-multimedia/materiel-didactique-lab.html

(version grecque) : http://www.frl.uoa.gr/ergastirio-polymeswn/ekpaideytiko-yliko.html

Christos Nikou travaille aujourd'hui au Ministère de l'Education en Grèce. Nous sommes très admiratifs de son parcours et fiers de présenter ici une partie de son travail.

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12 juin 2013

Les voyelles d'aperture moyenne : un corpus

Pour appliquer ce qui a été dit dans le message précédent, et pour s'entraîner les oreilles, je propose de travailler à partir de la chanson "Mon vieux", de Daniel Guichard.

J'ai transcrit ci-dessous la chanson en proposant à chaque fois un choix de symboles pour les voyelles d'aperture moyenne [e/ɛ] [ø/œ] [o/ɔ].

L'exercice consiste à choisir quelle voyelle est prononcé dans chaque cas. On peut bien sûr avoir recours aux archiphonèmes :  [E] [Œ] [O].

J'ai transcrit ainsi la totalité de la chanson, qui est longue. Il me semble qu'il vaut mieux s'exercer en plusieurs fois, sur 2 ou 3 strophes à chaque fois.

La vidéo de la chanson est intégrée plus bas.

La correction dans quelques jours... mais est-ce bien nécessaire?

 

[e/ɛ] [ø/œ] [o/ɔ] - [E] [Œ] [O]

Mon vieux – Daniel Guichard (1974)

Dans son viEUx [ø/œ] pardEssus [ø/œ] rapÉ [e/ɛ]
Il s´en allAIt [e/ɛ] l´hivER [e/ɛ], l´ÉtÉ [e/ɛ] [e/ɛ]
Dans lE [ø/œ] pEtit [ø/œ] matin frilEUx [ø/œ]
Mon viEUx [ø/œ].

Y avAIt [e/ɛ] qu´un dimanche par sEmAIne [ø/œ] [e/ɛ]
LES [e/ɛ] AUtrEs [o/ɔ][ø/œ] jours, c´ÉtAIt [e/ɛ] [e/ɛ] la grAIne [e/ɛ]
Qu´il allAIt [e/ɛ] gagnER [e/ɛ] comme on pEUt [ø/œ]
Mon viEUx [ø/œ].

L´ÉtÉ [e/ɛ] [e/ɛ], on allAIt [e/ɛ] voir la mER [e/ɛ]
Tu vois c´ÉtAIt [e/ɛ] [e/ɛ] pas la misÈre [e/ɛ]
C´ÉtAIt [e/ɛ] [e/ɛ] pas non plus l(e) paradis
Hé oui tant pis.

Dans son viEUx [ø/œ] pardEssus [ø/œ] rapÉ [e/ɛ]
Il a pris pendant dES [e/ɛ] annEÉs [e/ɛ]
Le mÊme [e/ɛ] AUtObus [o/ɔ] [o/ɔ] de banliEUe [ø/œ]
Mon viEUx [ø/œ].

Le soir en rentrant du boulOt [o/ɔ]
Il s´assEyAIt [e/ɛ] [e/ɛ] sans dire un mOt [o/ɔ]
Il ÉtAIt [e/ɛ] [e/ɛ] du genre silenciEUx [ø/œ]
Mon viEUx [ø/œ].

LES [e/ɛ] dimanches ÉtAIent [e/ɛ] [e/ɛ] mOnOtOnes [o/ɔ] [o/ɔ] [o/ɔ]
On n(e) rEcEvAIt [ø/œ] [ø/œ] [e/ɛ] jamAIs [e/ɛ] pERsOnne [e/ɛ] [o/ɔ]
Ça n(e) lE [ø/œ]  rendAIt [e/ɛ] pas malhEUrEUx [ø/œ] [ø/œ]
JE [ø/œ] crois, mon viEUx [ø/œ].

Dans son viEUx [ø/œ] pardEssus [ø/œ] rapÉ [e/ɛ]
LES [e/ɛ] jours de pAYe [e/ɛ] quand il rentrAIt [e/ɛ]
On l´entendAIt [e/ɛ] guEUlER [ø/œ] [e/ɛ] un pEU [ø/œ]
Mon viEUx [ø/œ].

Nous, on connAIssAIt [e/ɛ] [e/ɛ] la chanson
Tout y passAIt [e/ɛ], bourgeois, patrons,
La gAUche [o/ɔ], la droite, mÊme [e/ɛ] lE [ø/œ] bon DiEU [ø/œ]
AvEc [e/ɛ] mon viEUx [ø/œ].

ChEZ [e/ɛ] nous y avAIt  [e/ɛ] pas la tÉlÉ [e/ɛ] [e/ɛ]
C´EST [e/ɛ]  dEhOrs [ø/œ] [o/ɔ] quE [ø/œ] j´allAIs [e/ɛ] chERchER [e/ɛ] [e/ɛ]
Pendant quELquES [e/ɛ] [ø/œ] hEUres [ø/œ] l´Évasion [e/ɛ]
Tu sAIs [e/ɛ], c´EST [e/ɛ] con!

Dire quE [ø/œ]  j´AI [e/ɛ] passÉ [e/ɛ] dES [e/ɛ] annÉEs [e/ɛ]
A cÔtÉ [o/ɔ] [e/ɛ] dE [ø/œ] lui sans lE [ø/œ] r(e)gardER [e/ɛ]
On a à pEIne [e/ɛ] ouvERt [e/ɛ] lES [e/ɛ] yEUx [ø/œ]
Nous dEUx [ø/œ].

J´AUrAIs [o/ɔ] [e/ɛ] pu c´ÉtAIt [e/ɛ] [e/ɛ] pas malin
FAIre [e/ɛ] avEc [e/ɛ] lui un bout d(e) chEmin [ø/œ]
Ça l´AUrAIt [o/ɔ] [e/ɛ] p(eu)t-Êt(re) [e/ɛ] rendu hEUrEUx [ø/œ] [ø/œ]
Mon viEUx [ø/œ].

MAIs [e/ɛ] quand on a justE [ø/œ] quinze ans
On n´a pas lE [ø/œ] cŒUr [ø/œ] assEZ [e/ɛ] grand
Pour y logER [o/ɔ] [e/ɛ] toutes cES [e/ɛ] chOses-là [o/ɔ]
Tu vois.

MaintEnant [ø/œ] qu´il EST [e/ɛ] loin d´ici
En pensant à tout ça, j(e) mE [ø/œ] dis :
J´AIm(e)rAIs [e/ɛ] [e/ɛ] bien qu´il soit prÈs [e/ɛ] dE [ø/œ] moi
Papa...

 

***Daniel Guichard - Mon vieux***

Daniel GUICHARD - Mon Vieux -

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11 juin 2013

[e, ɛ, ø, œ, o, ɔ] et [E, Œ, O] : les voyelles d'aperture moyenne

 

Lorsqu’on demande à un locuteur français natif de lister les voyelles du français, il répond inévitablement : A, E, I, O, U, Y. Etant lettré, il restitue les voyelles du français comme il les a apprises : dans l’ordre alphabétique et à des fins orthographiques.

Lorsqu’on demande au même locuteur natif de lister les voyelles « phonétiques » du français, il demeure généralement perplexe. Il convient que [u] est une voyelle correspondant au digraphe OU. Les accents ajoutés sur la lettre E lui permettent de distinguer E ([œ]), É ([e]) et È, Ê ([ɛ]). La différence entre [ø] et [œ] lui est généralement plus difficile à admettre car cela correspond à une seule graphie EU. De même pour [o] et [ɔ], pour lesquelles il cherche des règles orthoépiques impliquant les graphies AU, EAU… (Il est rarissime qu’il évoque les voyelles nasales, les digraphes impliquant toujours les lettres N ou M ce qui ne permet plus à ces combinaisons d’être considérées comme des voyelles).


Nous allons nous intéresser aux voyelles d’aperture moyenne (elles se trouvent au milieu du trapèze vocalique, dans des encadrés gris du schéma ci-dessus) [e, ɛ, ø, œ, o, ɔ]. Ces voyelles retiennent souvent fortement l’attention des enseignants et des étudiants pour des raisons qui ne me semblent pas toujours bonnes. On entend souvent la question : faut il prononcer [e] ou [ɛ] ? quelles sont les règles ?

L’usage de ces voyelles n’est pas très compliqué si l’on prend en compte deux notions : la structure phonétique de la syllabe dans laquelle ces voyelles apparaissent (syllabe ouverte = syllabe qui se termine par une voyelle prononcée ; ou syllabe fermée = syllabe qui se termine par une ou plusieurs consonne(s) prononcée(s)) ; et la notion d’archiphonème (que nous verrons plus bas). Le recours à ces deux notions semble pour certains compliquer la question à un point tel qu’ils préfèrent reléguer l’usage des voyelles d’aperture moyenne dans les limbes des mystères phonétiques.

Pourtant, rien de mystérieux ni de si compliqué ici. J’espère le prouver dès maintenant. L’explication est peut-être un peu longue et il faut distinguer l’essentiel de l’accessoire, mais rien de bien compliqué.

 

Commençons par un rappel :

0. Les voyelles d’aperture moyenne sont attestées par des paires minimales (mots dont le sens varie par la substitution d’un seul phonème) ce qui leur confère le statut de valeurs distinctives au même titre que toutes les autres voyelles du français.

- [e] s’oppose à [ɛ] dans de très nombreuses paires dues à la conjugaison : l’opposition de l’infinitif en –ER et du passé composé avec l’imparfait (je vais chanter = j'ai chanté / je chantais); l’opposition - pratiquement disparue - du futur (je ferai) avec le conditionnel (je ferais).

- [ø] s’oppose à [œ] dans quelques très rares paires : jeûne / jeune ; veule / veulent. Monique Callamand (1981) ajoute : meule (foin) / meule (à aiguiser) et meuble (adjectif) / meuble (nom).

- [o] s’oppose à [ɔ] dans un certain nombre de paires : paume / pomme ; saute / sotte ; nôtre / notre ; vôtre / votre ; l’auge / loge ; m’ôte / motte ; heaume / homme ; rauque / rock = roc ; Beauce / bosse ; (La) Baule / bol ; côte / cote ; haute = hôte / hotte ; pôle = Paule / Paul ; môle / molle ; taupe / top ; saule / sol ; hausse / os ; Maure / mort ; Maude / mode ; khôl / col ; Côme / comme ; cône / conne ; beauf / bof … (Merci de me signaler les paires manquantes !)

Il y a donc bien 6 voyelles d’aperture moyenne en français : [e, ɛ, ø, œ, o, ɔ].


 

Observons maintenant ce qui se passe dans la syllabe accentuée (la dernière syllabe du groupe rythmique).

1. En syllabe accentuée, l’usage de ces voyelles suit largement une tendance forte (ce n’est pas une règle) qui prend en compte la structure phonétique de la syllabe : syllabe ouverte = se terminant par la voyelle ; syllabe fermée = se terminant par une ou plusieurs consonne(s). Cette tendance s’énonce en deux temps.

(1). On trouve en syllabe ouverte le plus souvent les voyelles les plus fermées [e, ø, o] : la lettre B [be], Un peu [pø], C’est faux [fo] (et toujours dans le cas de [ø, o]) ;

(2). On trouve en syllabe fermée très majoritairement les voyelles les plus ouvertes [ɛ, œ, ɔ] : la lettre F [ɛf], J’ai peur [pœR], C’est fort [fɔR] (à part les paires minimales – qui sont toutes des syllabes fermées) et les contrexemples de cette tendance, voir ci-dessous).

 

Il existe selon les paires de voyelles des contrexemples plus ou moins nombreux au versant (2) de cette tendance générale.

[e] en syllabe fermée : n’existe pas en français standard.

[ø] en syllabe fermée : par [z] : amoureuse, courageuse, travailleuse… ; par [t] ou [tR] : émeute, neutre, feutre

[o] en syllabe fermée : quand la graphie est AU sauf devant [R] : faute, jaune, chauffe, sauce, pauvre ; quand la graphie est Ô : trône, rôle, dôme… ; devant [m] ou [n] dans les mots scientifiques : zone, atome, hexagone, chrome… ; devant [s] dans les mots suivants : grosse, fosse, adosse, endosse.

On insistera dans l'enseignement sur la tendance générale et on ne commentera éventuellement les contrexemples que lorsqu'on en rencontrera (et c'est pour cela que je ne les ai mentionnés qu'en petit!).

 

Un cas à part : [e/ɛ] en syllabe accentuée ouverte

Nous avons vu qu’il existe de très nombreuses paires minimales en syllabe ouverte attestant de l’opposition [e/ɛ]. Or, et de plus en plus, certains mots traditionnellement prononcés [ɛ] sont aujourd’hui produits [e].

Doivent être prononcées [e], les graphies : ER (aller, dîner, boulanger, léger – sauf quelques rares mots : mer, fer, hiver, cancer…), É (allé, dîné, santé), ÉE (rosée, allée), EZ (nez, allez).

Devraient être prononcées [e], mais sont parfois prononcée [ɛ] : la graphie AI : je ferai, le quai, c’est vrai, un balai… ; la graphie ES : les, des, ces, mesOn peut donc considérer ici que le choix du timbre est libre puisque c’est ce que les apprenants entendront auprès des locuteurs natifs.

Devraient être prononcées [ɛ] mais sont de plus en plus souvent produits [e] : les graphies -ET : un billet, un ticket... ; -AIS : jamais, tu savais… ; -AIT : du lait, l'imparfait, il savait… ; -AIENT : ils savaient… ; -AIE : la craie, que j’aie… ; -AID : laid ; -AIX : la paix ; -AY : Viroflay. Mais aussi les graphies -È : dès que, du grès, -Ê : dans la forêtOn peut donc considérer ici que le choix du timbre est libre puisque c’est ce que les apprenants entendront auprès des locuteurs natifs.

 

 

Conclusion 1 : A part les paires minimales, les contrexemples et le cas particulier de [e/ɛ], le français suit une tendance générale forte en syllabe accentuée : les syllabes ouvertes présentent toujours les voyelles les plus fermées, les syllabes fermées présentent les voyelles les plus ouvertes. Transmettre cette tendance forte aux apprenants de FLE constitue une priorité dans l’apprentissage. Dans tous les cas, le locuteur natif sait précisément en syllabe accentuée la voyelle qu’il doit utiliser et c’est celle qu’il attend dans la production de son interlocuteur.

 


Voyons maintenant ce qu’il en est en syllabe inaccentuée (c’est-à-dire toutes les syllabes du groupe qui précèdent la syllabe accentuée).

2. En syllabe inaccentuée, la situation est très différente. Pour l’illustrer je demande en cours de transcrire le mot : « L’Europe ».

Tout le monde s’accorde à transcrire la syllabe accentuée avec la même voyelle [‘Rɔp]. Nous venons de voir qu’en syllabe accentuée, le locuteur natif connaît précisément la valeur de la voyelle moyenne qu’il faut utiliser. Par contre, les avis divergent pour la transcription de la voyelle de la première syllabe – syllabe inaccentuée, [ø] ou [œ]. On obtient donc [lø ‘Rɔp] ou [lœ ‘Rɔp] sans que l’on puisse attribuer à l’une ou l’autre prononciation une appartenance régionale ou nationale. Autrement dit, le choix de la voyelle d’aperture moyenne dans cette position de syllabe inaccentuée est libre : [ø] ou [œ].

Et vous, transcrivez-vous [lø ‘Rɔp] ou [lœ ‘Rɔp] ? Attribuez-vous à la prononciation qui n’est pas la vôtre une origine régionale ou nationale ? (La réponse attendue est « Non »).

Poussons le test un peu plus avant en transcrivant maintenant le mot « européen ». La syllabe accentuée est [‘ɛ̃]. Mais les voyelles d’aperture moyenne des syllabes inaccentuées peuvent être [ø] ou [œ] pour la première syllabe, [o] ou [ɔ] pour la deuxième syllabe, et même [e] ou[ɛ] pour la troisième syllabe et ce malgré la graphie É.

Et vous, transcrivez-vous [øRope‘ɛ̃] ou [œRɔpɛ‘ɛ̃] ou toute autre combinaison ([øRɔpe‘ɛ̃], [øRopɛ‘ɛ̃], [øRɔpɛ‘ɛ̃], [œRopɛ‘ɛ̃], [œRope‘ɛ̃], [œRɔpe‘ɛ̃])? Attribuez-vous aux prononciations qui ne sont pas la vôtre des origines régionales ou nationales ? (La réponse attendue est « Non »).

 

De nombreux phonéticiens, François Wioland en tête, proposent d’utiliser les archiphonèmes [E], [Œ] et [O] pour illustrer la possibilité offerte au locuteur dans les syllabes inaccentuées d’user des voyelles les plus ouvertes, des voyelles les plus fermées ou de timbres intermédiaires, sans conséquence.

Ainsi, dans le n° 318 (nov.-déc.2001) du Français dans le monde, François Wioland précise l’usage des archiphonèmes dans un article intitulé : « Que faire de la graphie « e » ?

« [Œ] et [E] sont deux des trois voyelles orales d’aperture moyenne du français. Or en syllabes inaccentuables ouvertes, c’est-à-dire en syllabes non finales de mots, les oppositions de timbres [e]/[ɛ], [ø]/[œ] et [o]/[ɔ] sont neutralisées au profit d’un timbre moyen que l’on peut représenter par les archiphonèmes correspondants [E], [Œ], [O]. Nous proposons donc à titre d’exemples, contrairement aux dictionnaires, y compris le cédérom du Petit Robert (version 1996), qui semblent ignorer l’existence de syllabes inaccentuables :

- [E] pour les graphies soulignées des mots phonétiques suivants : « les élèves » [lEzE’lɛv], « vous aimez » [vuzE’me], « essayez » [EsE’je]; « mon pays » [mɔ̃pE’i], « la météo » [lamEtE’o], du plaisir » [dyplE’ziR], etc.

- [Œ] pour les graphies soulignées des mots phonétiques suivants : « peut-être » [pŒ’tɛt(R), « à jeudi » [aʒŒ’di], « au deuxième » [OdŒ’zjɛm], « un œillet » [œ̃nŒ’jE], « veuillez reprendre » [vŒjeRŒ’pRɑ̃d(R)], etc.

- [O] pour les graphies soulignées des mots phonétiques suivants : « au soleil » [OsO’lɛj], « les copains » [lEkO’pɛ̃], « la monotonie » [lamOnOtO’ni], « du beaujolais » [dybOʒO’lE], « à l’opposé » [alOpO’ze], etc. »

 

Conclusion 2 : En syllabes inaccentuées, le timbre des voyelles d’aperture moyenne est libre, du plus ouvert au plus fermé, en passant par des timbres intermédiaires. L’usage des archiphonèmes dans les syllabes inaccentuées traduit la réalité des productions des locuteurs natifs. C’est pourquoi il est important de transmettre ce principe simple et fonctionnel aux étudiants de FLE. Aux étudiants à qui le choix fait peur, on peut toujours conseiller de suivre la tendance générale des syllabes accentuées : les voyelles les plus fermées en syllabe ouverte, les voyelles les plus ouvertes en syllabe fermée.

 

Conclusion 1 + 2 : Les voyelles d’aperture moyenne suivent en syllabe accentuée le plus souvent une forte tendance générale – ce qui constitue une priorité dans l’apprentissage, et présentent en syllabe inaccentuée des timbres libres (+ ouvert ou + fermé). Cela illustre encore une fois l’importance des syllabes accentuées, finales de groupes rythmiques, dans lesquelles les voyelles ont un timbre canonique : c’est pour cela qu’on commence toujours par travailler les phonèmes dans cette position accentuée.

 

J’espère avec ce long message avoir éclairci la question de ces voyelles mystérieuses, mais je tiens à attirer l’attention du lecteur sur le fait que c’est moins le choix [+ ouvert] ou [+ fermé] qui importe en FLE, que les oppositions des archiphonèmes entre eux  pour distinguer [E] et [Œ] (les professeurs / le professeur, peu importe que les articles soient prononcés ouvert ou fermé, il faut seulement distinguer le singulier du pluriel) et [Œ] et [O] (un peu / un pot). C'est un problème bien plus crucial, que l’on rencontre plus fréquemment en phonétique du FLE et qui nécessite souvent un travail important.

 

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04 juin 2013

Le continuum vocalique

Le trapèze (ou triangle) vocalique est une figure fondamentale en phonétique, je l'ai souvent présenté sur ce blog.

Ce schéma articulatoire illustre toutes les possibilités de timbres vocaliques d'un conduit vocal humain, tous les timbres des voyelles orales des langues du monde y sont présents. Même après des années de pratique phonétique, l'espace défini par ce trapèze continue à me fasciner. Savoir que tous les timbres de toutes les langues du monde s'y trouvent ordonnés, cela invite à l'exploration...

Cet espace est diversement divisé par les langues en unités fonctionnelles. Comme le continuum des couleurs de l'arc-en-ciel est arbitrairement divisé en couleurs par les cultures. [ 6 couleurs pour le physicien Thomas Young, 7 pour Isaac Newton - comme les notes de musiques, les jours de la semaine... ; il n'y a qu'un seul mot pour nommer le bleu, le vert et le gris naturels en breton, gallois, ancien irlandais et moyen irlandais : "glas" ... ]

L'espagnol et le japonais divisent l'espace vocalique en cinq timbres fonctionnels. Le français en 10 (les 10 timbres fonctionnels des voyelles orales). Les langues ajoutent aux timbres vocaliques d'autres paramètres tels que la durée (en opposant voyelles brèves et longues, comme en anglais ou en arabe), la diphtongaison (présentant deux cibles vocaliques dans une seule syllabe comme en anglais, en allemand, en portugais), la nasalité (en abaissant le voile du palais et permettant les résonances nasales, comme en français, en portugais...), etc.

 

Les voyelles, comme leur nom l'indique, sont faites avec la voix (alors que les con-sonnes = sonnent avec les voyelles).

On peut chanter sur une voyelle (a-a-a-a) alors qu'on ne peut pas chanter sur une consonne (en particulier les occlusives : p-p-p-p !)

Dernière caractéristique fondamentale : on peut passer d'une voyelle à une autre en une transition continue (exemple : le i-a des cow-boys américains "yeehaa!"), alors que ce n'est pas possible avec les consonnes (p-t).

 

Explorer le continuum vocalique

Les voyelles constituant un continuum, on peut très facilement chanter sur une note stable une modulation progressive des voyelles. La représentation du triangle vocalique est particulièrement adaptée, puisque l’enseignant et / ou l’élève suit du doigt le glissement. Ce glissement est très progressif : il doit permettre de produire toutes les articulations intermédiaires et ainsi toutes les valeurs intermédiaires entre les deux sons, et d'entraîner son oreille à percevoir la diversité des timbres résultant de ce glissando. Parmi ces valeurs, certaines seront regroupées en valeurs fonctionnelles, les regroupements variant d'une langue à une autre. C'est pourquoi il me semble vraiment intéressant d'acquérir de la souplesse tant en production qu'en perception de cette variété vocalique. Ce glissement suit les axes du trapèze : de fermé à ouvert (et vice versa), d'étiré à arrondi (et vice versa). On évitera, dans un premier temps au moins, l'axe antérieur / postérieur souvent générateur de beaucoup de confusion.

 

i – e – ɛ – a (inspirer) a – ɛ – e – i (inspirer)

u – o – ɔ – a (inspirer) a – ɔ – o – u (inspirer)

i – y – i – y (inspirer) e – ø – e – ø (inspirer) ɛ – œ – ɛ – œ (inspirer)

y – ø – œ – a (inspirer) a – œ – ø – y (inspirer)

 

En voici un exemple sonore susceptible de servir d'échauffement. Cette pratique demande de la détente (respiration) et de la concentration afin d'éprouver la continuité articulatoire et les correspondants sonores.

Le continuum vocalique

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28 mai 2013

La voyelle [u]

(Rappel :

• le digraphe <ou> des mots nous, vous, tout, est transcrit en Alphabet Phonétique International par le symbole [u] ;

• le graphème <u> des mots tu, vu, bu, est transcrit en API par le symbole [y].)

[y] est considéré comme une voyelle bien française ("Bienvenue", "Salut!", "Comment vas-tu?"), alors qu'elle n'est pas si fréquente : elle ne représente en fréquence d'occurence que 4,4% des voyelles d'un vaste corpus de français oral (Wioland, 1991).

[u] retient moins l'attention. Parce que c'est une voyelle cardinale (qui se trouve dans un coin du trapèze vocalique, comme [i] et [a]) et qu'elle est souvent décrite comme présente dans toutes les langues du monde. Elle représente en fréquence 5,6% des voyelles en français oral. On la trouve dans de nombreux mots outils : "Nous", "Vous", "tout", "toujours", "beaucoup" et dans "Bonjour", "l'amour"... Sa mauvaise prononciation est un important marqueur d'accent "étranger" en français.

Le fait d'avoir ces deux voyelles dans le système vocalique français incite les natifs à maximiser leurs différences : très antérieure et aigüe pour [y] (c'est un [i] arrondi), très postérieure et grave pour [u].

La confusion de ces deux voyelles peut nuire à la communication, et au mieux faire rire : si la confusion est presque attendue dans le sens [y] prononcé [u], elle semble surprenante dans le sens [u] prononcé [y]. "Merci beaucoup!" / "Merci beau cul!" ; "C'est à nous!" / "C'est à nu!"... où la prononciation de [u] en [y] peut être compris comme de l'hypercorrection.

 

[u] pose problème aux anglophones qui ont une voyelle correspondante diphotonguée, plus aigüe [yu].

[u] pose problème aux japonophones qui ont une voyelle moins arrondie, plus "intérieure" et moins grave, généralement transcrite [ɯ].

Voici un cOUrt poème de Jacques Prévert, tiré du recueil Paroles, intitulé "Chanson" qui présente des [u] en syllabe accentuée et en syllabe inaccentuée.

La musique est l'OUverture de l'opéra de Richard Wagner, Lohengrin, par Claudio Abado et l'orchestre de l'Opéra de Vienne.

 

La voyelle [u] : Chanson - Jacques Prévert

 

Chanson, de Jacques Prévert

Quel jOUr sommes-nOUs
NOUs sommes tOUs les jOUrs
Mon-amie
NOUs sommes tOUte la vie
Mon-amOUr
NOUs nOUs-aimons et nOUs vivons
NOUs vivons et nOUs nOUs-aimons
Et nOUs ne savons pas ce que c'est que la vie
Et nOUs ne savons pas ce que c'est que le jOUr
Et nOUs ne savons pas ce que c'est que l'amOUr.

Et en Alphabet Phonétique International :

[ ʃɑ̃'sõ / dɶ *ʒakpʁe'vɛʁ //
kɛl'ʒuːʁ / sɔm'nu //
nu'sɔm / tule'ʒuːʁ / mõna'mi /
nu'sɔm / tutla'vi / mõna'muʁ //
nunuzE'mõ / enuvi'võ //
nuvi'võ / enunuzE'mõ //
enunɶsavõ'pa / sɶkɶ'sɛkɶla'vi /
enunɶsavõ'pa / sɶkɶ'sɛkɶlɶ'ʒuʁ /
enunɶsavõ'pa / sɶkɶ'sɛkɶla'muʁ //]

16 mai 2013

La voyelle [ø] (eu fermé) en dEUx chansons

J'aime utiliser de courts extraits de chansons très ciblés phonétiquement, afin que musique et paroles soient rapidement mémorisées et puissent être sollicitées à tout moment pour l'entraînement phonétique.

Je propose ici deux extraits de chanson pour travailler la voyelle [ø] (eu fermé, qui représente une difficulté phonétique pour de très nombreux apprenants, en particulier hispanophones, italophones, arabophones, japonophones...), par différents interprètes pour varier les voix ... et multiplier les écoutes.

 

1. Michel Berger : Chanter pour cEUx, interprété par Michel Berger, Davy Sicard / Shy'm, Anthony Touma, Laam, Christophe, Johnny Hallyday / Montserrat Caballé.

"Je vEUx chanter pour cEUx / qui sont loin de chez-EUx / et qui ont dans leurs-yEUx / quelque chose qui fait mal, qui fait mal..."

Chanter pour ceux - [ø] (eu fermé)


2. William Sheller : Un homme hEUrEUx, interprété par William Sheller, Florian, Louane, Joseph-Emmanuel.

"Mais si ça ne vaut pas la peine / que j'y revienne / il faut me le dire au fond des-yEUx / Quelque soit  le temps que ça prenne / quelque soit l'enjEU, je vEUx-être-un-homme-hEUrEUx."

On pourra poser la question du timbre utilisé par les interprètes pour les mots monosyllabiques tels que : je, de, me, le, que, quelque, ... Pour ma part, j'entends très souvent un [ø], ne serait-ce que pour des raisons d'harmonie vocalique...

Un homme heureux - [ø] (eu fermé)

Comme activité complémentaire, on peut suggérer aux apprenants séduits par ces chansons, d'aller chercher les mots en [ø] dans la totalité du texte.
 

Et vous? avec quelle(s) chanson(s) travaillez-vous la voyelle [ø] ?

 

 

 

Posté par fonetiks à 16:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]