19 juin 2013

Les voyelles d'aperture moyenne : du lexique

Maria V. est une lectrice assidue de ce blog (Merci Maria !). Elle est hispanophone et vit et travaille à Paris depuis bientôt 30 ans. En français, son niveau de langue et de prononciation sont excellents.

Elle a été particulièrement intéressée par les deux messages récents traitant des voyelles d'aperture moyenne (1) (2).

En effet, elle dit ne jamais se sentir "très sûre" dans le choix de ces voyelles. Pourtant, elle les pratique parfaitement. Son insécurité porte en fait sur les syllabes inaccentuées, position dans laquelle le choix des voyelles (ouverte ou fermée) est libre. Mais la prononciation du français lui paraissant globalement très stricte, elle a du mal à croire en cette possibilité de choix.

Alors encore et encore, Maria veut entendre ces voyelles !

Les voici donc, dans 3 diaporamas, en syllabes accentuées - puisqu'il n'y a que dans cette position que la voyelle est fixée.

D'abord [e/ɛ], puis [ø/œ], et enfin [o/ɔ].

Pour les diaporamas, merci à Numa, Cléo, Vincent, Christiane, Karen, Emile, Sophie, Olivia, Martin, Frédérique, Emmanuelle, Bernard, Patrick, Augustin et Marie-Paule.

[e] [avɛkɛ̃'ve / uɛ̃dublŒ've] [lanasjOnali'te] [kɛlɛvɔtʁŒnasjOnali'te]
[le'te] [sɛte'te] [letedɛʁ'nje] [ɛ̃be'be] [ɛ̃bobe'be]
[ɛ̃se'de] [gʁaveɛ̃se'de] [sovgaʁdesyʁɛ̃se'de]
[ɛ] [mõ'pɛːʁ] [sõgʁɑ̃ː'pɛʁ] [mõ'fʁɛːʁ]
[lɑ̃glŒ'tɛːʁ] [ɑ̃nɑ̃glŒ'tɛːʁ] [latuʁE'fɛl]
[lapu'bɛl] [alapu'bɛl] [lŒkamjõpu'bɛl]
[ynba'gɛt] [yndŒmi'bagɛt]

 

[ø] ['dø] [ʒɑ̃vø'dø] [la'kø] [fɛtla'kø] [alakølø'lø]
[ynagʁa'fø:z] [tyaynagʁa'fø:z] [ɛ̃'vø] [mEjœʁ'vø] [tumE'vø]
[olalaː sEtɑ̃nɥi'jø]
[œ] [ʒE'pœːʁ] [safE'pœːʁ] [ilay'pœːʁ]
[ɛ̃distʁiby'tœːʁ] [ɛ̃ʁefʁiʒeʁa'tœːʁ]
[ɛ̃nɔʁdina'tœːʁ] [syʁmõnɔʁdina'tœːʁ]
[ɛ̃fO'tœːj] [dɑzɛ̃fO'tœːj]

 

[o] [lŒ'o] [ɑ̃'o] [tutɑ̃'o] [ynfO'to] [ynfO'todidɑ̃ti'te]
[ɛ̃ka'do] [mɛʁsipuʁlŒka'do] [kɛlboka'do]
[ɛ̃nabʁi'ko] [dŒlakõfituʁdabʁi'ko] [sE'bo:] [ilfE'bo] [sEtʁE'bo]
[ɔ] [ɛ̃pas'pɔːʁ] [vɔtʁŒpas'pɔːʁ]  
[yn'pɔʁt] [fɛʁmla'pɔʁt] [uvʁesɛt'pɔʁt]
[yn'pɔm] [ynkõpɔtdŒ'pɔm] [yntaʁto'pɔm]
[ɑ̃'kɔːʁ] ['stɔp]
[da'kɔːʁ] [ʒŒsɥida'kɔːʁ] [tutafEda'kɔːʁ]

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17 juin 2013

[ɑ̃ ] avec une grANde bouche

(Cliquez sur Les voyelles nasales pour un précédent message sur le sujet)

 

La voyelle nasale [ɑ̃] se prononce avec une GRANDE bouche.
VraimENt ? Et pourquoi ?
Pour se distinguer d'une part de [ɛ̃] prononcé avec le sourire - et qui est plus aigu, d'autre part de [ɔ̃] prononcé avec une petite bouche - et qui est plus grave.

[On peut bien sûr prononcer les phonèmes sans maximiser leur articulation. C'est ce que font les ventriloques. Grâces à des phénomènes de compensation articulatoire, on peut s'économiser (on peut par exemple prononcer [i] et [a] en mordant un crayon = en fixant l'aperture). Mais il me semble important de pratiquer d'abord les gestes optimaux afin de produire la voyelle la plus précise possible et que les oreilles puisse "mémoriser" la valeur du son... quitte à le reproduire ensuite de manière plus économique.]

L'écart le plus souvent produit est de prononcer [ɑ̃] trop grave, trop sombre. Ma correction la plus fréquente est : "plus ouvert, plus clair, plus féminin, du sourire dans les yeux !". Et comme [ɑ̃] est la plus fréquente des trois voyelles nasales ([ɑ̃] = 7,1%, [ɔ̃] = 5,2%, [ɛ̃] =4,2%), il est vraiment important de bien la prononcer.

Une étudiante brésilienne qui n'avait pas bien entendu la date de la sortie que je proposais, me dit : "C'est con !" (plutôt que "C'est quand?")...

Pour s'entraîner, voici deux corpus qui parlent de manger... avec la bouche grANde ouverte : un poème du poète belge Norge et une histoire drôle, "la grenouille à GRANDE bouche".

 

La Faune - Norge

Et toi, que manges-tu, grouillant ?
— Je mange le velu / qui digère le pulpeux / qui ronge le rampant.
 
Et toi, rampant, que manges-tu ?
— Je dévore le trottinant / qui bâfre l’ailé / qui croque le flottant.
 
Et toi, flottant, que manges-tu ?
— J’engloutis le vulveux / qui suce le ventru / qui mâche le sautillant.
 
Et toi, sautillant, que manges-tu ?
— Je happe le gazouillant / qui gobe le bigarré / qui égorge le galopant.
 
Est-il bon, chers mangeurs, est-il bon le goût du sang ?
— Doux, doux ! tu ne sauras jamais comme il est doux, herbivore !


Et en Alphabet Phonétique International :

[ laˈfoːn /dŒ *ˈnɔʁʒ //
eˈtwa / kŒmɑ̃ʒˈty / gʁuˈjɑ̃ //
ʒŒ'mɑ̃ːʒŒlŒvŒˈly / kidi'ʒɛːʁlŒpylˈpø / ki'ʁõːʒŒlŒʁɑ̃ˈpɑ̃ //
eˈtwa / ʁɑ̃ˈpɑ̃ / kŒmɑ̃ʒˈty //
ʒŒdeˈvɔːʁlŒtʁOtiˈnɑ̃ / kiˈbɑːfʁŒlEˈle / kiˈkʁɔkŒlŒflɔˈtɑ̃ //
eˈtwa / flOˈtɑ̃ / kŒmɑ̃ʒ'ty //
ʒɑ̃glu'tilŒvylvø / ki'sysŒlŒvɑ̃'tʁy / ki'mɑːʃŒlŒsOti'jɑ̃ //
etwa / sOtijɑ̃ / kŒmɑ̃ʒty //
ʒŒ'ʔapŒlŒgazu'jɑ̃ / ki'gɔbŒlŒbiga'ʁe / kiʔegɔʁʒŒlŒgalO'pɑ̃ //
ɛtil'bõ / ʃɛʁmɑ̃'ʒœːʁ / ɛtil'bõ / lŒgudy'sɑ̃ //
'du / 'du // tynŒsOʁaʒa'mɛ / kɔmilɛ'du / ɛrbi'vɔːʁ // ]

 

[ɑ̃] - Une histoire drôle : la grenouille à GRANDE bouche

C'est l'histoire d'une grenouille à grANde bouche qui part découvrir le monde.

Elle rENcontre un singe. Elle lui demANde :
- BONJOUR TOAAA ! COMMENT TU T'APPELLES ?
- Je suis le singe.
- AH BON, ET QU'EST-CE QUE TU MANGES, DIS ?
- Je mANge les bananes quANd j'EN trouve.
- C'EST BIEN. AU REVOAAAR !
et la grenouille à grANde bouche continue son chemin.


Elle rENcontre une girafe :
- BONJOUR TOAAA ! COMMENT TU T'APPELLES ?
- Je m'appelle la girafe.
- AH BON, ET QU'EST-CE QUE TU MANGES, DIS ?
- Je mANge les feuilles en haut des arbres.
- C'EST BIEN. AU REVOAAAR !

Elle rENcontre ENfin un serpENt boa :
- BONJOUR TOAAACOMMENT TU T'APPELLES ?
- Je suis le serpent boa.
- AH BON, ET QU'EST-CE QUE TU MANGES, DIS ?
- Je mANge les grenouilles à grANde bouche !
- ... C'est vraimENt dommage. Je n'EN ai vu aucune par ici...

 

16 juin 2013

La phonétique sur Internet, tous azimuts !

Il s'appelle Christos Nikou. Elle s'appelle Despina Zarzouli. Ils ont aujourd'hui 30 ans, ils sont grecs.

En 2007, à la fin de leurs études qui les destinaient à enseigner le français en Grèce, ils ont fréquenté pendant un semestre l'Institut de Phonétique à Paris et ont enthousiasmé l'équipe enseignante par leur maîtrise de la langue et de la culture française, par leur curiosité et leur vivacité intellectuelles, par leur soif d'apprendre... enfin par leur enthousiasme, leur charme et leur gentillesse. Nous les avons vu repartir en Grèce en les sachant promis à un brillant avenir.

Despina Zarzouli travaille au Ministère de la Défense Nationale où elle enseigne le français aux officiers de l'armée de terre. En 2009, Christos a été détaché du secondaire au Département de Langue et Littérature Françaises de l'Université d'Athènes où il a à son tour enseigné la phonétique.

En cherchant à préparer une sitographie des ressources en prononciation du français (théories et exercices), Christos Nikou a finalement élaboré...

... "un inventaire raisonné de phonétique à travers les sites Internet, groupés et classés selon les différents phénomènes segmentaux et suprasegmentaux, ainsi qu'une partie préliminaire [...] pour favoriser l'autonomie des étudiants : travailler selon leur temps d'investissement afin de perfectionner leurs connaissances d'une manière motivante (c'est vrai que les étudiants sont connectés sur la Toile à peu près 2 à 5 heures par jour) et, pourquoi pas, d'une manière dirigée, changer leurs mauvaises habitudes articulatoires/phonétiques à partir de modèles."

Ce matériel a été élaboré au sein du Laboratoire multimédia pour le Traitement de la Parole et des Textes du Département de Langue et de Littérature françaises de l'Université d'Athènes sous la direction de la professeure Maro Patéli.

Voici donc, grâce à Christos Nikou, tout (ou presque) ce qu'on trouve à ce jour sur Internet ayant trait à la prononciation du français.

(version française du site) :  http://fr.frl.uoa.gr/le-laboratoire-multimedia/materiel-didactique-lab.html

(version grecque) : http://www.frl.uoa.gr/ergastirio-polymeswn/ekpaideytiko-yliko.html

Christos Nikou travaille aujourd'hui au Ministère de l'Education en Grèce. Nous sommes très admiratifs de son parcours et fiers de présenter ici une partie de son travail.

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12 juin 2013

Les voyelles d'aperture moyenne : un corpus

Pour appliquer ce qui a été dit dans le message précédent, et pour s'entraîner les oreilles, je propose de travailler à partir de la chanson "Mon vieux", de Daniel Guichard.

J'ai transcrit ci-dessous la chanson en proposant à chaque fois un choix de symboles pour les voyelles d'aperture moyenne [e/ɛ] [ø/œ] [o/ɔ].

L'exercice consiste à choisir quelle voyelle est prononcé dans chaque cas. On peut bien sûr avoir recours aux archiphonèmes :  [E] [Œ] [O].

J'ai transcrit ainsi la totalité de la chanson, qui est longue. Il me semble qu'il vaut mieux s'exercer en plusieurs fois, sur 2 ou 3 strophes à chaque fois.

La vidéo de la chanson est intégrée plus bas.

La correction dans quelques jours... mais est-ce bien nécessaire?

 

[e/ɛ] [ø/œ] [o/ɔ] - [E] [Œ] [O]

Mon vieux – Daniel Guichard (1974)

Dans son viEUx [ø/œ] pardEssus [ø/œ] rapÉ [e/ɛ]
Il s´en allAIt [e/ɛ] l´hivER [e/ɛ], l´ÉtÉ [e/ɛ] [e/ɛ]
Dans lE [ø/œ] pEtit [ø/œ] matin frilEUx [ø/œ]
Mon viEUx [ø/œ].

Y avAIt [e/ɛ] qu´un dimanche par sEmAIne [ø/œ] [e/ɛ]
LES [e/ɛ] AUtrEs [o/ɔ][ø/œ] jours, c´ÉtAIt [e/ɛ] [e/ɛ] la grAIne [e/ɛ]
Qu´il allAIt [e/ɛ] gagnER [e/ɛ] comme on pEUt [ø/œ]
Mon viEUx [ø/œ].

L´ÉtÉ [e/ɛ] [e/ɛ], on allAIt [e/ɛ] voir la mER [e/ɛ]
Tu vois c´ÉtAIt [e/ɛ] [e/ɛ] pas la misÈre [e/ɛ]
C´ÉtAIt [e/ɛ] [e/ɛ] pas non plus l(e) paradis
Hé oui tant pis.

Dans son viEUx [ø/œ] pardEssus [ø/œ] rapÉ [e/ɛ]
Il a pris pendant dES [e/ɛ] annEÉs [e/ɛ]
Le mÊme [e/ɛ] AUtObus [o/ɔ] [o/ɔ] de banliEUe [ø/œ]
Mon viEUx [ø/œ].

Le soir en rentrant du boulOt [o/ɔ]
Il s´assEyAIt [e/ɛ] [e/ɛ] sans dire un mOt [o/ɔ]
Il ÉtAIt [e/ɛ] [e/ɛ] du genre silenciEUx [ø/œ]
Mon viEUx [ø/œ].

LES [e/ɛ] dimanches ÉtAIent [e/ɛ] [e/ɛ] mOnOtOnes [o/ɔ] [o/ɔ] [o/ɔ]
On n(e) rEcEvAIt [ø/œ] [ø/œ] [e/ɛ] jamAIs [e/ɛ] pERsOnne [e/ɛ] [o/ɔ]
Ça n(e) lE [ø/œ]  rendAIt [e/ɛ] pas malhEUrEUx [ø/œ] [ø/œ]
JE [ø/œ] crois, mon viEUx [ø/œ].

Dans son viEUx [ø/œ] pardEssus [ø/œ] rapÉ [e/ɛ]
LES [e/ɛ] jours de pAYe [e/ɛ] quand il rentrAIt [e/ɛ]
On l´entendAIt [e/ɛ] guEUlER [ø/œ] [e/ɛ] un pEU [ø/œ]
Mon viEUx [ø/œ].

Nous, on connAIssAIt [e/ɛ] [e/ɛ] la chanson
Tout y passAIt [e/ɛ], bourgeois, patrons,
La gAUche [o/ɔ], la droite, mÊme [e/ɛ] lE [ø/œ] bon DiEU [ø/œ]
AvEc [e/ɛ] mon viEUx [ø/œ].

ChEZ [e/ɛ] nous y avAIt  [e/ɛ] pas la tÉlÉ [e/ɛ] [e/ɛ]
C´EST [e/ɛ]  dEhOrs [ø/œ] [o/ɔ] quE [ø/œ] j´allAIs [e/ɛ] chERchER [e/ɛ] [e/ɛ]
Pendant quELquES [e/ɛ] [ø/œ] hEUres [ø/œ] l´Évasion [e/ɛ]
Tu sAIs [e/ɛ], c´EST [e/ɛ] con!

Dire quE [ø/œ]  j´AI [e/ɛ] passÉ [e/ɛ] dES [e/ɛ] annÉEs [e/ɛ]
A cÔtÉ [o/ɔ] [e/ɛ] dE [ø/œ] lui sans lE [ø/œ] r(e)gardER [e/ɛ]
On a à pEIne [e/ɛ] ouvERt [e/ɛ] lES [e/ɛ] yEUx [ø/œ]
Nous dEUx [ø/œ].

J´AUrAIs [o/ɔ] [e/ɛ] pu c´ÉtAIt [e/ɛ] [e/ɛ] pas malin
FAIre [e/ɛ] avEc [e/ɛ] lui un bout d(e) chEmin [ø/œ]
Ça l´AUrAIt [o/ɔ] [e/ɛ] p(eu)t-Êt(re) [e/ɛ] rendu hEUrEUx [ø/œ] [ø/œ]
Mon viEUx [ø/œ].

MAIs [e/ɛ] quand on a justE [ø/œ] quinze ans
On n´a pas lE [ø/œ] cŒUr [ø/œ] assEZ [e/ɛ] grand
Pour y logER [o/ɔ] [e/ɛ] toutes cES [e/ɛ] chOses-là [o/ɔ]
Tu vois.

MaintEnant [ø/œ] qu´il EST [e/ɛ] loin d´ici
En pensant à tout ça, j(e) mE [ø/œ] dis :
J´AIm(e)rAIs [e/ɛ] [e/ɛ] bien qu´il soit prÈs [e/ɛ] dE [ø/œ] moi
Papa...

 

***Daniel Guichard - Mon vieux***

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11 juin 2013

[e, ɛ, ø, œ, o, ɔ] et [E, Œ, O] : les voyelles d'aperture moyenne

 

Lorsqu’on demande à un locuteur français natif de lister les voyelles du français, il répond inévitablement : A, E, I, O, U, Y. Etant lettré, il restitue les voyelles du français comme il les a apprises : dans l’ordre alphabétique et à des fins orthographiques.

Lorsqu’on demande au même locuteur natif de lister les voyelles « phonétiques » du français, il demeure généralement perplexe. Il convient que [u] est une voyelle correspondant au digraphe OU. Les accents ajoutés sur la lettre E lui permettent de distinguer E ([œ]), É ([e]) et È, Ê ([ɛ]). La différence entre [ø] et [œ] lui est généralement plus difficile à admettre car cela correspond à une seule graphie EU. De même pour [o] et [ɔ], pour lesquelles il cherche des règles orthoépiques impliquant les graphies AU, EAU… (Il est rarissime qu’il évoque les voyelles nasales, les digraphes impliquant toujours les lettres N ou M ce qui ne permet plus à ces combinaisons d’être considérées comme des voyelles).


Nous allons nous intéresser aux voyelles d’aperture moyenne (elles se trouvent au milieu du trapèze vocalique, dans des encadrés gris du schéma ci-dessus) [e, ɛ, ø, œ, o, ɔ]. Ces voyelles retiennent souvent fortement l’attention des enseignants et des étudiants pour des raisons qui ne me semblent pas toujours bonnes. On entend souvent la question : faut il prononcer [e] ou [ɛ] ? quelles sont les règles ?

L’usage de ces voyelles n’est pas très compliqué si l’on prend en compte deux notions : la structure phonétique de la syllabe dans laquelle ces voyelles apparaissent (syllabe ouverte = syllabe qui se termine par une voyelle prononcée ; ou syllabe fermée = syllabe qui se termine par une ou plusieurs consonne(s) prononcée(s)) ; et la notion d’archiphonème (que nous verrons plus bas). Le recours à ces deux notions semble pour certains compliquer la question à un point tel qu’ils préfèrent reléguer l’usage des voyelles d’aperture moyenne dans les limbes des mystères phonétiques.

Pourtant, rien de mystérieux ni de si compliqué ici. J’espère le prouver dès maintenant. L’explication est peut-être un peu longue et il faut distinguer l’essentiel de l’accessoire, mais rien de bien compliqué.

 

Commençons par un rappel :

0. Les voyelles d’aperture moyenne sont attestées par des paires minimales (mots dont le sens varie par la substitution d’un seul phonème) ce qui leur confère le statut de valeurs distinctives au même titre que toutes les autres voyelles du français.

- [e] s’oppose à [ɛ] dans de très nombreuses paires dues à la conjugaison : l’opposition de l’infinitif en –ER et du passé composé avec l’imparfait (je vais chanter = j'ai chanté / je chantais); l’opposition - pratiquement disparue - du futur (je ferai) avec le conditionnel (je ferais).

- [ø] s’oppose à [œ] dans quelques très rares paires : jeûne / jeune ; veule / veulent. Monique Callamand (1981) ajoute : meule (foin) / meule (à aiguiser) et meuble (adjectif) / meuble (nom).

- [o] s’oppose à [ɔ] dans un certain nombre de paires : paume / pomme ; saute / sotte ; nôtre / notre ; vôtre / votre ; l’auge / loge ; m’ôte / motte ; heaume / homme ; rauque / rock = roc ; Beauce / bosse ; (La) Baule / bol ; côte / cote ; haute = hôte / hotte ; pôle = Paule / Paul ; môle / molle ; taupe / top ; saule / sol ; hausse / os ; Maure / mort ; Maude / mode ; khôl / col ; Côme / comme ; cône / conne ; beauf / bof … (Merci de me signaler les paires manquantes !)

Il y a donc bien 6 voyelles d’aperture moyenne en français : [e, ɛ, ø, œ, o, ɔ].


 

Observons maintenant ce qui se passe dans la syllabe accentuée (la dernière syllabe du groupe rythmique).

1. En syllabe accentuée, l’usage de ces voyelles suit largement une tendance forte (ce n’est pas une règle) qui prend en compte la structure phonétique de la syllabe : syllabe ouverte = se terminant par la voyelle ; syllabe fermée = se terminant par une ou plusieurs consonne(s). Cette tendance s’énonce en deux temps.

(1). On trouve en syllabe ouverte le plus souvent les voyelles les plus fermées [e, ø, o] : la lettre B [be], Un peu [pø], C’est faux [fo] (et toujours dans le cas de [ø, o]) ;

(2). On trouve en syllabe fermée très majoritairement les voyelles les plus ouvertes [ɛ, œ, ɔ] : la lettre F [ɛf], J’ai peur [pœR], C’est fort [fɔR] (à part les paires minimales – qui sont toutes des syllabes fermées) et les contrexemples de cette tendance, voir ci-dessous).

 

Il existe selon les paires de voyelles des contrexemples plus ou moins nombreux au versant (2) de cette tendance générale.

[e] en syllabe fermée : n’existe pas en français standard.

[ø] en syllabe fermée : par [z] : amoureuse, courageuse, travailleuse… ; par [t] ou [tR] : émeute, neutre, feutre

[o] en syllabe fermée : quand la graphie est AU sauf devant [R] : faute, jaune, chauffe, sauce, pauvre ; quand la graphie est Ô : trône, rôle, dôme… ; devant [m] ou [n] dans les mots scientifiques : zone, atome, hexagone, chrome… ; devant [s] dans les mots suivants : grosse, fosse, adosse, endosse.

On insistera dans l'enseignement sur la tendance générale et on ne commentera éventuellement les contrexemples que lorsqu'on en rencontrera (et c'est pour cela que je ne les ai mentionné qu'en petit!).

 

Un cas à part : [e/ɛ] en syllabe accentuée ouverte

Nous avons vu qu’il existe de très nombreuses paires minimales en syllabe ouverte attestant de l’opposition [e/ɛ]. Or, et de plus en plus, certains mots traditionnellement prononcés [ɛ] sont aujourd’hui produits [e].

Doivent être prononcées [e], les graphies : ER (aller, dîner, boulanger, léger – sauf quelques rares mots : mer, fer, hiver, cancer…), É (allé, dîné, santé), ÉE (rosée, allée), EZ (nez, allez).

Devraient être prononcées [e], mais sont parfois prononcée [ɛ] : la graphie AI : je ferai, le quai, c’est vrai, un balai… ; la graphie ES : les, des, ces, mesOn peut donc considérer ici que le choix du timbre est libre puisque c’est ce que les apprenants entendront auprès des locuteurs natifs.

Devraient être prononcées [ɛ] mais sont de plus en plus souvent produits [e] : les graphies AIS : jamais, tu savais… ; AIT : du lait, imparfait, il savait… ; AIENT : ils savaient… ; AIE : la craie, que j’aie… ; AID : laid ; AIX : paix ; AY : Viroflay. On peut donc considérer ici que le choix du timbre est libre puisque c’est ce que les apprenants entendront auprès des locuteurs natifs.

 

 

Conclusion 1 : A part les paires minimales, les contrexemples et le cas particulier de [e/ɛ], le français suit une tendance générale forte en syllabe accentuée : les syllabes ouvertes présentent toujours les voyelles les plus fermées, les syllabes fermées présentent les voyelles les plus ouvertes. Transmettre cette tendance forte aux apprenants de FLE constitue une priorité dans l’apprentissage. Dans tous les cas, le locuteur natif sait précisément en syllabe accentuée la voyelle qu’il doit utiliser et c’est celle qu’il attend dans la production de son interlocuteur.

 


Voyons maintenant ce qu’il en est en syllabe inaccentuée (c’est-à-dire toutes les syllabes du groupe qui précèdent la syllabe accentuée).

2. En syllabe inaccentuée, la situation est très différente. Pour l’illustrer je demande en cours de transcrire le mot : « L’Europe ».

Tout le monde s’accorde à transcrire la syllabe accentuée avec la même voyelle [‘Rɔp]. Nous venons de voir qu’en syllabe accentuée, le locuteur natif connaît précisément la valeur de la voyelle moyenne qu’il faut utiliser. Par contre, les avis divergent pour la transcription de la voyelle de la première syllabe – syllabe inaccentuée, [ø] ou [œ]. On obtient donc [lø ‘Rɔp] ou [lœ ‘Rɔp] sans que l’on puisse attribuer à l’une ou l’autre prononciation une appartenance régionale ou nationale. Autrement dit, le choix de la voyelle d’aperture moyenne dans cette position de syllabe inaccentuée est libre : [ø] ou [œ].

Et vous, transcrivez-vous [lø ‘Rɔp] ou [lœ ‘Rɔp] ? Attribuez-vous à la prononciation qui n’est pas la vôtre une origine régionale ou nationale ? (La réponse attendue est « Non »).

Poussons le test un peu plus avant en transcrivant maintenant le mot « européen ». La syllabe accentuée est [‘ɛ̃]. Mais les voyelles d’aperture moyenne des syllabes inaccentuées peuvent être [ø] ou [œ] pour la première syllabe, [o] ou [ɔ] pour la deuxième syllabe, et même [e] ou[ɛ] pour la troisième syllabe et ce malgré la graphie É.

Et vous, transcrivez-vous [øRope‘ɛ̃] ou [œRɔpɛ‘ɛ̃] ou toute autre combinaison ([øRɔpe‘ɛ̃], [øRopɛ‘ɛ̃], [øRɔpɛ‘ɛ̃], [œRopɛ‘ɛ̃], [œRope‘ɛ̃], [œRɔpe‘ɛ̃])? Attribuez-vous aux prononciations qui ne sont pas la vôtre des origines régionales ou nationales ? (La réponse attendue est « Non »).

 

De nombreux phonéticiens, François Wioland en tête, proposent d’utiliser les archiphonèmes [E], [Œ] et [O] pour illustrer la possibilité offerte au locuteur dans les syllabes inaccentuées d’user des voyelles les plus ouvertes, des voyelles les plus fermées ou de timbres intermédiaires, sans conséquence.

Ainsi, dans le n° 318 (nov.-déc.2001) du Français dans le monde, François Wioland précise l’usage des archiphonèmes dans un article intitulé : « Que faire de la graphie « e » ?

« [Œ] et [E] sont deux des trois voyelles orales d’aperture moyenne du français. Or en syllabes inaccentuables ouvertes, c’est-à-dire en syllabes non finales de mots, les oppositions de timbres [e]/[ɛ], [ø]/[œ] et [o]/[ɔ] sont neutralisées au profit d’un timbre moyen que l’on peut représenter par les archiphonèmes correspondants [E], [Œ], [O]. Nous proposons donc à titre d’exemples, contrairement aux dictionnaires, y compris le cédérom du Petit Robert (version 1996), qui semblent ignorer l’existence de syllabes inaccentuables :

- [E] pour les graphies soulignées des mots phonétiques suivants : « les élèves » [lEzE’lɛv], « vous aimez » [vuzE’me], « essayez » [EsE’je]; « mon pays » [mɔ̃pE’i], « la météo » [lamEtE’o], du plaisir » [dyplE’ziR], etc.

- [Œ] pour les graphies soulignées des mots phonétiques suivants : « peut-être » [pŒ’tɛt(R), « à jeudi » [aʒŒ’di], « au deuxième » [OdŒ’zjɛm], « un œillet » [œ̃nŒ’jE], « veuillez reprendre » [vŒjeRŒ’pRɑ̃d(R)], etc.

- [O] pour les graphies soulignées des mots phonétiques suivants : « au soleil » [OsO’lɛj], « les copains » [lEkO’pɛ̃], « la monotonie » [lamOnOtO’ni], « du beaujolais » [dybOʒO’lE], « à l’opposé » [alOpO’ze], etc. »

 

Conclusion 2 : En syllabes inaccentuées, le timbre des voyelles d’aperture moyenne est libre, du plus ouvert au plus fermé, en passant par des timbres intermédiaires. L’usage des archiphonèmes dans les syllabes inaccentuées traduit la réalité des productions des locuteurs natifs. C’est pourquoi il est important de transmettre ce principe simple et fonctionnel aux étudiants de FLE. Aux étudiants à qui le choix fait peur, on peut toujours conseiller de suivre la tendance générale des syllabes accentuées : les voyelles les plus fermées en syllabe ouverte, les voyelles les plus ouvertes en syllabe fermée.

 

Conclusion 1 + 2 : Les voyelles d’aperture moyenne suivent en syllabe accentuée le plus souvent une forte tendance générale – ce qui constitue une priorité dans l’apprentissage, et présentent en syllabe inaccentuée des timbres libres (+ ouvert ou + fermé). Cela illustre encore une fois l’importance des syllabes accentuées, finales de groupes rythmiques, dans lesquelles les voyelles ont un timbre canonique : c’est pour cela qu’on commence toujours par travailler les phonèmes dans cette position accentuée.

 

J’espère avec ce long message avoir éclairci la question de ces voyelles mystérieuses, mais je tiens à attirer l’attention du lecteur sur le fait que c’est moins le choix [+ ouvert] ou [+ fermé] qui importe en FLE, que les oppositions des archiphonèmes entre eux  pour distinguer [E] et [Œ] (les professeurs / le professeur, peu importe que les articles soient prononcés ouvert ou fermé, il faut seulement distinguer le singulier du pluriel) et [Œ] et [O] (un peu / un pot). C'est un problème bien plus crucial, que l’on rencontre plus fréquemment en phonétique du FLE et qui nécessite souvent un travail important.

 

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04 juin 2013

Le continuum vocalique

Le trapèze (ou triangle) vocalique est une figure fondamentale en phonétique, je l'ai souvent présenté sur ce blog.

Ce schéma articulatoire illustre toutes les possibilités de timbres vocaliques d'un conduit vocal humain, tous les timbres des voyelles orales des langues du monde y sont présents. Même après des années de pratique phonétique, l'espace défini par ce trapèze continue à me fasciner. Savoir que tous les timbres de toutes les langues du monde s'y trouvent ordonnés, cela invite à l'exploration...

Cet espace est diversement divisé par les langues en unités fonctionnelles. Comme le continuum des couleurs de l'arc-en-ciel est arbitrairement divisé en couleurs par les cultures. [ 6 couleurs pour le physicien Thomas Young, 7 pour Isaac Newton - comme les notes de musiques, les jours de la semaine... ; il n'y a qu'un seul mot pour nommer le bleu, le vert et le gris naturels en breton, gallois, ancien irlandais et moyen irlandais : "glas" ... ]

L'espagnol et le japonais divisent l'espace vocalique en cinq timbres fonctionnels. Le français en 10 (les 10 timbres fonctionnels des voyelles orales). Les langues ajoutent aux timbres vocaliques d'autres paramètres tels que la durée (en opposant voyelles brèves et longues, comme en anglais ou en arabe), la diphtongaison (présentant deux cibles vocaliques dans une seule syllabe comme en anglais, en allemand, en portugais), la nasalité (en abaissant le voile du palais et permettant les résonances nasales, comme en français, en portugais...), etc.

 

Les voyelles, comme leur nom l'indique, sont faites avec la voix (alors que les con-sonnes = sonnent avec les voyelles).

On peut chanter sur une voyelle (a-a-a-a) alors qu'on ne peut pas chanter sur une consonne (en particulier les occlusives : p-p-p-p !)

Dernière caractéristique fondamentale : on peut passer d'une voyelle à une autre en une transition continue (exemple : le i-a des cow-boys américains "yeehaa!"), alors que ce n'est pas possible avec les consonnes (p-t).

 

Explorer le continuum vocalique

Les voyelles constituant un continuum, on peut très facilement chanter sur une note stable une modulation progressive des voyelles. La représentation du triangle vocalique est particulièrement adaptée, puisque l’enseignant et / ou l’élève suit du doigt le glissement. Ce glissement est très progressif : il doit permettre de produire toutes les articulations intermédiaires et ainsi toutes les valeurs intermédiaires entre les deux sons, et d'entraîner son oreille à percevoir la diversité des timbres résultant de ce glissando. Parmi ces valeurs, certaines seront regroupées en valeurs fonctionnelles, les regroupements variant d'une langue à une autre. C'est pourquoi il me semble vraiment intéressant d'acquérir de la souplesse tant en production qu'en perception de cette variété vocalique. Ce glissement suit les axes du trapèze : de fermé à ouvert (et vice versa), d'étiré à arrondi (et vice versa). On évitera, dans un premier temps au moins, l'axe antérieur / postérieur souvent générateur de beaucoup de confusion.

 

i – e – ɛ – a (inspirer) a – ɛ – e – i (inspirer)

u – o – ɔ – a (inspirer) a – ɔ – o – u (inspirer)

i – y – i – y (inspirer) e – ø – e – ø (inspirer) ɛ – œ – ɛ – œ (inspirer)

y – ø – œ – a (inspirer) a – œ – ø – y (inspirer)

 

En voici un exemple sonore susceptible de servir d'échauffement. Cette pratique demande de la détente (respiration) et de la concentration afin d'éprouver la continuité articulatoire et les correspondants sonores.

Le continuum vocalique

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28 mai 2013

La voyelle [u]

(Rappel :

• le digraphe <ou> des mots nous, vous, tout, est transcrit en Alphabet Phonétique International par le symbole [u] ;

• le graphème <u> des mots tu, vu, bu, est transcrit en API par le symbole [y].)

[y] est considéré comme une voyelle bien française ("Bienvenue", "Salut!", "Comment vas-tu?"), alors qu'elle n'est pas si fréquente : elle ne représente en fréquence d'occurence que 4,4% des voyelles d'un vaste corpus de français oral (Wioland, 1991).

[u] retient moins l'attention. Parce que c'est une voyelle cardinale (qui se trouve dans un coin du trapèze vocalique, comme [i] et [a]) et qu'elle est souvent décrite comme présente dans toutes les langues du monde. Elle représente en fréquence 5,6% des voyelles en français oral. On la trouve dans de nombreux mots outils : "Nous", "Vous", "tout", "toujours", "beaucoup" et dans "Bonjour", "l'amour"... Sa mauvaise prononciation est un important marqueur d'accent "étranger" en français.

Le fait d'avoir ces deux voyelles dans le système vocalique français incite les natifs à maximiser leurs différences : très antérieure et aigüe pour [y] (c'est un [i] arrondi), très postérieure et grave pour [u].

La confusion de ces deux voyelles peut nuire à la communication, et au mieux faire rire : si la confusion est presque attendue dans le sens [y] prononcé [u], elle semble surprenante dans le sens [u] prononcé [y]. "Merci beaucoup!" / "Merci beau cul!" ; "C'est à nous!" / "C'est à nu!"... où la prononciation de [u] en [y] peut être compris comme de l'hypercorrection.

 

[u] pose problème aux anglophones qui ont une voyelle correspondante diphotonguée, plus aigüe [yu].

[u] pose problème aux japonophones qui ont une voyelle moins arrondie, plus "intérieure" et moins grave, généralement transcrite [ɯ].

Voici un cOUrt poème de Jacques Prévert, tiré du recueil Paroles, intitulé "Chanson" qui présente des [u] en syllabe accentuée et en syllabe inaccentuée.

La musique est l'OUverture de l'opéra de Richard Wagner, Lohengrin, par Claudio Abado et l'orchestre de l'Opéra de Vienne.

 

La voyelle [u] : Chanson - Jacques Prévert

 

Chanson, de Jacques Prévert

Quel jOUr sommes-nOUs
NOUs sommes tOUs les jOUrs
Mon-amie
NOUs sommes tOUte la vie
Mon-amOUr
NOUs nOUs-aimons et nOUs vivons
NOUs vivons et nOUs nOUs-aimons
Et nOUs ne savons pas ce que c'est que la vie
Et nOUs ne savons pas ce que c'est que le jOUr
Et nOUs ne savons pas ce que c'est que l'amOUr.

Et en Alphabet Phonétique International :

[ ʃɑ̃'sõ / dɶ *ʒakpʁe'vɛʁ //
kɛl'ʒuːʁ / sɔm'nu //
nu'sɔm / tule'ʒuːʁ / mõna'mi /
nu'sɔm / tutla'vi / mõna'muʁ //
nunuzE'mõ / enuvi'võ //
nuvi'võ / enunuzE'mõ //
enunɶsavõ'pa / sɶkɶ'sɛkɶla'vi /
enunɶsavõ'pa / sɶkɶ'sɛkɶlɶ'ʒuʁ /
enunɶsavõ'pa / sɶkɶ'sɛkɶla'muʁ //]

16 mai 2013

La voyelle [ø] (eu fermé) en dEUx chansons

J'aime utiliser de courts extraits de chansons très ciblés phonétiquement, afin que musique et paroles soient rapidement mémorisées et puissent être sollicitées à tout moment pour l'entraînement phonétique.

Je propose ici deux extraits de chanson pour travailler la voyelle [ø] (eu fermé, qui représente une difficulté phonétique pour de très nombreux apprenants, en particulier hispanophones, italophones, arabophones, japonophones...), par différents interprètes pour varier les voix ... et multiplier les écoutes.

 

1. Michel Berger : Chanter pour cEUx, interprété par Michel Berger, Davy Sicard / Shy'm, Anthony Touma, Laam, Christophe, Johnny Hallyday / Montserrat Caballé.

"Je vEUx chanter pour cEUx / qui sont loin de chez-EUx / et qui ont dans leurs-yEUx / quelque chose qui fait mal, qui fait mal..."

Chanter pour ceux - [ø] (eu fermé)


2. William Sheller : Un homme hEUrEUx, interprété par William Sheller, Florian, Louane, Joseph-Emmanuel.

"Mais si ça ne vaut pas la peine / que j'y revienne / il faut me le dire au fond des-yEUx / Quelque soit  le temps que ça prenne / quelque soit l'enjEU, je vEUx-être-un-homme-hEUrEUx."

On pourra poser la question du timbre utilisé par les interprètes pour les mots monosyllabiques tels que : je, de, me, le, que, quelque, ... Pour ma part, j'entends très souvent un [ø], ne serait-ce que pour des raisons d'harmonie vocalique...

Un homme heureux - [ø] (eu fermé)

Comme activité complémentaire, on peut suggérer aux apprenants séduits par ces chansons, d'aller chercher les mots en [ø] dans la totalité du texte.
 

Et vous? avec quelle(s) chanson(s) travaillez-vous la voyelle [ø] ?

 

 

 

Posté par fonetiks à 16:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

15 mai 2013

La consonne R en français (3)

Rappel des épisodes précédents (du plus facile au plus difficile)

1. R en finale absolue après voyelle ; "Elle part", "Il est mort".

2. R + Consonne #  : "Ils partent", " Elle est morte".

2bis. R + Consonne : "Il est parti".

3. R en position intervocalique (entre deux voyelles): "Le garage" mais aussi avec l'enchaînement "encore une", "par hasard".

-----------------

Il reste à voir deux positions de R dans lesquelles son articulation peut poser des difficultés :

• [R] en position initiale d'énoncé. Il n'y a alors plus d'appui vocalique. "Reviens !", "Refais-le !", "Rouge", "Rien !"

Les prénoms : Romane, Roxanne, Rose, Rachel, Rosalie, Raphael, Robin, Richard, Rachid, Romaric, Renaud, Robert, Romain, Rémi...

R initial - L'appel

Les villes : Rennes, Reims, Rouen, Roubaix, Rambouillet, Rochefort, Roanne, Romainville, Roissy, Rodez, Royan...

Le RE / R- de réitération : refaire, redire, revoir, reprendre, remettre, recommencer, revenir, repartir, recopier, remonter, redescendre, recharger, recoller, recoiffer, rejouer, repeindre, replier..., racheter, rhabiller, rapporter, remporter, ramener, remmener, rallumer, rallonger, rappeler, rendormir,...

 

Je ne résiste pas à proposer un document peut être difficile mais créatif et susceptible de générer une activité. Il s'agit de la chanson des Frères Jacques "Monsieur Lepetit le chasseur" (extrait de l'album De "l'entrecôte"... à "la confiture"). Dans cette chanson, le R de réitération est comiquement surexploité, proche du virelangue :

La femme du chasseur / accueille son amant /Bonjour mon grand
La femme du chasseur / Raccueille son Ramant /Rbonjour mon Rgrand

Ils prennent du café / avec des croissants / Ils s(e) font des baisers /
Et ils sont contents/ Taïau Taïau Taïau
Ils Rprennent du Rcafé / avec des Rcroissants / Ils R(se) font des Rbaisers /
Et ils Rsont Rcontents/ RTaïau RTaïau RTaïau
 

J'ai Ralenti de 20% le tempo de la chanson...

R de réitération - Les Frères Jacques

 

 

 

Dernière position à travailler : [R] après consonne. C'est généralement le cas le plus difficile, pour au moins deux raisons : d'abord le R dans cette position est plus tendu ce qui amène souvent l'apprenant à revenir aux caractéristiques du R de sa langue maternelle ; ensuite le R connaît particulièrement dans cette position une variation en fonction de la consonne qui le précède suivant le phénomène d'assimilation. Le R est sourd au contact d'une consonne sourde (dans les groupes pR, tR, kR, fR, sR...) alors qu'il est sonore au contact d'une consonne sonore (dans les groupes bR, dR, gR, vR, zR...). On travaillera R :

- soit dans une rencontre consonantique : "cette remarque", "avec rapidité",...

- dans les groupes consonantiques d'abord sourds ("Le prix ?", "Très !", "Trop !", "Crie !", "Il fait frais" ...) , puis sonores ("Mon bras", "Des draps", "C'est gras !", "C'est vrai"...) Ce dernier cas représente pour beaucoup le maximum de difficulté.

 

Dernier exercice récapitulatif de la leçon consacrée à R du manuel D'accord (Carduner, Hagiwara, 1982)

 

Question de transcription

Les symboles de l'Alphabet Phonétique International pour R français sont : [ʁ] quand il est sonore, [χ] quand il est sourd. Il s'agit des deux symboles des fricatives uvulaires (cf. tableau des consonnes de l'API). Pour d'évidentes raisons de simplification, on utilise abusivement R pour transcrire ce son : c'est ce que j'ai fait moi-même dans les trois messages traitant de cette consonne, en omettant néanmoins soigneusement l'usage des crochets phonétiques strictement réservé aux symboles API. Car [R] en API décrit un trille uvulaire, c'est-à-dire un R roulé dans la gorge, comme dans certaines chansons de Piaf, dit aussi R grasseyé.

 

Conclusion

R est la consonne la plus fréquente en français, il est donc important de bien la prononcer. R se rencontre dans des positions et contextes divers dans le mot, ce qui représente différents niveaux de difficulté. Ce n'est donc jamais R qui pose problème en général, mais R dans certaines positions ou contextes particuliers qu'il faut connaître pour concentrer son effort. Par exemple, R en position finale absolue ne pose pratiquement problème pour personne, quelques minutes d'entraînement suffisent généralement à le maîtriser, et quelques heures de travail pour le fixer. C'est une bonne entrée pour commencer à apprivoiser cette consonne indispensable étape par étape.

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10 mai 2013

Les sons et les syllabes fréquents en français

Dans Prononcer les mots du français (Hachette, 1991), François Wioland donne un grand nombre d'informations passionnantes sur la fréquence des sons et des syllabes en français, tirées "d'échantillons représentatifs qui totalisent 200.000 phonèmes" que j'utilise souvent en cours (entre autres pour la construction de logatomes) et que je reprends ici.

 

DSC07052

 

Fréquence d'occurence des phonèmes dans le discours

Consonnes : /R/ (7,25%), /s/ (6%), /l/ (5,63%), /t/ (5,33%), /k/ (4,06%), /d/ (4,03%), /m/ (3,84%), /p/ (3,71%), /n/ (3,09%), /v/ (2,75%), /j/ (2%), /ʒ/ (1,66%), /z/ (1,53%), /f/ (1,4%), /w/ (1,4%), /b/ (1,31%), /ʃ/ (0,53%), /ɥ/ (0,51%), /g/ (0,47%) : Total = 56,55%

Voyelles : /E/ (/e/+/ɛ/) (10,6%), /a/ (8,55%), /i/ 5,12%, /Œ/ (/ø /+/œ/) (4,31%), /O/ (/o/+/ɔ/) (3,36%), /ɑ̃/ (3,09%, /u/ (2,43%), /ɔ̃/ (2,25%), /y/ (1,9%), /ɛ̃/ (1,84%) : Total 43,45%.

"Les mots les plus fréquents dans le discours sont des monosyllabes comme [a] (la préposition "à" et le verbe avoir "a"), [e] ("et"), [la] ("la"), [dŒ] ("de", transcrit ici avec l'archiphonème [də] / [dœ] ou [dø]) , [sE] ("c'est", transcrit ici avec l'archiphonème [sɛ] ou [se]) pour ne citer que les premiers, qui se situent toujours à l'intérieur d'une unité rythmique."

 

 

Syllabes les plus fréquentes
(1 : syllabes CV ; 2 : syllabes CCV ; 3 : syllabes CVC )

/i/ : 1. [si], [di], [ki], [wi]
2. [pɥi], [lɥi], [sɥi], [ski], [pRi]
3. [diR], [kil], [tiR], [mil], [sil], [til], [dit], [tiR], [ziR], [niR]

/y/ : 1. [dy], [ty]
2. [ply]
3. [syR], [tyR], [tyn]

/E/ : 1. [sE], [lE], [tE], [dE], [nE], [ʒE]
2. [pRE], [tRE]
3.
[fɛR], [kɛl], [pɛR], [sɛR], [mɛm], [tɛR], [sɛt], [vɛk]

/Œ/ : 1. [dŒ], [kŒ], [ʒŒ]
2. [skŒ], [tRŒ]
3. [lœR], [tœR], [jœR]

/a/ : 1. [la], [pa], [sa]
2. [mwa], [vwa], [kwa], [tRa], [lja]
3. [paR]

/O/ : 1. [kO], [vO], [pO], [nO], [tO]
2. [pRO], [tRO], [sjO]
3. [lɔR], [kɔm], [kɔR], [pɔR], [fɔR]

/u/ : 1. [vu], [tu]
2. [ʒvu], [tRu], [gvu]
3. [puR], [ʒuR]

/ɛ̃/ : 1. [bɛ̃], [tɛ̃], [sɛ̃], [zɛ̃]
2. [bjɛ̃], [tjɛ̃]
3. [kɛ̃z], [vɛ̃t]

/ɑ̃/ : 1. [mɑ̃], [dɑ̃], [tɑ̃]
2. [lmɑ̃], ([fRɑ̃]), [pRɑ̃], [tRɑ̃], [dmɑ̃]
3. [sɑ̃t], [pɑ̃s], [mɑ̃d], [fɑ̃s], [sɑ̃s], [Rɑ̃t], [tɑ̃t], [kɑ̃t]

/ɔ̃/ : 1. [nɔ̃], [kɔ̃]
2. [sjɔ̃]
3. [dɔ̃k], [kɔ̃t]

 Ce sont ces syllabes fréquentes qui ont été enregistrées dans le diaporama ci-dessus. Dans le cas des archiphonèmes /E/, /Œ/, /O/, la tendance générale du français a été suivie : phonèmes ouverts en syllabe fermée, phonèmes fermés en syllabe ouverte.

 Merci à Karen, Emmanuelle, Emile, Olivia, Sophie et Cléo pour leur participation.

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