Enseignement/Apprentissage de la Prononciation du Français

19 février 2019

Témoignages d'étudiants

 

 

     Voici trois nouveaux témoignages d'étudiantes, qui viennent s'ajouter aux nombreux précédents... Ces écrits répondent toujours à la même consigne : "Freins et motivations à l'apprentissage de la prononciation d'une langue étrangère - expérience personnelle".

 

 

Salomé, française apprenant l'anglais

 

J’ai commencé à apprendre l’anglais au CM1. A l’époque, l’enseignant se fichait bien de notre prononciation approximative de l’anglais du moment que nous faisions l’effort de l’écouter et d’apprendre notre vocabulaire. On essayait simplement de reproduire ce qu’il disait avec des sons de la langue française.

Je ne me rappelle pas avoir eu des heures consacrées à la prononciation de l’anglais au collège ou au lycée. Je sais seulement que les professeurs nous faisaient travailler la prononciation en nous faisant répéter les mots de vocabulaire ou bien ils nous corrigeaient lorsque nous nous trompions en parlant ou en lisant, ils disaient le mot que nous ne prononcions pas bien puis ils nous le faisaient répéter jusqu’à ce que ça leur convienne devant le reste de la classe. On ne s’est donc jamais attardé sur la phonétique ou encore la transcription. Par contre ils s’attardaient sur les sons [θ] et [ð] qui posaient beaucoup de problèmes mais ce n’était jamais l’objet du cours et le professeur en parlait simplement parce qu’un élève avait fait l’erreur de mal prononcer un de ces sons. Je me souviens d’un manuel au lycée où l’écriture en phonétique était précisée à côté du vocabulaire de la leçon et je me questionnais quant à la pertinence d’avoir ça dans nos manuels si nous ne l’étudions pas en classe. Je m’amusais à lire les transcriptions mais ça s’arrêtait là. En 7 ans de collège-lycée avec 5 professeurs différents je n’ai jamais étudié la prononciation, tout était dans l’imitation de l’enseignant.

Lorsque j’ai commencé ma licence d’anglais, au 2nd semestre de la première année, j’ai découvert et appris l’alphabet phonétique. A ce moment-là je n’étais pas vraiment intéressée. Probablement parce que la professeur n’a pas su me donner l’envie. J’ai toujours essayé d’avoir une bonne prononciation depuis la fin du lycée mais la phonologie ne m’avait pas [encore] intéressée. Ce qui a changé en 2ième année de licence, grâce à Mme Thompson, professeur de phonétique d’origine britannique, qui m’a fait trouver un intérêt à la discipline. Je me souviens qu’au début du semestre on avait dû apprendre les points d’articulation dans la cavité buccale par cœur sans pour autant savoir pourquoi on le faisait. Et toutes les semaines, elle nous demandait de lire un chapitre de English Phonetics et Phonology écrit par Peter Roach. Et le plus intéressant dans tout ça c’est que ma prononciation a connu une nette évolution grâce à ce cours alors que l’on étudiait un peu plus la théorie que la pratique. Mais nous allions au-delà de l’alphabet phonétique puisque nous travaillions aussi sur la musicalité de la langue et ses différentes accentuations. Et ça m’a permis de comprendre comment ça marchait.

En complément du cours de phonologie, j’ai eu pendant un semestre un cours de phonétique avec un professeur américain : M.Ford. C’est grâce à lui que j’ai compris l’intérêt de connaître les différents points d’articulation. Dans son cours il ne s’agissait pas seulement de connaitre la phonétique de l’anglais mais plutôt la phonétique en général. On étudiait des sons qui pouvait autant appartenir à l’anglais, qu’à l’espagnol, au français, au norvégien ou encore à des dialectes africains ou sud-américains dans un manuel appelé Articulatory Phonetics de Bikford et Floyd. On a découvert, par exemple, que la lettre <t> ne se prononçait pas de la même façon en français et en anglais. Contrairement à Mme Thompson il nous faisait travailler énormément la prononciation même celle de langues que nous ne maîtrisions pas. Grâce à ce cours j’étais capable de transcrire phonétiquement les langues que je ne parlais même pas et surtout prononcer chaque son de la langue anglaise grâce à l’apprentissage des points d’articulation. Enfin j’ai passé un an dans le Nord de l’Angleterre où j’ai perfectionné mon anglais.

Les freins dans mon apprentissage étaient multiples. Je pense que tout le monde est plus ou moins passé par la phase : « je veux faire comme les autres et avoir une mauvaise prononciation pour être cool ». Ça a été mon cas mais vu que je n’étais cool ni quand j’avais une mauvaise prononciation ni quand j’essayais d’en avoir une bonne, j’ai continué à suivre l’exemple de mes professeurs. Les moqueries n’ont pas aidé, même si j’arrivais à reproduire plus ou moins bien la prononciation de l’anglais, je n’arrivais pas à me résoudre à le faire de peur des moqueries face aux « bons élèves ». Mais le plus gros frein était le harcèlement scolaire au collège et surtout en seconde au lycée. Bien que la participation en classe de langue soit assez primordiale pour l’apprentissage, la mienne était devenue quasi-inexistante. Le cours d’anglais était ma bête noire puisque l’enseignant n’avait absolument aucune autorité sur ma classe qui passait son temps à rires des autres à voix hautes au lieu d’écouter, la règle en classe pour moi était de me faire remarquer le moins possible. Et malgré le changement de lycée l’année suivante, cette mauvaise expérience m’a poussé pendant un an à me fondre dans la masse. J’en suis seulement sortie au milieu de ma terminale quand j’ai décidé de faire une licence d’anglais.

Ma motivation est donc majoritairement apparue à l’université là où j’étais entourée de personnes dont le seul but était de maîtriser l’anglais. Mes professeurs étaient donc ma plus grande motivation. Dès qu’ils remarquaient mes efforts, cela me poussait à continuer. J’ai aussi ce plaisir à m’écouter parler en essayant de toucher du bout des doigts la prononciation parfaite. Et lorsque je regarde des séries anglophones (ou même d’autres langues que je connais), je répète les répliques des personnages pour m’entraîner et entendre à quel point je me rapproche de leur prononciation. Je pense aussi que les freins à mon apprentissage sont devenus un moteur pour prendre ma revanche sur ce qu’il m’est arrivée.

Je sais bien que la phonologie ou la phonétique ne sont pas la prononciation à proprement dit puisque c’est ce qui découle de celle-ci, mais mon apprentissage n’aurait pas été le même sans cette théorie. J’ai vraiment découvert un domaine qui me passionnait et c’est ce qui m’a poussé à parfaire ma prononciation.

Je sais que je n’ai pas besoin d’avoir une prononciation parfaite, mais je ne me vois pas apprendre une langue sans en connaître toutes ses spécificités.  En fin de compte je pense que ce choix appartient à tout le monde de garder une part de son identité dans sa prononciation. Mais à mon avis, maîtriser la prononciation d’une langue est nécessaire même si l’on ne l’applique pas, parce que cela aide à mieux comprendre ce que l’on nous dit dans la langue cible.

 

 

 

Simona, française apprenant l'anglais

 

La prononciation, dans le cadre de l'apprentissage d'une langue étrangère, n'a pas été dans mon parcours scolaire le centre d'intérêt premier de mes professeurs avant la 4ème. Me fondant sur la manière dont m'a été enseigné l'anglais, il m'est possible de constater que tout était d'abord centré sur l'écrit et notamment sur la grammaire. En 6ème et en 5ème, très peu de place était accordée à l'oral : je n'avais donc pas de conseils phonétiques. On nous répétait juste, par exemple, que le "th" ne devait pas être prononcé comme un "z" ([z]) sans nous indiquer de réelles techniques permettant de produire ce son. En parallèle, n'ayant jamais été directement confrontée à ce moment-là à l'anglais parlé, je n'y avais accordé que très peu d'attention.

      C'est donc en 4ème, quand j'ai enfin eu une professeure appliquant la méthode communicative/actionnelle, que j'ai découvert la pratique de l'oral lors de séances dédiées au sein des séquences didactiques de l'année. Je me suis alors réellement entendue parler anglais pour la première fois. Comme tous mes pairs, j'avais un lourd accent français. Deux choses ont alors fortement contribué à ce que mon accent s'améliore cette année-là. Premièrement, les techniques et les conseils donnés par ma professeure m'ont permis d'acquérir certains automatismes. Deuxièmement, j'étais la meilleure de ma classe en termes de notes, suivie de très près par un de mes amis. La grande différence entre nous était qu'alors que nous n'avions que quelques points de différence à l'écrit, il parlait comme un bilingue alors que je traînais encore un lourd accent français qui ne pouvait pas transparaître sur mes rédactions.

      Se sont alors produites plusieurs métamorphoses assez subites motivées par divers facteurs. Tout d'abord, la compétition entre mon ami et moi m'a amenée à vouloir être meilleure que lui et cela même à l'oral. J'ai donc commencé à regarder des séries en VOSTFR et à m'accoutumer à la prononciation de l'anglais. J'ai alors développé l'envie de parler comme ces acteurs : voulant tellement me voir parler parfaitement cette langue, je me suis mise à converser avec moi-même en anglais, devant le miroir ou juste dans mon lit, par pur plaisir narcissique. Plus j'aimais l'accent que je prenais, plus je le perfectionnais. De plus, je voyais que ma professeure notait mes améliorations et je constatais que plus grand chose ne me séparait de mon ami, même à l'oral. Pour résumer, le personnage que je visualisais, c'est-à-dire moi-même quasiment bilingue, constituait un idéal à atteindre. La compétition et l'envie de séduire ma professeur (et moi-même, en partie) m'ont permis de dépasser la honte que j'avais à m'exprimer dans cette langue. Je n'avais plus peur d'exagérer et j'ai même réalisé que l'exagération était l'un des meilleurs moyens de saisir l'accent d'une langue et ses subtilités phonétiques. Plus j'avais le sentiment d'exagérer, mieux je parlais.

      Enfin, les bains linguistiques que j'ai vécus à Londres, à Malte et en ayant une relation amoureuse avec un Australien m'ont aidée à perfectionner ma prononciation et surtout à orienter mon parler. En effet, je suis passée d'un anglais "standard" à un anglais américain car je le trouve plus facile et plus adapté à ma personnalité. C'est aussi probablement celui que j'ai le plus entendu. Aujourd'hui, je parle donc couramment l'anglais US et le fait qu'on me complimente sur ma manière de parler cette langue étrangère ou qu'on me confonde avec des natifs corroborent non seulement la fierté d'avoir "sauté le pas" mais aussi l'envie de fignoler les dernières petites difficultés que je rencontre, notamment avec les nuances entre le [i] long et le [i] court.
Marynes, vénézuélienne apprenant le français
En ce qui concerne mon évolution en phonétique et prononciation du français, ma langue secondaire, j’ai eu la possibilité depuis toute petite d’être en contact permanent avec la langue car ma mère, professeure de français elle aussi, me laissait livrée à des audios des méthodes de l’époque. Parfois, j’ai accompagné ma mère en cours et pour pas m’ennuyer, la bonne solution c’était de m’occuper avec des écouteurs et le lecteur cassette pour passer mon temps, tout en dépit du fait que je ne comprenais rien, j’ai développé une facilité à répéter sans mayeur problème des mots et des phrases en français.
Depuis cette première expérience, à 18 ans quand j’ai décidé formellement apprendre la langue, la musique m’a beaucoup aidé a affiner ma prononciation, mais avec le très peu contact avec des francophones, la tâche était un peu compliquée car les moments où j’ai me servais de la langue française, étaient très rares, fait que m’a donné un très fort sentiment d’insécurité à l’heure de communiquer en français, et en plus un ou deux prof que avec leurs regards, ne donnent pas vraiment envie de faire des efforts pour intervenir pendent les cours, seulement la glace et ma tête m’ont entendu faire des efforts pour parler français comme j’ai rêvé, mais très difficile de sortir tout ça pour ma bouche très naturellement sans réfléchir avant deux au trois fois, et avec insécurité de pas arriver à me faire comprendre.
Une fois arrivée en France, il n’y avait pas vraiment l’excuse ni le choix, il fallait apprendre pour y arriver. La vie de tous les jours et ma motivation m’ont obligée et aidé à produire tous les sons que j’avais dans ma valise. Aujourd’hui le défi c’est la bonne intonation et parfaite prononciation des mots, je suis régulièrement corrigée et « obligée » à répéter à la maison pour éviter les fautes, c’est mon copain qui me reprend à chaque fois, petit à petit je suis consciente de mes propres fautes et j’ai fait l’effort de ne les reproduire plus à chaque fois que je parle.

 

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14 septembre 2018

Prononciation et orthographe

 

    Quand je demande aux étudiants de Français Langue Etrangère quelles sont les procédures d'entraînement à la prononciation, l'écoute et la répétition sont généralement immédiatement mentionnées, mais la lecture à haute voix est très souvent citée également comme prioritaire. Or, les deux tâches sont extrêmement différentes.

    Dans le cas de l'écoute / répétition, il s'agit d'une tâche purement phonétique (acoustique et articulatoire), qu'un enfant ne maîtrisant pas la lecture (ou un non-lettré) peut accomplir, même sans comprendre le sens détaillé de ce qu'il entend. La difficulté principale est de reproduire tels quels le rythme, l'intonation, l'accentuation et les phonèmes entendus et de ne pas les assimiler à sa langue maternelle, ni à la forme écrite. C'est un des principaux problèmes des lettrés pour ce type de tâche : à l'écoute du stimulus, ils ne se contentent pas de répéter ce qu'ils ont entendu (boucle audio-phonatoire), mais ils "analysent" le stimulus, le visualisent sous sa forme écrite, éventuellement le traduisent dans leur langue maternelle, avant de le restituer. Cette restitution porte alors évidemment des traces (parfois très importantes) de cette analyse.

    Dans le cas de la lecture à voix haute, il s'agit d'une tâche autrement compliquée : il s'agit d'abord de décoder l'orthographe (ce qui, dans le cas du français, est particulièrement difficile, voir ci-dessous), et de trouver du sens dans la chaîne graphique (les jeunes français natifs apprentis lecteurs font la preuve de la grande complexité de ces deux premières opérations), avant d'oraliser ce qui est écrit, sans se laisser influencer pour les non-natifs ni par les habitudes de lecture de la langue maternelle, ni par les habitudes de prononciation de certains sons (puisqu'au contraire d'une tâche d'écoute / répétition, l'étudiant ne dispose pas de modèle immédiat).

 

   Il semble évidemment nécessaire de travailler la prononciation ET la lecture. Mais pour organiser une progression dans l'entraînement, la prononciation doit être travaillée en premier afin de tenter de "fixer" la meilleure prononciation possible avant de l'exposer à l'écrit orthographique.

    C'est pourquoi dans l'entraînement à la prononciation, il est important de se montrer particulièrement vigilant dans les exercices à la présence de l'écrit orthographique (on pourrait discuter de l'intérêt d'une transcription phonétique). Le support écrit orthographique est-il indispensable? L'exercice ne peut-il se faire sans recours à l'écrit? Ceci afin que les exercices de prononciation soient de vrais exercices de prononciation (détachés de la complexité orthographique, sans distraction pour l'œil lecteur), et les exercices de lecture organisés avant tout autour de l'objectif orthographique.

 

    L'idée de ce post m'est venue à la lecture d'un petit livre très attractif que m'a offert Agnès : La faute de l'orthographe, de Arnaud Hoedt et Jérôme Piron, Editions Textuel, 2017. La section s'intitule : L'orthographe française est-elle un bon outil ? J'en extrais un exemple classique de correspondances graphies - phonies qui pourrait effrayer les apprenants les mieux disposés...

 

Prenons par exemple le son /s/. Comment peut-on écrire ce son en français?

1. s (un os)

2. ss (il casse)

3. c (ici)

4. ç (ça)

5. sc (un ascenseur)

6. t (attention)

7. x (dix, six)

8. z (du quartz)

9. th (un forsythia)

10. sth (de l'asthme)

11. cc (la succion)

12. sç (il acquiea)

 

Par contre, si vous voyez la lettre s écrite, comment peut-elle se prononcer ?

1. /s/ (Sortez !)

2. /z/ (entre deux voyelles : par hasard)

3. Ø (pas prononcée : où tu vas)

 

Un son, douze manière de l'écrire. Une lettre, trois façons de la prononcer.

 

Philippe Geluck

 

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17 août 2018

Allonger la syllabe accentuée (2)

 

 

     C'est une affiche publicitaire dans les rues de Paris ces jours-ci qui m'incite à évoquer de nouveau l'allongement de la dernière syllabe du groupe rythmique (dite aussi syllabe accentuée) en français, sujet déjà traité entre autres ici.

 

       

 

(Bonjooooour. Oui, nos jus sont très polis.)

 

     Pour vous comme pour l'auteur de l'affiche, l'allongement de la dernière syllabe est-il synonyme de politesse en français?

 

 

   Et pour illustrer la question, voici la dernière anecdote du livre La vie sociale des sons du français, de François WIOLAND (L'Harmattan, 2005).

 

p. 186

"Une dernière anecdote pour confirmer l'importance de la dernière syllabe prononcée de chaque "mot phonétique" en français parlé :

Anecdote 56

Un soir, en revenant de l'école, l'un des enfants d'un couple ami, Arnaud pour ne pas le nommer, inscrit en grande section de maternelle, chantonnait "Appuie derrière toujours" sur l'air de "Happy Birthday to you". Etonnés, ses parents - qui m'ont rapporté l'événement - lui ont demandé ce qu'il chantait. Et lui de répondre d'un ton assuré : "Pour l'anniversaire d'Elise nous avons chanté avec la maîtresse : Appuie derrière toujours".

A l'évidence, pour Arnaud, la maîtresse ne pouvait chanter qu'en français ! Il a tout naturellement reconstruit du sens à partir des dernières syllabes des mots anglais qui devaient avoir été prononcés sans aucun doute avec l'accent français.

 

"Appuie derrière toujours",

la parfaite devise pour l'apprentissage du français parlé !"

 

 

 

 

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