Enseignement/Apprentissage de la Prononciation du Français

06 octobre 2015

Témoignages d'étudiants (II)

 

     L'année universitaire commence avec de nouveaux témoignages d'étudiants. Je n'y ai rien changé, rien corrigé - les coquilles, les erreurs et l'expression y sont originales. Ces textes répondent à la consigne suivante : "Freins et motivations à l'apprentissage de la prononciation d'une langue étrangère - expérience personnelle". Ces rapports d'expérience contiennent différents éléments sensibles constituant des parcours singuliers d'apprentissage, et qui me semblent mettre en lumière les nombreux paramètres en jeu en acquisition d'une nouvelle prononciation.

Et pour vous, quels ont été les moments cruciaux de votre appprentissage de la prononciation? Vos commentaires sont attendus à la fin de ce post.

  (d'autres témoignages ici)

 

Sindhu, une Française en anglais

 

 Lorsque je parle anglais à l'étranger, mon accent trahit toujours mon origine étrangère aux pays anglophones. Pourtant il n'est pas impossible de perdre totalement son accent et de passer pour un natif anglais ou américain, c'est d'ailleurs le cas de certains de mes camarades de classe.
Alors pourquoi ne pourrais-je pas moi-même maîtriser parfaitement ou presque la prononciation phonétique de l'anglais ?
     Quels seraient donc mes freins et mes motivations à l'apprentissage de la phonétique de la langue anglaise ?
J'ai d'abord recherché les blocages de l'apprentissage de la phonétique anglaise en pensant qu'ils seraient plus nombreux que les motivations à l'étude de cette langue. A ma grande surprise j'ai trouvé plus de motivations valables que de freins pertinents à l'apprentissage de la prononciation de cette langue étrangère.
     Les freins ce résument à quatre obstacles ou questionnements que sont : la peur, la difficulté, le contexte peu propice à la pratique et l'utilité.
   J'ai recherché les motivations qui pourraient être bénéfiques à la bonne prononciation de l'anglais. J'ai trouvé deux objectifs qui me paraissent assez importants : le but esthétique et le but utilitaire.
     Enfin, j'ai aussi constaté que dans certaines situations mon accent est moins fort que dans d'autres, je me suis donc interrogée sur la raison de ce phénomène.

     Le premier frein qui m'est venu à l'esprit est la peur, celle du ridicule dans une classe mais aussi celle d'être incomprise. En effet, lorsque dans mes classes d'anglais le professeur nous demande de lire chacun un bout de texte en anglais à voix haute, j'ai souvent peur de ne pas bien prononcer le mot ou bien d'avoir un accent pas assez anglais ou alors trop anglais. Je me souviens d'une enseignante de lycée qui avais l'habitude de prononcer à chaque cours des phrases types du genre « are you all set now ? »  avec un accent très anglais, presque trop. Cela nous faisait beaucoup rire et quand nous répétions ses phrases avec le même accent c'était par moquerie, nous trouvions cela pas naturel. Je pensais donc, et jusqu'à peu encore, qu'il était pour moi naturel d'avoir un accent et que essayer de le cacher c'était se forcer à jouer un rôle autre que soi-même et en cela c'était un peu ridicule.
La seconde peur à laquelle j'ai pensé est celle de n'être pas comprise lorsque je communique avec des étrangers anglophones. En effet, il m'est arrivée plusieurs fois lors de voyages à l'étranger, de ne pas être comprise alors que je pensais prononcer d'une bonne façon avec un accent correct la phrase énoncée en anglais. Le faite que l'on me demande de répéter alors que je pensais avoir été claire est un peu irritant et perturbant car cela me donne l'impression que je suis moins bien comprise lorsque j'essaie d'adopter l'accent locale que lorsque je parle avec mon accent français. Lorsque je parle à un anglophone, je réfléchis plus à la manière de lui parler de façon à me faire comprendre ( par exemple : parler lentement ou rapidement...) plutôt qu'à la prononciation exacte de ce que je dis, cela par peur d'être incomprise.
     Le second frein à l'apprentissage de la phonétique anglaise et la difficulté de cet apprentissage. Dans mes cours d'anglais les quelques cours de phonétique que j'ai eu me laissent en mémoire un alphabet phonétique différent de notre alphabet et plutôt compliqué à retenir ainsi qu'une accentuation de certaines syllabes variant de la première, à la dernière, à la seconde. Ces difficultés qui étaient souvent peu expliquées et juste mentionnées ne m'ont pas encouragée à approfondir l'étude de la phonétique anglaise.
    De plus, l’utilité de celle-ci, qui fait l'objet de mon troisième frein, fut souvent présentée comme minime par mes professeurs. Ils ne me disaient pas de ne pas faire attention à ma prononciation et ne manquaient pas non plus de me reprendre sur mes fautes, mais je ne me souviens pas d'avoir eu de nombreux cours sur la phonétique de l'anglais. L'essentiel, était pour la majorité des professeurs, la bonne maîtrise de la grammaire et la formation d'un large lexique.
     Enfin, mon dernier frein à l'étude de la phonétique anglaise est le contexte dans lequel j'apprends l'anglais. J'ai appris l'anglais dés le début dans un cadre scolaire, cette langue et pour moi associée à une matière scolaire comme une autre, il s'agit d'une étude qui appartient à l'école et qui n'intervient pas dans ma vie privée. En effet, à la sortie de l'école je ne pratique pas l'anglais, sauf en vacances si je pars à l'étranger. En classe je ne pratique pas la phonétique et en dehors de l'école je ne pratique l'anglais que pour des devoirs, où j’essaie de mon mieux de prononcer correctement l'anglais mais sans faire un réel effort de phonétique. C'est lors de mes voyages que je pratique le plus oralement mon anglais. Cependant, comme je suis habituée à ne pas donner une grande importance à ma prononciation je ne m'applique pas à énoncer un anglais sans accent. Dans ces différents contextes de pratique de l'anglais la phonétique n'a pas tenu jusqu'à présent une place primordiale.

     Les motivations qui me pousseraient à apprendre la phonétique de l'anglais me semble maintenant plus valables que les freins qui m'en retenaient.
     Les premières motivations qui me viennent à l'esprit sont des objectifs vers lesquels pencherait ma bonne maîtrise de la prononciation de l'anglais. Il s'agit d'abord d'un but esthétique. En effet, il m'arrive souvent, lorsque je suis en voyage ou bien que j'entends des touristes à Paris qui parlent leur langue, de trouver que l'aisance et la fluidité de leur langage et très beau et je les admire de savoir parler si facilement une langue que j'ai du mal à apprendre. Il en va de même dans les chansons en anglais que j'écoute et que j'essaie de reproduire avec le même accent que le chanteur/euse. Je trouve la chanson beaucoup plus belle lorsque j'arrive à prendre le même accent que l’interprète de cette chanson. Si une chanson est plus belle lorsque la langue est correctement prononcée, il me semble maintenant logique qu'il en va de même dans une conversation courante. Si j’emploie un accent anglais qui respecte la phonétique de cette langue je pourrais parler comme ces étrangers dont j’admire le langage ou comme dans les chansons en anglais qui me plaisent.
     Le second objectif à la maîtrise de la phonétique de l'anglais est un but utilitaire. La prononciation exacte de mon lexique anglais me permettrait de bien me faire comprendre à l'étranger. En effet, bien que je pensais qu'une prononciation correcte ne jouait pas en faveur d'une bonne compréhension je constate maintenant  qui si l'on parle comme un natif il n'y a pas de raison à ne pas être compris.
De plus, la maîtrise de la phonétique anglaise peux également servir à plaire, aussi bien dans le domaine professionnel, quelqu'un qui a un très bon accent anglais sera plus apte à se faire comprendre dans le cadre d'une discussion plurilingue, que quelqu'un dont l'accent français est très fort. Mais aussi dans le cadre relationnel. La bonne prononciation anglaise peut être un signe de respect de la langue ainsi que d'amour pour celle-ci  et cela pourrait bien nous attirer une sympathie de la part du natif anglophone.
     
     Je remarque enfin que dans certaines situations mon accent anglais est moins présent que dans d'autres. En effet, lorsque je suis à l'étranger et que je communique avec un locuteur anglophone, bien que ma phonétique ne soit pas parfaite, je remarque que je prononce un énoncé en anglais avec plus d'aisance et de naturel que dans une salle de cours. Je pense donc que l'écoute d'un locuteur natif permet inconsciemment de reproduire la sonorité que l'on entend. Aussi le contexte de pays étranger est un atout à l'intégration à la culture locale dans son ensemble ( mode de vie, façon de penser et par la même occasion façon de parler ).
J'ai aussi remarqué ce phénomène avec ma grande sœur qui à un très bon accent anglais. Lorsqu'elle me parle en anglais par simple jeu et que je répète ses paroles j'arrive à reproduire sa phrase avec une sonorité similaire.
     Je pense donc qu'un modèle oral peut être utile et bénéfique dans mon apprentissage de la phonétique anglaise, tout comme un séjour à l'étranger dans un contexte d'immersion dans le pays anglophone ou bien plus simplement un travail ardu et rigoureux de la phonétique anglaise.

     Je constate, après cette réflexion, que les freins et les motivations, concernant l'apprentissage de la phonétique anglaise, sont exclusivement mentaux. Si je tiens réellement à effacer mon accent français je pense pouvoir y arriver comme n’importe qui, cela ne tient que à ma motivation pour y parvenir.

 

 

Ellen, une Française d'origine vietnamienne

 

Frein : l’entourage

Il peut sembler étrange de ma part de considérer le vietnamien comme une langue étrangère.[...] Mais mes parents étaient déjà parfaitement bilingues (français-vietnamien) lorsque je suis née. La guerre du Vietnam fut un traumatisme pour eux. Ils ne s’en remirent jamais totalement et ne se réconcilièrent jamais avec le Vietnam d’aujourd’hui. Je fus éduquée en français majoritairement, même si quelques expressions vietnamiennes s’insérèrent par miracle dans la vie de tous les jours. En réalité, les seules fois où j’entendais de vraies conversations en vietnamien, c’était lorsque mes parents se disputaient. Pendant longtemps, je crus que le vietnamien avait naturellement des sonorités hargneuses, coléreuses et brutales. Mon père fut horriblement vexé lorsque je lui déclarai que le vietnamien était « trop moche »  et que je n’avais aucune envie de l’apprendre. Ce fut le premier frein.

Frein : enseignant et méthodes

Ma mère tenta quand même de m’inscrire à des cours de vietnamien. Ma première professeure utilisa une méthode de langue pour enfants. Seule avec mes sœurs et moi, elle pointait du doigt des images représentant des objets et nous devions les désigner en vietnamien. Je m’y plus, pendant un temps. C’était ludique. Mais je manquais de pratique, ne parlant pas le vietnamien à la maison. J’oubliais fréquemment tout ce qui m’avait été inculqué lors de la leçon précédente. De plus, j’étais éduquée à la française et je n’avais pas le respect immense qu’ont (généralement) les asiatiques envers leurs aînés et professeurs. Un jour, la professeure se fâcha terriblement. Je ne compris guère pourquoi et au bord des larmes, je suppliai ma mère de ne plus y revenir.

Pour sa deuxième tentative, ma mère nous inscrivit à un cours au sein d’une association. Nous faisions partie d’une classe de dix élèves, la plupart tous vietnamiens d’origine comme nous mais le pratiquant à la maison. Ils parlaient français avec un accent vietnamien. Je ne m’y fis aucun ami, ils étaient tous meilleurs que moi et j’avais l’impression qu’ils nous méprisaient secrètement. Et puis le cours se bornait à noter une liste de dix mots vietnamiens chaque samedi  à apprendre par cœur pour la semaine suivante. Je m’ennuyai et ne fis aucun progrès en prononciation. J’apprenais mais oubliais tout dès que l’interrogation était passée.

Le dernier cours que je fréquentai avant d’abandonner les cours de vietnamien était très pointu et mettait beaucoup l’accent sur la prononciation. L’enseignante utilisait un lexique assez technique : « labiale », « alvéolaire », etc. A huit/neuf ans, j’étais plus heureuse parmi mes amis et professeurs francophones et je me considérais comme française. J’abandonnai les cours sans regret

Motivation : regard sur soi et impact affectif

Ce n’est que bien plus tard, lorsqu’en j’entrai en hypokhâgne, que je réalisai que connaître ma langue d’origine n’était pas synonyme d’enfermement culturel. Qu’au contraire, c’était un enrichissement. Je fréquentais des élèves bilingues et appris comment leurs parents s’étaient organisés dès leur plus jeune âge afin qu’ils puissent parler couramment leur langue d’origine et celle du pays d’accueil. Mais surtout, je leur enviai leur tranquille sentiment d’appartenance et d’enracinement. Me réclamant d’une nationalité française en contraste frappant avec mon physique d’asiatique, et issue d’une génération qui n’avait aucune anecdote à raconter sur la Seconde Guerre Mondiale comme nombre de mes camarades, je me sentais déracinée, je ne savais plus où j’appartenais. Evidemment que mes parents auraient eu des tas de choses à raconter sur la Guerre du Vietnam. Mais c’était douloureux. Il y avait comme un silence par rapport à mes origines qui me fit questionner mon identité. Finalement, j’eus le sentiment d’avoir été dépossédée de mon héritage culturel. Je trouvais contre-nature d’avoir un physique de vietnamienne typique et de ne pas savoir le parler. Ce qui m’a donc motivée, c’était principalement une question d’identité. J’avais besoin d’un retour aux origines, de savoir d’où je venais.

Motivations : plaisir et activités avec la méthode naturelle

Mais j’avais honte d’avouer mon ignorance de la langue. M’inscrire à un cours de vietnamien débutant était un pas que je n’étais pas prête à faire. Je renouai donc contact avec ma grand-mère et la priai humblement de m’enseigner le vietnamien. Elle qui avait juste l’équivalent du brevet pour toute éducation fit donc son possible. Les débuts furent atroces. Mon père eut de fréquents éclats de rire lorsque j’essayais de lui parler vietnamien. Ma langue était « en bois, raide comme celle des occidentaux », me disait-il. De plus, il méprisait les origines modestes de ma grand-mère et le manque de distinction de ses tournures, tournures qu’elle me transmit, évidemment (mais comme il était trop occupé pour m’enseigner lui-même comment prononcer un beau vietnamien nordique distingué, je me contentai de l’accent populaire sudiste de ma grand-mère). Ma mère ne voulut pas en entendre parler. Le système de tonalité m’arracha les cheveux. J’appelai mon père : « grand-mère », disais « j’ai déjà assez baisé, merci », au lieu de « j’ai déjà assez mangé, merci ». Quand nous allions à un restaurant vietnamien, je m’humiliais lorsque je passai commande. Cela finissait toujours par  ma grand-mère traduisant charitablement au serveur. Cependant, c’était merveilleux. Je m’aperçus avec surprise que lorsqu’elle utilisait des mots qui avaient été employés dans mon enfance, mon corps réagissait automatiquement. Entendre « à manger », « debout », « assieds-toi » en vietnamien était comme des formules magiques. Un réflexe pavlovien allait me pousser à faire ces choses avant même que mon cerveau n’intellectualise le sens de ces expressions. J’eus aussi l’occasion d’entendre de merveilleuses  et terribles anecdotes sur le passé de ma famille, fréquentais de lointains cousins et tantes avec qui mes parents avaient perdu contact. Tout cela me motiva à faire des efforts quant à la prononciation du vietnamien, et petit à petit, je pus percevoir ce que mon père appelait la « beauté du vietnamien », au quelle j’avais été désespérément sourde pendant toute mon enfance. J’avais un plaisir fou à le baragouiner. C’était comme revenir en enfance pour moi. J’avais l’impression de revivre. Après huit mois passés au Royaume-Uni, ce fut beaucoup plus facile. Mon oreille était beaucoup plus exercée et je pus prononcer le peu de vietnamien que je savais quasiment sans accent.

Frein : intégration

Mais je dus faire face à un nouveau frein. Même si je croyais réintégrer le groupe ethnique de mes origines, je m’aperçus que dans une certaine mesure, je m’étais développée en occidentale, avec des valeurs occidentales que je n’étais pas prête à échanger. Il y eut quelques tensions avec des membres de la famille déconcertés par mes manières et ma tranquille existence de jeune française dans la vingtaine. Sans compter que j’avais assez de vietnamien pour comprendre lorsqu’on se moquait de moi, même gentiment. Cela finit par m’agacer fortement. Je fis moins d’efforts pour les fréquenter et m’entraînais moins assidûment à la prononciation.

 

Il me semble que la motivation quand à l’apprentissage de la prononciation d’une langue commence par le plaisir qu’on éprouve à l’entendre et à la parler, et je n’ai atteint cette étape que très tardivement pour le vietnamien. Personnellement, j’associe une langue à une communauté, et si je ne m’y sens pas à ma place, je suis moins motivée pour apprendre la prononciation de la langue. Peut-être qu’il me reste à trouver ma communauté vietnamophone.

 

 

 

Jūratė, une Lituanienne au Danemark

 

Partir à l'étranger. Se donner les raisons à apprendre la langue
Just après avoir terminé l'école je suis partie au Danemark faire du sport et travailler comme fille au-pair. À l'époque j'ai déjà parlé en français, en anglais et je pouvais suivre une conversation (pas très difficile) en russe, pourtant le danois pour moi était une nouvelle langue que je ne connaissais pas. Pas un seul mot. Donc avant mon voyage j'ai acheté un seul livre en danois – un dictionnaire.

L'apprentissage commence par les observations et les imitations
La première „rencontre“ avec la langue était un peu choquante. „Qu'est ce qu'ils ont dit? Pourquoi ils rigolent? Je ne comprends pas..! Est-ce que c'est possible d'apprendre cette langue?“ Et donc voilà, le premier frein – la peur. Je ne comprenais pas et en plus, cela ne ressemblait pas de tout à aucune autre langue que je parlais. Et en ce moment, la prononciation française est devenue très simple (je ne parle pas de prononciation russe, parce que les lituaniens arrivent à dire correctement tout les sons). Bien évidemment les premiers jours étaient les plus difficile, parce que je ne me sentais pas capable de m'exprimer correctement.

Au bout de quelques semaines, après de longues observations et imitations j'ai déjà pu entendre la début et la fin des phrases, les noms. Ma famille d'accueil a traduit et a dit la prononciation des différents mots. Ils ont même essayé de donner les cours de danois et lire un peu avec moi pour que je puisse prononcer les sons. C'était une bonne motivation que les gens m'aident à intégrer, ils corrigent mes fautes.

Integration dans la societé
Même si tout le monde au Danemark parle anglais, ils m'ont parlé avec moi que en danois. Tout le temps autour de moi j'entendais cette nouvelle langue. Les amis de sports n'essayaient pas de traduire leurs conversations en anglais, c'était comme „une invitation“ - si tu veux parler avec nous, apprends la langue. Même mon entraîneur parlait et envoyait les emails en danois. D'un côté j'étais vraiment déçue, parce que j'ai voulu d'être acceptée mais de l'autre côté, c'était une bonne motivation pour apprendre la langue. Surtout quand j'ai remarqué que je commençais à comprendre les emails, j'entends les mots et je connais leur sens.

Enseignement à l'école. Méthodes utilisées
Après un mois passé au Danemark j'ai commencé à fréquenter l'école des langues. On était nombreux dans la classe : les chinois, les coréens, les afriquans, les européens. Et chaqu'un a eu sa motivation, ses raisons d'être à Copenhague. Pendant la première rencontre avec notre professeur principal (il nous a enseigné la grammaire, la prononciation danoise) - il nous a dit tout de suite qu'il va parler que en danois. Je me souviens que j'étais en peu choquée „Mais comment il va nous expliquer la grammaire? Si on va mal comprendre les dialogues? Qu'est ce qu'il pense?“. Plein d'émotions mais j'ai du accepter „les règles du jeu“.

Bref, notre professeur était sympa. Il parlait lentement, s'il fallait il expliquait la même règle plusieur fois, il nous a invité à jouer les situations pour mieux comprendre la signification des mots et quand est-ce qu'on peut les utiliser. Et bien sur nous avons beaucoup travaillé pour bien prononcer les mots danois. Comme par exemple „Jeg hedder Jūratė. Jeg bor i Bagsværd“ (Je m'appelle Jūratė, j'habite à Bagsveard). Chaque jour nous avons reçu les devoirs à faire (la lecture à houte voix, les exercises). Nous avons travaillé avec chaque sons et j'ai essayé de les mettre dans „les boîtes des sons lituaniens“ „Ė, U, I, O etc“ pour faire les assimilations. Il y avait beaucoup de choses à apprendre. Très vite j'ai remarqué que j'ai fait des progrès, que j'arrive à mieux comprendre les conversations, les chaînes télé. Mon but était - parler, donc j'ai travaillé pour y arriver.

L'expérience que j'ai reçu au Danemark est utile jusqu'à maintenant. Je souviens très bien un exercice pour apprendre mieux prononcer les mots difficiles. Prenons un exemple d'un mot „Nyheder“ - une nouvelle. Si on le lit des le début jusqu' à la fin, cela peut nous poser des problème. Donc on divise le mot en trois syllabes (Ny – he – der) et on le lit à l'inverse, chaque fois on ajoute une syllabe (der. He – der. Ny – he – der). Un exercice simple mais très efficace et grâce à cet exercice je n'avais plus peur de lire les textes compliqués parce que j'ai su comment „résoudre“ un problème de la prononciation.

Satisfaction et nouvelle expérience
Le temps passait vite, j'ai fréquenté les cours de langue, j'ai travaillé à la maison, j'ai essayé de parler avec les gens et j'ai écouté ce qu'ils disent. Et au bout de cinq mois (un mois d'adaptation et quatres mois à l'école des langues) je pouvais déjà participer dans les conversations quotidiennes, trouver toute information nécessaire sur internet. J'étais très fière de moi.

Tout ce que j'ai appris au Danemark j'essaie d'utiliser dans ma vie quotidienne. Et ce n'est pas seulement un exercice de la prononciation. En général je peux dire que le système d'éducation au Danemark donne envie d'étudier, faire les efforts pour apprendre la langue. Je donne l'autre exemple personnel qui m'a beaucoup touché. Le même professeur a divisé la classe en groupe (par deux). J'étais en équipe avec un garçon togolais. J'ai lu la consigne et j'ai commencé à faire l'exercice. Mon collègue a eu plus de mal à comprendre ce qu'il faut faire. Donc j'ai voulu être un bon élève, je lui ai dit „Ne t'inquiète pas, je vais le faire“. Au bout de dix minutes le prof s'approche à côté de nous, il regarde et il me dit „Jurate, si la prochaine fois tu vas tout faire toute seule, je n'accepte pas ton travail“. À la fin de cours le prof nous explique „Vous habitez dans une famille – parmi les gens, vous travaillez dans une équipe – parmi les gens, vous habitez dans la société – parmi les gens. Le plus important est savoir travailler ensemble. Vous n'êtes pas meilleur que les autres“.

Pendant une année passé au Danemark j'ai appris beaucoup de choses sur leur culture, leur manière à vivre. Je peux même dire que cette expérience était ma motivation d'apprendre la langue, la prononciation. En conclusion je donne un tableau avec „mes freins et mes motivations à l'apprentissage de la prononciation d'une langue étrangère“:

Freins

Motivations

La peur – est ce que je vais réussir?

L'aide des gens – ma famille d'acceuil travaille avec moi pour que je puisse lire et parler

Les sons inconnus – il faut trouver une manière de prononcer les sons nouveaux

Motivation personnelle – c'est intéressant, je veux savoir parler en autre langue

Moi même – parfois j'étais fatiguée, je ne voulais pas travailler

Les exercices simples et efficaces – le prof nous donne un exercice simple pour apprendre prononcer les mots difficiles

 

Le succès – le succès donne encore plus de motivation à travailler

 

La coopération du prof – le prof nous explique la même règle plusieurs fois, on peut demander la même choses plusieurs fois sans se sentir stupide

 

 

 

Julie, une Française en anglais et en espagnol

 

J'ai véritablement commencé l'anglais en fin de collège, je l'ai redécouvert au lycée et je l'ai compris en khâgne.
    J'ai commencé à m'intéresser à l'anglais au collège. Les anglophones m'ont interpellés par leur langue qui m'était jusqu'alors quasiment inconnue, mais également par leur culture qui m'était étrangère. Une de mes camarades étaient Anglaise et nous sommes vite devenues amies. J'ai rencontré sa famille, sa culture, sa langue. On regardait des films en anglais, écoutait la télévision ou la radio en anglais, on lisait en anglais, on parlait en anglais entre nous. Je pense que c'est ce qui m'a vraiment poussée à m'investir plus en Anglais que dans les autres disciplines : sa famille a fait de moi l'une des leurs et je me suis toujours senti intégrée à leur « communauté ». Mais, il y avait quand même une barrière entre nous car ma maîtrise de l'anglais était loin d'être parfaite et mon accent français très présent dans ma pratique de la langue anglaise. Ça m'a poussée à vouloir toujours plus améliorer mon anglais pour me sentir encore plus comme un membre de la famille.
    Au lycée, c'est un de mes professeurs qui m'a fait redécouvrir l'anglais. Pourtant, il n'avait pas un accent parfait et faisait autant de fautes de langue que nous, élèves de seconde, car il a été mis au poste de professeur de section européenne sans parler un mot d'anglais. Il a passé son été à pratiquer, il s'est amélioré en même temps que la classe durant nos trois ans passés ensemble. J'ai alors compris qu'il est possible d'améliorer son anglais avec du travail, de la persévérance ou encore de la passion pour ce qu'on fait, que ce soit au niveau de la grammaire anglaise ou de la prononciation. Je pense pouvoir dire que ce professeur m'a, en quelque sorte, servi de modèle : le travail et la persévérance ne sont pas vains.
    Enfin, la khâgne a été le moment durant lequel j'ai véritablement compris ce monde anglophone. Cette fois encore, c'est une de mes professeures qui m'y a aidée. Elle était parfaitement bilingue en anglais et français depuis toute petite parce que l'un de ses parents est Anglais, l'autre Français. Elle a également vécu dans les deux pays suffisamment longtemps pour se sentir intégrée à la France comme au Royaume-Uni. Elle vit en France, mais elle est autant immergée dans le monde anglophone que le monde francophone. Grâce à sa manière de dispenser ses cours, j'ai compris que la prononciation compte énormément dans l'apprentissage d'une langue étrangère, et qu'elle ne se limite pas seulement à la maîtrise de la grammaire ou encore du vocabulaire. De par ses origines française et anglaise, elle avait en horreur la mauvaise prononciation d'un son, d'un mot et s'est battue, plus que mes autres professeurs auparavant, contre ce type de fautes. C'est avec cette personne-là que j'ai le plus progressé.
    Ainsi, mes progrès en anglais, mais plus spécifiquement mon apprentissage de la  prononciation de cette langue, m'ont demandé du travail. J'ai eu, à différentes périodes de mon apprentissage scolaire, des déclics en quelque sorte qui m'ont permis de mieux comprendre les choses et donc de faire évoluer ma prononciation. Mais, ce sont des déclics qui n'arrivent pas tout seul ; cela demande du travail, du temps, de la passion aussi et probablement une certaine maturité qu'on acquiert au fil du temps.

    Il y a aussi des aspects extra-scolaires qui m'ont donnés envie d'améliorer mon niveau et particulièrement ma prononciation d'une langue étrangère. Je regarde beaucoup de films et séries en anglais, et certaines scènes me plaisent tellement que je les connais par cœur. Je me suis mise à écouter des dialogues tellement de fois que je suis capable de reproduire chaque mot, chaque intonation, chaque accent. Je veux simplement que mon dialogue soit le plus ressemblant possible de l'original. J'ai presque érigé certains acteurs ou certaines actrices au niveau de modèle simplement parce que j'aime le personnage qu'il ou elle joue. Ainsi, je veux que ma prononciation soit la plus parfaite pour pouvoir ressembler à la personne ou au personnage que j'imite.

    Pour l'espagnol, c'est l'immersion dans le pays et probablement une part de fierté qui m'ont donnés envie de m'améliorer. J'ai fait plusieurs séjours dans des familles espagnoles avec des amis. Parmi ces amis, j'avais le meilleur niveau d'espagnol, alors bien souvent, c'est moi qui m'adressait à la famille. Je me suis mise à parler à des inconnus dans la rue pour demander mon chemin ou demander un avis sur les plus belles choses à voir dans la ville, ou simplement pour le plaisir de discuter en espagnol. Je prenais du plaisir à parler espagnol, à m'entendre parler dans cette langue, et encore à la maîtriser mieux que mes camarades. Le « jeu narcissique » n'est pas une légende : prendre du plaisir à s'entendre parler dans une langue étrangère au point de vouloir constamment discuter dans cette langue de n'importe quel sujet est quelque chose de réel qui m'a poussé à aller plus loin, à voir plus grand.


    Cependant, si j'ai de nombreux facteurs de motivation pour améliorer mon apprentissage de la prononciation d'une langue étrangère, mon accent français se fait encore entendre. Je n'ai pas le parfait accent britannique ou américain que je souhaite avoir, ni même l'accent latino-américain dont je rêve tant.

    Je me suis mise des obstacles toute seule parfois. Quand je suis entrée au lycée, j'ai rencontré un Australien. Nous sommes devenues amis mais je n'ai presque presque jamais parlé en anglais avec lui. Ce n'est pas que je ne voulais pas. En réalité, l'opinion des autres a pris beaucoup d'importance à ce moment-là et j'ai commencé à avoir honte de ma prononciation beaucoup trop française à mon goût lorsque je parlais anglais. Je n'ai pas su m'émanciper de cette honte avant la khâgne, et j'ai manqué une occasion d'améliorer mes compétences en anglais, mais aussi ma prononciation. J'avais honte de moi quand j'osais sortir trois mot en anglais, et qu'il me reprenait avec son parfait accent australien. Cet obstacle, je l'ai créé toute seule. Cette peur du regard de l'autre et cette honte de mon accent, je pense pouvoir dire, d'un point de vue actuel, que je les ai moi-même créé car je ne les ressens plus aujourd'hui. Enfin, moins qu'à l'époque. Même le regard de mes camarades français ayant une prononciation meilleure que la mienne me mettait mal à l'aise. Le regard des autres a été, et est encore parfois aujourd'hui, un obstacle majeur qui m'a fait me recroqueviller sur moi-même plutôt que de me pousser à vouloir faire mieux. J'ai vu dans leur regard de la critique, alors qu'il n'y en avait pas toujours.

    Ensuite, j'ai mis un peu de temps à aimer l'esthétique de l'anglais. Au début, je ne voyais pas ça comme une langue jolie à parler, comme l'est l'italien à mes yeux, par exemple. Je la voyais comme une langue froide, hautaine et donc peu accueillante. J'avais envie de comprendre le fonctionnement de la langue, je ne voulais pas me mettre à parler de manière hautaine. La prononciation n'a donc pas été une chose à laquelle j'accordais beaucoup d'importance. Je préférais travailler du vocabulaire, voire même de la grammaire, mais de la prononciation ? Non, je me suis dit que ça viendrait bien avec le temps. J'ai mal jugé l'apprentissage de la langue et je me suis à nouveau mise des barrières, en excluant totalement son importance. J'ai compris l'importance de la prononciation, pour l'espagnol dans ce cas, quand j'ai été à Barcelone pour la première fois. J'étais perdue dans les rues avec des amis, et j'ai dû demander mon chemin. Or la personne à qui je demandais ne m'a pas tout de suite comprise parce que je prononçais mal un mot. Quand elle a répété le fameux mot avec son accent espagnol, j'ai alors compris que je ne pouvais plus négliger ma prononciation. J'ai donc commencé à faire plus d'effort sur ma prononciation en espagnol, à faire plus attention aux sons précis que je voulais produire, à mieux les écouter. En fait, il a fallu que je ré-apprenne à écouter les autres, à différencier des sons  qui ne me semblaient pas différents et à m'écouter moi-même quand je parlais en langue étrangère.

    L'apprentissage de la prononciation d'une langue étrangère, qu'il s'agisse de l'anglais ou de l'espagnol dans mon cas, a été quelque chose qui a pris de l'importance assez tard dans mon parcours linguistique. Il m'a fallu apprendre à réellement apprécier la langue et à comprendre l'importance de la prononciation pour commencer à la travailler. Il m'a fallu des déclics et de la persévérance, et il m'en faut encore pour perfectionner ma prononciation. Je ne me démotive pas cependant ; j'ai bien plus de motivations qu'il n'y a d'obstacles.

 

 

 

Alex, Franco-Chilien

 

Tout d’abord, je dois avouer qu’avant mes études universitaires, ou bien, plus précisément, avant mon arrivée en France, je ne portais pas une attention particulière à la prononciation du français. Non pas que cela ne m’intéressât pas, mais tout simplement que je ne m’étais jamais retrouvé dans des situations de communication dans lesquelles ont m’eût fait des commentaires par rapport à ma prononciation. Ce n’est qu’en arrivant en France que j’ai pris conscience de l’existence de mon accent.

        Ma plus grande motivation pour travailler et améliorer ma prononciation, est liée à une question d’identité que je traîne depuis mon enfance et qui s’explique par l’environnement culturel et linguistique dans lequel j’ai grandi. En effet, je suis né et j’ai grandi au Chili au sein d’une famille franco-chilienne très marquée par l’héritage culturel et linguistique français. De même, toute ma scolarité s’est déroulée dans un établissement francophone. C’est pourquoi je me suis toujours senti bilingue et biculturel, sans que cela me pose pour autant des problèmes. Or, en arrivant en France, j’ai été confronté pour la première fois à des remarques sur ma prononciation “venue d’ailleurs”, qui me faisaient sentir que mon identité française était remise en cause.

Ainsi, ma première motivation est de réduire un maximum mon accent, afin d’atteindre une prononciation du français le plus neutre possible, qui m’évite de devoir expliquer ma provenance à chaque fois que je fais une rencontre. Il s’agit d’un désir de pouvoir échanger avec les autres, d’égal à égal, sans que des questions d’origine puissent interférer. Une bonne maîtrise du français et de sa prononciation représente donc pour moi un outil qui me permet de me mimétiser avec mon entourage et de me sentir plus à l’aise dans ma vie quotidienne.

Cela va de paire avec une motivation affective. En effet, le français est la langue de ma grand-mère et par conséquent celle de ma famille. Plus je me rapproche du français que j’entends parler tous les jours à Paris, plus j’ai l’impression de revenir vers les sources de ma famille et de récupérer progressivement un patrimoine culturel et linguistique que je sens incomplet. De même, étant donné que je suis le seul membre de ma famille qui vit en France, je suis devenu, en quelque sorte, le nouveau “modèle à suivre” en ce qui concerne la langue française. C’est désormais mon rôle de leur transmettre une image correcte et fidèle de la langue qui est parlée de nos jours en France, et dans ce but, j’ai un souci constant de travailler non seulement la prononciation, mais aussi tous les autres aspects de la langue française.

        Depuis que j’ai commencé mes études en langues étrangères, j’ai également appris à accorder à la phonétique une valeur tout aussi importante que celle que l’on attribue à la grammaire. J’ai compris combien une bonne prononciation est fondamentale pour se faire comprendre dans une autre langue, mais aussi que d’autres éléments appartenant au domaine de la phonétique sont tout aussi importants, comme c’est le cas des intonations, par exemple, qui continuent toujours à me trahir lorsque je parle en français.

En ce qui concerne les freins à l’amélioration de ma prononciation, je crois que le plus grand obstacle est la paresse. Étant bilingue depuis mon plus jeune âge, je n’ai aucune raison d’ordre musculaire ou auditif qui puisse m’empêcher de prononcer correctement, mais comme toute discipline, la phonétique exige un travail sérieux et régulier, que je ne suis pas toujours en mesure de fournir à cause de mes études qui me poussent à travailler sur d’autres langues.

Il m’arrive également de me sentir découragé par un manque de matériel et de soutien adapté à ma situation linguistique. En effet, si on trouve de nombreux ouvrages destinés à l’apprentissage de la phonétique du français conçus pour des étrangers, les méthodes de langue adaptées à des locuteurs qui, comme moi, sont proches du bilinguisme, me semblent beaucoup plus difficiles à trouver.

Bien que cela ne me pose plus autant de problèmes qu’il y a quelques années, il m’arrive aussi d’être découragé par des commentaires sur mon accent ou mon intonation. Dans la majorité des cas, il s’agit tout simplement d’une constatation de la part de mon interlocuteur, mais pour moi, c’est un échec et une preuve flagrante qu’il me manque encore beaucoup de travail. Or, avec le temps et même sans efforts, les accents et les intonations finissent par s’estomper, ce qui me permet d'échapper de plus en plus de ce genre de commentaires

En fin de compte, ce qui me motive toujours et qui m’encourage à redoubler mes efforts, tout en m’aidant à surmonter les éventuelles difficultés, c’est une grande passion pour les langues, qui monopolise depuis presque six ans déjà la plupart de mon temps et de mes activités.

 

 

 

Audrey, une Française en anglais

 

Etant en LLCE d’anglais et éprouvant une affection particulière pour cette langue je vais donc parler des freins et des motivations en termes d’apprentissage de la prononciation anglaise.

En premier lieu je parlerai de ce qui a pu me freiner dans mon parcours académique et personnel et ensuite je parlerai de ce qui a pu me motiver et je finirai par une conclusion.

 

On peut séparer en plusieurs points de vue les raisons qui ont pu freiner mon apprentissage. Une des premiers est d’un point de vue académique. Dans mon cursus scolaire, le système d’apprentissage de l’anglais privilégiait essentiellement la grammaire et l’écrit en général. La prononciation et l’aisance à l’oral étaient facilement délaissées.  Je n’ai personnellement jamais appris le système phonétique avant de rentrer en licence, les différentes variations de l’anglais oral m’échappaient entièrement avant l’université. Pourtant, chaque année, je ne descendais pas en dessous de 15 de moyenne en anglais ce qui prouve que le système français ne met pas l’accent sur la prononciation donc pourquoi les élèves s’embêteraient à essayer de bien prononcer si ça n’influence en aucun cas leurs notes ?  De plus, au cours de ma scolarité j’ai eu des professeurs très peu compétents dans leur domaine, à savoir ne faire que des exercices de grammaire en cours sans aucun exercice oral de l’année, ou tout simplement, avoir un accent français en anglais peu enviable…De mon point de vue, les professeurs sont des « modèles » surtout au collège ou au lycée, donc si un professeur a un mauvais accent, alors « c’est pas grave si moi aussi j’ai un mauvais accent ».

 

Mais ce qui a pu freiner ma prononciation anglaise ne peut pas se résumer seulement au niveau scolaire. Je pense qu’il y a un point de vue « sociologique » à prendre en compte. C’est-à-dire que la société française n’assimile pas les langues étrangères ou est très en retard quant à leur diffusion (en particulier l’anglais). L’accès aux films et séries en version originale est très limité, même si dans les grandes villes cela se propage, mais si j’avais été habituée à lire des sous-titres dès petite (comme le font les Néerlandais ou les Scandinaves) peut-être que mon intérêt pour la version originale se serait réveillé plus tôt et de ce fait ma prononciation aurait été meilleure.

Aussi, une des raisons principales pour laquelle mon accent anglais ne s’est développé qu’à partir de l’université est que je pratiquais l’anglais surtout de manière écrite. J’ai énormément progressé en anglais en autodidacte en lisant beaucoup (beaucoup) de mangas et de bédés sur internet, or les sites étaient principalement en anglais donc je n’avais pas vraiment le choix. D’où l’importance d’entendre de l’anglais au maximum dès petit via les films et les séries pour donner une sorte équilibre.

 

En revanche, au cours de mon parcours personnel, un certain nombre de motivations m’a encouragé à apprendre et assimiler la prononciation de l’anglais.

 

En premier lieu, mon environnement familial. Mon père est bilingue anglais français puisqu’il a vécu vingt ans à New York avec sa mère française et a suivi sa scolarité au Lycée Français de New York. Son père est d’origine allemande et ne connaît pas le français donc toute tentative de communication se fait en anglais. Cependant, mon père ne m’a jamais élevé dans un environnement bilingue mais utilisait une dizaine de mots en anglais quand j’étais petite, ce qui a probablement pu me familiariser avant de rentrer à l’école avec la langue et la prononciation.

De plus, du fait de son travail, nous avons été amenés à vivre en Nouvelle-Calédonie, île française entourée d’un monde anglophone assez conséquent (L’Australie, la Nouvelle-Zélande etc) pendant quelques années. Là, le niveau général d’anglais des élèves est très différent de la France puisque le niveau de vie en général est également plus élevé donc la plupart des élèves sont partis 2, 3, 4 fois en Australie ou en Nouvelle-Zelande, et, surtout, il était très commun d’envoyer ses enfants en école de langue et bien sûr je n’y ai pas échappé ; et j’en suis extrêmement reconnaissante puisque j’ai eu la chance d’aller 4 fois 3 semaines (ou 1 mois) en Nouvelle-Zelande, chaque été, dans des écoles de langues composé d’étudiants internationaux (donc pas le choix, on doit parler en anglais) et dont les cours sont principalement axés sur l’oral !

Aussi, du point de vue académique, j’ai pu avoir quelques opportunités de progression en prononciation. D’abord, au lycée, j’ai eu un professeur dont les méthodes étaient fondamentalement différentes des autres méthodes. On commençait le cours par un document audio-visuel, puis le professeur donnait la parole aux élèves mais avec un dynamisme assez hors du commun c’est-à-dire qu’on ne perdait pas une seconde ! Et, à la fin du cours, on avait une évaluation surtout orale sur ce qu’on venait juste de voir. De ce fait, les élèves, puisqu’ils ont très peur des évaluations, faisaient preuve d’une attention sans faille, et l’oral privilégiant en grande partie la prononciation, un effort général était donné dans ce domaine… Mais sans « l’hyperactivité » du professeur je ne pense pas que cette méthode puisse être donnée à tout le monde.  

Ensuite, les cours de phonétique en licence m’ont énormément aidé concernant le point de vue plus technique de la prononciation, à savoir l’intonation, très importante en anglais, et tout ce qui concerne les diphtongues, les sons longs et courts etc.

Enfin, le programme international de Paris 3 m’a permis de partir une année à Melbourne, et finalement, pour apprendre une langue et progresser à l’oral et dans sa prononciation, l’immersion reste la meilleure solution de mon point de vue.

 

Comme conclusion je voulais insister sur mon expérience en Australie. D’abord, inévitablement, j’ai rencontré beaucoup de français et j’ai remarqué cette impossibilité de communiquer en anglais entre nous ce que d’autres nationalités font sans se sentir gênés. Cela constitue un frein évident à la prononciation et à la pratique générale de l’anglais. Les français n’hésitent pas vraiment à parler en français devant d’autres nationalités si un autre français est à la table ce que je trouve très dommage.

Ensuite, autre observation que j’ai pu faire en Australie, les anglophones adorent l’accent français…Il m’est arrivé dès fois de penser que « ça ne servait à rien de bien parler puisqu’ils préfèrent qu’on ait un accent »… Au final, dans mon cas, je souhaite avoir un bon accent puisque je voudrais peut être devenir professeur et comme dit précédemment, je ne veux pas perdre ma crédibilité du fait de mon accent. Aussi, un anglophone pourra me donner tous les arguments en faveur de l’accent français en anglais, cela sonnera toujours ridicule dans mes oreilles…

 

 

 

Fariha : le bengali, l’anglais, le français

 

Pour répondre à cette question, j’ai beaucoup hésité entre deux langues, le français et l’anglais. L’apprentissage de chacune de ces deux langues a représenté une étape importante dans ma vie. Mais aussi, ils sont très étroitement liés l’un à l’autre. J’ai finalement opté pour l’anglais, car mon rapport à cette langue a beaucoup évolué au fil du temps, et de manière assez surprenante.

3-10 ans - langue de l’autre monde

Je suis née au Bangladesh dans une famille de classe moyenne. Dans cette culture et encore plus dans ma famille, l’éducation des enfants et la montée sociale sont des valeurs fondamentales ancrées dans le quotidien. C'est pourquoi, dès mes 3 ans, je fus inscrite dans une des écoles les plus réputées du pays. « Oxford International School », comme son nom l’indique, était une école anglaise. L’anglais était donc ma langue de scolarisation et très rapidement elle devint ma langue seconde. Cette langue était synonyme de prestige, de l’Occident, de l’avenir, de l’ouverture. Mes parents regardaient la BBC et CNN, mon oncle écoutait de la musique en anglais, et tout naturellement je me voyais à leur place plus grande.

A l’école, toutes mes matières étaient en anglais, nous travaillions essentiellement l’écrit. Nous n’avions pas énormément d’occasions de participer en classe, donc j’essayais de parler le plus possible à la maison. Je me souviens avoir des conversations en anglais en rentrant de l’école, sur la moto de mon père. Il me posait des questions sur ma journée, et je lui répondais. Ces échanges n’étaient pas si naturels parce qu’en famille nous parlions le bengali, et parce que ces conversations ne duraient toujours qu’un moment.

Je remarquais aussi que l’anglais que j’entendais sur les chaînes de journaux ou à travers les paroles de Scorpions n’était pas le même que celui que prononçait mes enseignants. Mais j’étais quand même très fière de savoir parler cette « langue occidentale ».

10-12 ans - langue outil

Vers mes neuf ans, je suivais quelques cours de FLE à l’Alliance Française de Dhaka. Encore une fois, les autres élèves/apprenants étaient issus de milieux aisés, et pour la plupart le français était leur LV2 (la LV1 étant l’anglais mais aussi la langue de scolarisation). Ce n’était pas mon cas, alors je rencontrais mes premières incompréhensions et doutes à l’école. J’utilisais ce que j’ai appris à nommer aujourd'hui la méthode comparatiste : dans une des méthodes de français que j’ai gardées de cette époque, je vois encore des « chiu » en dessous des « tu ». Mon apprentissage de la prononciation du français se faisait à l’aide de l’anglais.

Aussi, je découvrais des phonèmes complètement nouveaux tels que le /R/ ou /œ/, et comme la plupart des apprenants qui avait pour LM le bengali, je trouvais les sons « pas jolis ». Une notion de normalité/d’anormalité se mettait en place : les sons anglais étaient « normaux », les français « pas normaux, bizarres ».

Puis j’arrivai en France en 2003, à l’âge de dix ans et demie. L’apprentissage de l’anglais prenait en partie son sens, c’était la « langue tremplin ». J’apprenais le français en faisant des assimilations sans cesse entre les deux langues.C’était aussi la langue qui me caractérisait dans la cour de récréation. J’étais en classe CLIN, et à côté je suivais les cours d’anglais et de maths avec une classe de CM2, c’est ainsi que j’étais l’élève qui portait des tuniques colorées, et « l’intello » des cours de maths et d’anglais.

12-19 ans - langue de confiance

Pendant les vacances entre l’année de CLIN et le CM2, je quittai notre appartement du 15ème arrondissement pour s’installer dans la banlieue. Après avoir fait un CM2, j’entrai en 6ème et j’avais déjà en grande partie rattrapé mon retard d’un point de vue scolaire. Le collège fut alors une époque studieuse, et de paix trompeuse. En cours d’anglais j’avais toujours de très bonnes notes, ce qui ne plaisait pas toujours à certains professeurs d’anglais que j’avais. Par exemple, je remarquais que la même erreur n’était pas notée de la même manière sur ma copie que sur celle des autres. Mes parents me rassuraient : « Ils veulent que tu te surpasses » ou en voulaient plus : « Sois plus prudente la prochaine fois ». J’étais très active à l’oral, j’étais en confiance et très à l’aise en cours. Le niveau de la classe en anglais n’était pas très élevé, et surtout très peu d’élèves étaient motivés à apprendre la prononciation anglaise. J’avais moi-même un peu modifié ma prononciation pour la faire « moins à la bangladaise » et plus « à la française ». Les profs ne me reprenaient jamais sur la prononciation donc je pensais savoir « la bonne prononciation », savoir bien parler l’anglais.

A côté des cours d’anglais, j’étais inscrite à la section européenne. Nous avions donc fait deux voyages en 4ème et en 3ème, en Angleterre et en Irlande. Je n’ai pas de souvenir de ne pas avoir été comprise lors de ces courts séjours. Au contraire, ce module d’anglais m’apprenait beaucoup sur les cultures britannique et américaine, et je découvrais cet aspect culturel que je n’avais jamais réellement travaillé dans cette langue.

Le lycée a été l’époque la plus mouvementée dans ma vie. Tout ce que j’aurais dû vivre pendant mes années de collège, je les vivais au lycée. Mes innombrables remises en question infectaient mes notes au lycée, d’autant plus que je venais de choisir la filière scientifique. J’avais toujours voulu être médecin, j’avais effectué mon stage de 3ème à l’hôpital Necker, j’étais persuadée que j’étais faite pour la médecine. Ce n’est qu’à la fin de ma 1èreS que je réalisai que c’était plutôt un rêve d’enfant, pas un projet professionnel. Toutes ces désillusions bouleversaient les évidences ancrées en moi.

Etant en parcours scientifique, j’avais peu d’heures d’anglais, et le programme était très léger. Mes notes avaient baissé dans beaucoup de matières, seulement mes notes en anglais étaient restées correctes à mon goût. J’étais donc contente de retrouver les cours d’anglais, devenus comme une sorte de refuge (avec les cours de français et de latin). Puis juste avant les procédures d’admission post-bac, il y avait de nombreux salons d’étudiants. C’est à un de ces salons que j’ai finalement découvert la LLCE Anglais. Contre l’avis de toute ma famille, je décidai alors de choisir la licence d’anglais, avec la conviction d’avoir de bien meilleures notes qu’au lycée.

19-22 ans - langue étrangère

Le début de ma licence était marqué par une libération personnelle. J’étudiais à Paris, la ville où j’avais toujours rêvé étudier. Je tombais peu à peu amoureuse de cette ville, de la France, et du français. Cette langue et Paris m’apportaient ce que je cherchais depuis toujours. J’ai aussi découvert le parcours FLE à cette époque, alors je m’étais réorientée vers ce parcours au 2nd semestre.

Alors que j’aimais bien les cours d’anglais de la licence, j’avais un sentiment de déception qui naissait avec le temps. D’abord, le niveau de la classe n’était plus du tout le même, et le profil des élèves n’était plus semblable à ceux du lycée ou du collège. Il y avait des anglophones, des mordus de séries américaines, des littéraires hautains, etc. Puis, mes notes n’étaient pas celles

que j’espérais en choisissant l’anglais. A l’oral, je sentais de plus en plus une sorte de malaise lorsque je prenais la parole en classe.

Mes fréquentations ne m’aidaient pas. Mes amis avaient un très bel accent « british » ou américain, parlaient l’anglais constamment, utilisaient des « girl » « dude »« fu*k » dans les phrases en français. Ce nouvel anglais m’écartait de l’anglais scolaire que j’utilisais. Mon malaise laissait peu à peu place à une certaine passivité en cours. J’essayais d’améliorer ma prononciation, la fluidité, de travailler l’accentuation et le rythme. Je travaillais beaucoup les cours de langue orale, j’utilisais l’API pour réapprendre la prononciation des mots. Je faisais des exercices de phonétique, de la lecture à voix haute dans ma chambre, des monologues devant mon miroir.

En troisième année, cet éloignement continuait de s’accroitre. Une amie se moquait gentiment de mon accent en m’imitant de façon très exagérée, et je n’arrivais plus du tout à parler en anglais devant elle, et donc en classe. Mon accent était qualifié d’indien, avec toutes les représentations et préjugés qu’il apportait. Le malaise était devenu un complexe. J’étais soulagée de savoir que c’était ma dernière année en anglais.

Aujourd’hui

Cette année, j’ai commencé le Master Didactique des Langues, et je me sens bien sans ces cours d’anglais. Même si j’ai peur de m’éloigner encore plus de cette langue, j’ai l’occasion de la pratiquer hors contexte scolaire, et je ne me sens pas jugée par rapport à ma prononciation. Je ne l’assume pas mais ce n’est pas pour autant que je suis bloquée dans cette langue.

Au second semestre, j’ai pour projet de partir en Suisse, dans une région germanophone, et l’année prochaine de partir en tant qu’assistante de langue dans un pays anglophone. Je ne sais pas encore comment, mais je compte tirer profit de ces deux expériences pour me libérer à l’oral en anglais.

 

 

Margaux, une Française en anglais

 

J’ai commencé à apprendre l’anglais au début de mes études secondaires. C’est la première langue étrangère que j’ai eu à apprendre.

Tout d’abord je vais parler de mes motivations à l’apprentissage de la prononciation.

J’ai eu envie d’apprendre cette langue car tout le monde la parle, c’est un peu une sorte de langue « universelle » permettant de communiquer presque partout dans le monde. J’ai eu envie d’avoir une bonne prononciation pour que le maximum de gens puisse me comprendre.

J’ai été très séduite par l’accent américain et films et des séries. Comme j’en regardais beaucoup j’ai commencé à les regarder en anglais, ça m’aidait beaucoup. Parfois j’écoute une phrase, je mets pause et j’essaie de la répéter en étant au plus proche de l’intonation et de la prononciation que j’ai entendues. Musicienne, je suis très sensible à la musicalité d’une langue. J’essaie de m’en approcher au maximum, non seulement pour me faire comprendre par les natifs mais aussi par respect ; pour moi apprendre une langue signifie aussi la prononcer correctement. Ca montre aussi l’amour et l’intérêt que je peux lui porter.

J’ai toujours eu comme défi de ne pas être repérée comme française dans un pays anglophone, défi que

   j’essaie de relever encore maintenant. J’ai vécu à New York trois mois il y a maintenant un an, je ne voulais surtout pas qu’on sache au premier abord que j’étais française. J’essayais de me fondre dans la masse. J’écoutais les gens parler, je m’en imprégnais. J’aime beaucoup l’accent américain, je le trouve séduisant.

En vivant aux Etats-Unis j’ai pris conscience que j’aime ce que je représente lorsque je parle anglais : inconsciemment je change ma voix, elle est un peu plus douce, plus grave. Je savoure chaque mot, chaque phrase, je me laisse presque bercer par sa musique. Le charme est totalement rompu lorsque je m’entends parler avec un accent français ou lorsque j’entends quelqu’un le faire. Je trouve que l’anglais donne aux gens une aura particulière, ça me donne envie de représenter la même chose aux yeux des gens. Je travaille constamment ma prononciation dans cette optique.

J’espèrerais presque un jour passer pour une native.

Je suis aussi très fière lorsqu’on me dit que je parle bien anglais. L’été dernier j’ai dû faire un discours à un mariage entre une française et une canadienne-américaine ; j’ai écris un discours dans les deux langues et me suis entraînée tous les jours pour que le côté américain de la famille me comprenne parfaitement.

J’ai été aussi très motivée lorsque je suis entrée au lycée ; j’étais au lycée Français de Luxembourg, tous les élèves étaient au moins bilingues (français-allemand) voir polyglottes avec le luxembourgeois, l’anglais et la langue maternelle de chacun. En cours d’anglais, il y avait pas mal d’enfants de parents américains et français. J’avais envie de faire aussi bien qu’eux et de m’intégrer. Je les écoutais intervenir en classe et essayais de les imiter. J’étais admirative de leur aisance et de la maturité que ça leur donnait. J’avais envie de renvoyer la même image. Je me suis forcée à aller en spécialité anglais pour parler davantage et améliorer ma prononciation en vue de l’épreuve orale du bac.

Le fait que ma professeure d’anglais au Luxembourg ait été américaine m’a aussi beaucoup encouragée ; elle avait une prononciation parfaite et, contrairement aux professeurs en France qui se basent sur la prononciation anglo-saxonne, elle parlait un anglais américain, celui que je préférais.

 

Cependant, je rencontre parfois quelques freins à la prononciation de l’anglais.

Je suis perdue par la diversité des accents quelques fois, je ne sais plus si je dois me caler sur la prononciation américaine, très présente dans les séries et films que je regarde, ou sur la prononciation « british », peut être plus littéraire, plus pure. J’aime cette dernière façon de parler l’anglais mais je ne me sens pas capable de le faire correctement. Ca peut être difficile de trouver les repères, des modèles au milieu de tout ça.

Il m’arrive d’être perturbée place de l’accent qui n’est pas toujours évidente pour nous français. A l’inverse de notre langue, l’intonation peut changer le sens en anglais (comme par exemple avec les mots bitch – beach ou hungry – angry). Si on ne place pas l’accent correctement ça peut affecter la compréhension et créer des quiproquos parfois très gênants.

J’ai aussi eu des difficultés concernant la prononciation du (R) qui ne se prononce de cette manière dans aucune autre langue. Je n’arrivais pas à trouver par moi-même, j’ai du écouter et réécouter des chansons, des émissions.

J’ai aussi du rééduquer ma langue (organe) pour assimiler de nouveaux sons comme le (z) de « the ». Lorsque j’étais en 6ème, notre professeur d’anglais prenait beaucoup de temps pour nous faire comprendre et acquérir la prononciation du « the » ; elle nus montrait de face, de profil, nous montrais le mouvement de la langue et des lèvres. Elle y prenait beaucoup de plaisir, ça en devenait presque gênant. Je n’avais pas très envie d’avoir l’air « aussi bête » qu’elle en le faisant alors je n’osais pas le prononcer correctement.

J’ai mis du temps à assumer une bonne prononciation. Au collège et au lycée, c’est souvent mal vu, les autres ont l’impression qu’on essaie de montrer qu’on est meilleur, qu’on se met en avant.

Parfois lorsque je recherche des mots que je ne connais pas encore, je n’arrive pas à savoir comme ils se prononcent. Cela me freine dans mon apprentissage. Je n’ai pas toujours quelqu’un à qui demander autour de moi.

En France, les professeurs ne sont pas forcément très attentifs à la prononciation, ils corrigent les élèves mais pas toujours et pas à fond, je trouve ça dommage. Pour moi, maîtriser parfaitement une langue et mal la prononcer n’a pas de sens. Je trouve ça particulièrement ridicule dans le cas des français qui travaillent aux Etats Unis et arrivent quand même à garder un accent français à couper au couteau.

 

J’essaie de parler anglais au maximum et de rencontrer des natifs pour améliorer ma prononciation. Je vais aussi beaucoup au Canada et aux Etats Unis. La prononciation est un travail perpétuel, quelque chose à acquérir sur la longueur. Elle se peaufine au fur et à mesure de l’apprentissage d’une langue.

 

 

 

Xinrong, une Chinoise en français

 

Personnellement, les freins à l'apprentissage de la prononciation du français consistent tout d'abord à la distinction entre [p] et [b], [t] et [d], ce qui n'existe pas dans la langue chinoise. C'était catastrophique au début de constater la différence entre "gâteau" et "cadeau". Après, le problème, c'était l'imitation du ton. Il existe les quatre tons dans la langue chinoise, tandis que dans le français, il n'y a pas de règle. Même si je connais bien le ton d'un seul mot, quand on le met dans une phrase complète, j'arrive pas à changer son ton selon la position dans la phrase.

Un autre frein consiste à l'habitude de prononciation. C'est-à-dire le point d'articulation des Français est différent de celui des Chinois. Quand je parle chinois, je m'entends plus clair, avec un point d'articulation plus en avant. Mais quand je parle français, je me force à parler comme un homme, avec un point d'articulation beaucoup plus à l'arrière de la gorge, ce qui me fait mal à l'aise des fois après une conversation assez longue en français.

En ce qui concerne la motivation, c'est énorme. Avant tout, c'est que j'aime pas l'accent. Si vous voulez, en Chine, la langue régionale varie d'une ville à l'autre, en particulier dans le Sud. La plupart des Chinois parlent mandarin avec l'accent régional. Après avoir fait mes études à Pékin pendant 5 ans, j'ai aucun acent du Sud quand je parle mandarin, justement, je l'aime pas. Ensuite, le progrès au niveau de la prononciation apporte instantanément une sensation de satisfaire car ça se voit dans la conversation quotidienne avec mes voisines françaises. Elles sont toutes gentilles. Franchement, je pense que la prononciation compte le plus par rapport aux autres aspects de l'apprentissage d'une langue étrangère, tels que l'écriture et la grammaire. Ces derniers ont plus ou moins de règles à obéir, tandis que la prononciation demande de faire le bilan des expériences acquises après mille fois de l'imitation. Et j'insiste qu'une bonne prononciation rend plus facile à connaitre une vraie France. J'espère que je peux profiter de ce séjour en France comme un chercheur, au lieu de garder un cliché fixe de la FRance comme un touriste. Il sera hyper génial d'entendre "vous parlez bien français" après mon retour en Chine. ^^

 

 

François, un Français en anglais

 

Avant toute chose, il faut savoir que l'anglais n'est pas la première langue étrangère que j'ai appris mais la deuxième, la première étant l'allemand. Il y a une raison derrière cela, mes parents n'ont jamais vraiment aimé l'anglais et ils me l'ont tellement répété que je me suis mis à penser comme eux (les enfants sont influençables). Par conséquent, ce n'est qu'en quatrième que je commence l'apprentissage de l'anglais, avec de gros à priori sur cette langue, la façon dont on la parle, l'accent qu'il faut prendre et la prononciation en général.

     Il est évident que mes préjugés ont dès le début ralenti mon apprentissage de la prononciation de l'anglais, je ne faisais aucun effort de prononciation et avais l'accent le plus français, alors qu'en revanche, je retenais tout le vocabulaire et les points grammaticaux que l'on voyait en cours. Mon problème portait donc juste sur l'accent à adopter et non à la langue toute entière.
J'aimais bien le professeur que nous avons eu pendant nos deux années d'anglais au collège, même si elle était extrêmement sévère et stricte. Il s'est avéré qu'elle habitait et habite toujours à trois maisons de la mienne. À force de se côtoyer, je faisais plus d'efforts de prononciation, non pas parce que la langue me plaisait plus qu'avant, mais parce que je ne voulais décevoir ni mes parents au niveau de mes notes, ni mon professeur qui croyait en mes capacités. Cependant, la prononciation n'a jamais été la priorité pendant nos cours. Je me rappelle qu'en dessous des phrases du cours, madame R. (le professeur) écrivait certains symboles en vert entre deux barres, mais elle le faisait très rarement et a même arrêté de le faire au bout d'un certain moment. On ne savait pas du tout ce que ces symboles représentaient et elle ne nous l'a jamais expliqué. Aujourd'hui, je sais que ces symboles étaient là pour nous aider à prononcer correctement les mots dont la prononciation n'est pas forcément évidente, mais il nous aurait fallu connaître l’alphabet phonétique international, ou du moins les symboles correspondant aux sons de l'anglais. J'ai fini par être un des meilleurs élèves de ma classe en anglais avec pour seule motivation de faire plaisir. Je m'appliquais du mieux que je pouvais au niveau de la prononciation, qui était mon principal problème, et le fait d'avoir une camarade apprenant l'anglais depuis son plus jeune âge à côté de moi me motivait à vouloir être meilleur qu'elle. Quelle était la meilleure façon de la battre sachant que 90% du cours se faisait à l'oral ? Améliorer ma prononciation.

    En seconde, je me suis retrouvé à être le seul élève du cours d'anglais à avoir cette langue en tant que LV2. Tous les autres apprenaient l'anglais depuis la primaire ou la sixième. Nous étions si nombreux que l'oral n'avait qu'une place minime, et le manque de pratique m'a fait régresser, non pas au niveau linguistique parce que nous faisions beaucoup d'écrit, mais au niveau de la prononciation. De plus, je ne voyais plus tellement de raison de faire d'efforts à ce niveau puisque nos notes dépendaient de travaux écrits.


    En première, après avoir perdu presque toute notion de phonétique anglaise à force de ne pas parler anglais, je me suis retrouvé avec un professeur privilégiant l'oral, et tout particulièrement la prononciation. Il est bien connu qu'une langue fonctionne comme un sport, il faut s'entraîner encore et encore pour progresser, et les vacances sont loin de nous aider dans ce genre de situation. La majorité de la classe avait un accent des plus français et cela énervait le professeur qui s'efforçait de nous faire travailler notre prononciation, principalement en nous faisant répéter le plus de fois possible certaines phrases jusqu'à ce qu'elle estime que la prononciation était suffisamment bonne pour continuer le cours. Le problème était qu'elle avait un accent toulousain très prononcé. Par conséquent, le modèle que nous avions en cours n'était pas un modèle fiable, et à l'époque, je n'avais pas la possibilité d'écouter de l'anglais autant que je le fais aujourd'hui grâce ça Internet.

    La terminale ne m'aida au niveau de la prononciation qu'à l'aide de compréhensions orales fréquentes, me permettant ainsi d'imiter les accents entendus. Le professeur ne donnait que peu d'importance à la prononciation, c'est pourquoi une des mes camarades prononçait le mot « think » avec le son /s/ au lieu du son /θ/ sans ne jamais se faire reprendre.

    Ce n'est qu'à l'université, en licence d'anglais, que ma prononciation s'est vraiment améliorée avec les cours de phonétique ayant pour but de nous aider à parler de la manière la plus naturelle et la plus typique possible. Néanmoins, à la fin de chaque vacances, j'ai l'impression qu'il faut tout recommencer du début, cinq mois sans pratique étant vraiment néfaste.

    Ainsi, je pense que les freins que j'ai rencontrés sont principalement dus à des préjugés sur une langue inconnue, à des sons auxquels je n'étais pas habitué, que ce soit à entendre ou à prononcer, au fait que mon entourage n'aimait pas vraiment les anglais et leur façon de parler, au manque évident de pratique et surtout à une indifférence vis à vis de l'anglais. À cela, je dois ajouter un voyage en Inde pendant lequel j'ai été confronté à un anglais très peu traditionnel. À la fin de ce voyage, j'ai moi-même légèrement adopté l'accent indien lorsque je parlais anglais.

    Malgré cela, j'ai pu trouver certaines motivations pour essayer d'avoir la prononciation la plus correcte en anglais. La motivation qui m'a le plus permis de progresser est que j'ai toujours apprécié mes professeurs d'anglais, et à l'université mon professeur de phonétique anglaise, du coup, je travaillais d'avantage parce que j'appréciais les cours. Il y a aussi le fait que je me suis découvert une passion pour les langues étrangères. En plus de cela, il est tout de même important de  souligner mon léger esprit de compétition et mon goût pour les imitations caricaturales que j'aime mettre à profit dans certaines situations. Ces imitations sont un bon exercice de prononciation car, même si elles relèvent d'un cliché et sont exagérées, il y a souvent en elles une part de vérité et des règles de prononciation et d'intonation à ne pas oublier (ce n'est que mon avis).

Freins
Motivations
En cours
(Système éducatif, enseignant, méthode, entourage)
- Se faire rabaisser par ses camarades
- Système éducatif ne valorisant et ne favorisant pas la pratique orale de la langue
- Commencer une langue en cours de route alors que nos camarades apprennent cette langue depuis très longtemps
- Cours peu intéressants
- Faire plaisir à son professeur et à ses parents
- Avoir des bonnes notes
- Aimer la phonétique
- Attentes de l'entourage, ne pas décevoir
- Esprit de compétition
En dehors des cours
(Immersion, intégration, impact affectif, travail, objectifs, activités, jeux, pratiques, regard sur soi, personnalité, ressenti, attitude)
- Personne ne parle anglais à la maison, du coup la pratique de l'anglais est compliquée (très peu intéressant de se parler tout seul face à un miroir)
- Facilement perdre nos acquis après un certain temps sans pratiquer (merci les cinq mois de vacances)
- Mauvais modèles (prononcer comme le fait notre entourage anglophone, ce qui parfois n'est pas une bonne idée => prononciation indienne de l'anglais)
- Timidité
- L'anglais est LA langue étrangère à connaître. Elle est parlée pratiquement partout dans le monde
- Essayer de comprendre les chansons que l'on écoute
- Projet professionnel (travailler dans un pays anglophone)
- Aimer faire des imitations caricaturales (ce qui nous entraîne d'une certaine façon)
- Ne pas bégayer en anglais alors qu'on le fait en français
Autres
(proximité/éloignement des langues, image de la langue, variétés de la langue)
- Préjugés par rapport à la langue anglaise
- Trop grande place de l'anglais américain dans la vie quotidienne => frein à l'adoption de la prononciation britannique
- Aimer les langues étrangères
- Lorsqu'on se rend compte que l'on arrivera jamais à parler couramment notre LV1, on s'implique plus dans notre LV2

 

Luisa, "hispanophone" en français

 

[...] Quand quelqu’un fait une grimace en montrant désapprobation ou son incompréhension au moment de m’écouter, cela me gêne. Pour moi, cela est un indice qui montre que je ne me fais pas comprendre, donc je ne me sens pas bien. Je crois que faire une grimace de désapprobation ce n’est pas gentil, néanmoins, c’est aussi juste ;  si on ne comprend pas, pourquoi faire semblant de comprendre ?
Je parle très bien ma langue maternelle, j’étais professeur d’espagnol à l’école élémentaire dans mon pays d’origine, parfois je reste bloquée en parlant le français avec mes sons d’espagnol, cela m’énerve, parfois il se trouve que, plus je veux contrôler ce que je dis, plus je peux me tromper et parfois ce qui me gêne, c'est d'être jugée par les autres.
[...] Je crois que le français est une belle langue au niveau sonore, existe une belle harmonie dans chaque phrase dite.
Ce qui me motive le plus c’est mon envie maîtriser le français.  Je n’aime pas que le gens me regardent comme quelqu’un de bizarre parce que je prononce mal un son en particulier, c’est absurde de ne se faire pas comprendre dans la totalité du message parce qu’il y a qu’un son qui a été mal dit. Je suis quelqu’un de cultivé, qui aime les langues et qui aime en connaître plus sur les cultures.
Je me suis inscrit exprès dans le cours pour faire des progrès, ma maturité en âge me pousse à évoluer dans mes apprentissages. Je voudrais dire que prendre plaisir pour ce qu’on fait c’est la meilleur attitude auprès les apprentissages au niveau de la prononciation.

 

 

Jules, un Français et le vietnamien

 

J'ai choisi de prendre pour exemple pour ce travail mon apprentissage de la langue vietnamienne.

MOTIVATIONS
• Environnement et objet d'apprentissage : caractéristique linguistique de la langue, pédagogie, progrès
◦ Mes progrès étaient rapides au début de l'apprentissage : de bonnes conditions d'apprentissage (cours de 2h hebdomadaires, par groupe de 5), une habitude relative des sons du vietnamien, le type isolant de la langue (il est plus facile, au début, de retenir un vocabulaire basique dont la forme ne change jamais, et de se concentrer sur la prononciation) ont permis cela
• Affect
◦ C'est la langue première de ma mère, qui y a passé ses 18 premières années: je l'ai entendue depuis l'enfance, mais pas assez pour l'acquérir : j'ai voulu remédier à ce que je considère comme du gâchis
◦ j'aime les sonorités de cette langue qui semble très « musicale » du fait de son caractère tonal
◦ la fraction de culture vietnamienne que ma mère m'a transmise, les membres de ma famille toujours sur place, l'image plus ou moins renseignée que je me fais de ce pays et de la manière dont les gens y vivent le rendent attirant pour moi

FREINS
•Environnement et objet d'apprentissage : caractéristique linguistique de la langue, pédagogie, progrès

◦ l'enseignant pendant l'année de cours que j'ai pris n'était pas vraiment exaltant, le déroulement du cours était très scolaire, très axé sur l'écrit, et l'auditoire assez apathique malgré le petit format du cours : nous n'avons pas eu beaucoup d'exercice oraux, ou à échanger en vietnamien.
◦ la prononciation du vietnamien est ardue pour un francophone (c'est une langue tonale à 6 tons), et la prosodie est très éloignée de celle du français ; et si les tons sont difficiles à produire, ils sont parfois encore plus difficiles à discriminer l'un de l'autre dans le discours d'un vietnamien. Certains sons consonantiques sont également difficiles à produire « correctement »
◦ j'ai tendance à mémoriser le lexique des langues en me remémorant leur forme graphique ; en vietnamien, les mots à la graphie courte, souvent similaire à plusieurs autres mots, qui peuvent n'être différenciés que par
un petit diacritique dont il faut se souvenir, me rendent malaisée la mémorisation de leur prononciation : je confonds l'un avec l'autre en raison de leur proximité graphique
• Affect
◦ l'idée que même une grande aisance en vietnamien ne me connectera pas vraiment au pays de ma mère, étant de type européen et élevé dans un monde trop différent, me donne parfois envie d'abandonner les efforts pour sonner vietnamien
◦ en fait, la difficulté même à atteindre une certaine aisance dansla prononciation du vietnamien, que j'ai pu mesurer sur place en pensant avoir beaucoup progressé en France, me décourage parfois : il m'a souvent été difficile de me faire comprendre, ce qui est à la longue un peu vexant
• Pratiques
◦ je m'exerce presque quotidiennement, mais sans assez de sérieux et d'assiduité : je lis à voix haute tout ce que j'ai en vietnamien sous les yeux, livre, nom, étiquette, en le répétant du mieux que je peux ; c'est un plaisir quand ça sonne juste. Mais je ne recherche pas vraiment régulièrement d'autres sources et surtout d'interlocuteurs

 

 

Sandra, une Française et l'anglais

 

Mon apprentissage de la prononciation de l'anglais :

 

 

Freins

Motivations

 

 

 

En cours

 

Système éducatif

Non axé sur une prononciation parfaite.

 

 

 

Enseignants

 

Les enseignants ne me reprenaient pas forcement sur ma prononciation. Or, il est difficile de progresser à l’oral sans avoir un avis extérieur pour nous guider.

 

Entourage/autres élèves

 

Ayant été dans des classes Européennes, les autres élèves ne jugeaient pas négativement les efforts de prononciation et étaient même tous très bons, ce qui créait une bonne compétition et une recherche du dépassement.

 

 

 

 

 

 

 

Hors des cours

 

 

L’objectif

 

Je voulais atteindre un niveau d’Anglais quasi bilingue pour être fière de moi.

 

 

Regard sur soi/personnalité/ressenti/attitude

 

Je n’ai pas beaucoup confiance en moi, et parler le meilleur Anglais possible était ma façon de vouloir me démarquer et d’avoir quelque chose dont je pouvais être fière.

 

 

 

Activités/jeux/loisirs

 

Regarder des films, des séries en VO et écouter/traduire des chansons.  Faire attention à la prononciation des acteurs, à bien comprendre ce qu’ils disaient.  Répéter certaines répliques.

 

Image de la langue

 

De toutes mes langues vivantes, c’est avec les cultures anglophones que j’ai le plus d’affinités.

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15 septembre 2015

Auteurs dans deux langues

 

    Les cas d'auteurs écrivant dans une autre langue que leur langue maternelle sont plutôt rares, mais peut-être de moins en moins... (?) En voici quelques exemples :

    Joseph Conrad (de son nom d'origine polonaise Teodor Józef Konrad Korzeniowski), (1857-1924), est considéré comme un des plus importants écrivains de langue anglaise du XXème siècle, mais est resté quasiment inintelligible à l'oral aux oreilles britanniques jusqu'à la fin de sa vie. Sa femme, anglaise, raconte dans ses souvenirs qu'il rêvait en polonais, qu'il délirait en polonais, qu'il se mettait en colère en polonais...

   Agota Kristof (1935-2011) quitte la Hongrie à l'âge de 21 ans et s'installe avec son mari en Suisse. La majeure partie de son oeuvre littéraire est en français, langue qu'elle déclare "ennemie" dans l'Analphabète (2004). La trilogie Le grand Cahier est un immense succès... et dont la lecture est souvent recommandée aux apprenants de FLE ! Agota Kristof a gardé en français un bel accent hongrois toute sa vie :

   

    Nous avons déjà parlé ici de Akira Mizubayashi (né en 1952 au Japon), "auteur japonais d'expression française"... dont la perfomance orale en français est éblouissante.

 

 

 

 

 

Nancy Huston est née en 1953 au Canada anglophone et elle s'installe à Paris à l'âge de 20 ans. Elle débute sa carrière de romancière en 1981 avec un roman écrit en français : Les Variations Goldberg. Elle revient à l'anglais comme langue d'écriture en 1993 avec Cantique des Plaines. Mais le roman étant d'abord refusé par les éditeurs anglophones, elle le traduit en français et trouve que la traduction sert l'original. Ce qui l'amène à adopter une écriture bilingue pour ses romans. Pour ses essais, elle utilise le français.

C'est justement dans son essai Nord Perdu, publié en 1999 - elle vit alors en France depuis plus de quinze ans, qu'elle livre un témoignage à mon sens plutôt amer sur l'intolérance des natifs vis-à-vis des "étrangers". Elle ne distingue pas les difficultés grammaticales des difficultés phonétiques, mais retient ici tout ce qui la stigmatise dans sa parole comme étant différente.

   

    Je trouve que ce texte est un bon support à la discussion... et j'espère que vous le discuterez en commentaire de ce post. On doit, à mon sens, ne pas perdre de vue deux évidences :

- nous ne sommes "natifs" que de notre communauté linguistique, parfois envisagée dans son sens le plus étroit - une communauté socio-géographique par exemple. Au-delà, nous sommes des "étrangers" dont l'altérité peut évidemment être facilement stigmatisée.

- la communication s'établit entre deux interlocuteurs. Pour que la communication fonctionne de manière optimale, il faut que  les deux parties tentent chacune de s'approcher au mieux de l'autre. Dans un environnement bruyant par exemple, le locuteur doit faire l'effort de hausser la voix et de soigner son articulation, voire de s'assurer qu'il a été compris... sinon, il met la communication en péril. De même, une communication entre un natif et un non-natif s'optimisera si chacun y met du sien : si le natif fait un effort vers le non-natif, et si le non-natif sait varier ses stratégies pour se faire comprendre. Si chacun campe sur ses positions ("cet étranger doit apprendre à parler comme... moi", "je ne veux pas parler comme un natif, cela menace mon identité"), la communication est difficile et douloureuse.

Une amie hispanophone travaillant à Paris auprès de groupes de lycéens commence ses interventions avec son français oral légèrement teinté d'accent espagnol... et après quelques phrases, elle demande : "Vous avez remarqué que j'ai un accent en français... Est-ce que je me fais bien comprendre?" Elle ne demande pas : "Est-ce que vous me comprenez bien?" c'est-à-dire "faites-vous suffisamment de chemin vers moi pour bien me comprendre?" Elle demande : "Est-ce que je me fais bien comprendre?" c'est-à-dire "le chemin que je fais vers vous est-il suffisant pour que la communication soit confortablement établie?" Cela semble peut-être une différence subtile, mais mon amie ne rencontre ainsi aucune difficulté dans la communication avec ses groupes de lycéens depuis des années.

Et Nancy Houston me semble avoir fait un chemin considérable dans sa prononciation vers les locuteurs français natifs (la preuve dans la vidéo plus bas). C'est cet accomplissement et la motivation qu'elle a su entretenir pour parvenir à une telle réussite qui me semblent plus intéressant que l'amertume envers de tristes natifs qui ne savent remarquer que ce qui est différent pour amorcer une conversation.

    Voici son texte ! J'attends vos commentaires, réactions, suggestions, anecdotes, témoignages....

 

 

« Certes, l’apprentissage de la langue maternelle se fait lui aussi par imitation, mais on ne le sait pas. On n’a que ça à faire ! Aucun bébé ne commence à ânonner ses « baba », ses « mama » et ses « dodo » avec un accent. Grammaire et syntaxe s’acquièrent par tâtonnements, mais, une fois acquises, sont inamovibles, coulées dans le bronze des « premières fois ».

Rien de tel chez l’étranger qui débarque encombré de ses lourds bagages accumulés sur deux ou trois décennies de sa vie neuronale. Avec ses ornières creusées, ses habitudes endurcies, ses synapses rodées, ses souvenirs forgés, sa langue est devenue inepte (sic) à improviser, il est condamné à l’imitation consciente.

Parfois il obtient d’excellents résultats : en effet, pour peu qu’il ait des dons de comédiens, l’imitation peut être tout à fait convaincante. Cela existe, les étrangers qui réussissent à « passer », comme ces Noirs américains, quarterons ou je ne sais quel est l’horrible terme exact, qui s’enorgueillissaient naguère de « passer » pour Blancs.  Toutes choses étant égales par ailleurs, les femmes (quand elles s ‘y appliquent, quand ce ne sont pas des Turques enfermées dans leur maison allemande par leur mari tout aussi turc) y arrivent mieux que les hommes. Les femmes sont des comédiennes-nées. Elles ont l’habitude de s’adapter ; cela fait partie de leur identité de femme.

L’étranger, donc, imite. Il s’applique, s’améliore, apprend à maîtriser de mieux en mieux la langue d’adoption… Subsiste quand même, presque toujours, en dépit de ses efforts acharnés, un rien. Une petite trace d’accent. Un soupçon, c’est le cas de le dire. Ou alors… une mélodie, un phrasé atypiques… une erreur de genre, une imperceptible maladresse dans l’accord des verbes… Et cela suffit. Les Français guettent… ils sont tatillons, chatouilleux, terriblement sensible à l’endroit de leur langue… c’est comme si le masque glissait… et vous voilà dénoncé ! On entraperçoit le vrai vous que recouvrait le masque et l’on saute dessus : Non, mais… vous avez dit « une peignoire » ? (sic) « un baignoire » ? « la diapason » ? « le guérison » ? J’ai bien entendu, vous vous êtes trompé ? Ah, c’est que vous êtes un ALIEN ! Vous venez d’un autre pays et vous cherchez à nous le cacher, à vous travestir en Français, en francophone… Mais on est malins, on vous a deviné, vous n’êtes pas d’ici… « Vous êtes d’origine allemande ? anglaise ? suédoise ? » Je le fais moi aussi, je l’avoue, dès que je détecte un accent dans la voix de quelqu’un, je le fais, tout en sachant qu’ils en sont sûrement las comme moi j’en suis lasse, qu’ils ont subi dix mille fois ce même interrogatoire débile, ennuyeux, blessant : « Vous êtes allemand ? Non ? Hongrois ? Chilien ? » Which country ? comme on dit en Inde. Non seulement cela mais, dès que vous la leur fournissez, cette information se cristallisera dans leur esprit, se figera, deviendra votre trait le plus saillant, la qualité qui, entre toutes, vous définit et vous décrit. Vous serez la Russe, le Néo-Zélandais, le Sénégalais, la Cambodgienne et ainsi de suite (un magazine respectable a récemment qualifié la cinéaste Agnieska Hollande (sic) de « Polonaise de service » ; un autre a cru élégant de commencer une critique d’un de mes livres par la phrase : « Elle est morose, notre Canadienne »)… alors que, bien sûr, chez vous, votre nationalité était l’air même que vous respiriez, autant dire qu’elle n’était rien. »

HUSTON, Nancy (1999), Nord perdu, Actes Sud.

 

 

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12 septembre 2015

Conférence introductive en sciences du langage

 

in LODGE, David (2010), La vie en sourdine, Editions Payot et Rivages, p.53
 - Titre original : Deaf Sentence

 

"Ainsi qu’il aimait à dire aux étudiants de première année dans sa conférence de bienvenue :

« La langue est ce qui fait que nous sommes humains, ce qui nous distingue d’une part des animaux, d’autre part des machines, ce qui fait de nous des êtres conscients, capables de pratiquer les arts, les sciences, tout ce qui fait la civilisation. C’est la clé pour tout comprendre. »

Sa propre spécialité, en gros, c’était le discours : la langue par-delà la phrase, la langue telle qu’elle est utilisée, la langue prise sous l’angle de la parole plutôt que le contraire. C’était probablement le champ le plus fertile et le plus productif dans la discipline depuis quelques temps : la philologie historique était démodée et la linguistique structurale et transformationnelle avait perdu l’essentiel de son attrait depuis qu’on avait commencé à comprendre à quel point il était futile d’essayer de réduire le phénomène vivant et toujours changeant que constitue la langue en un ensemble de règles illustrées par des phrases-types prises hors de tout contexte et souvent inventées pour la circonstance.

« Toute énonciation ou phrase écrite possède immanquablement un contexte, se réfère toujours dans une certaine mesure à quelque chose qui a déjà été dit et qui demandait une réponse, a toujours pour objectif de faire quelque chose pour quelqu’un, lecteur ou auditeur. L’étude de ce phénomène est parfois appelé la pragmatique, parfois la stylistique. Les ordinateurs nous permettent de faire cela avec une rigueur sans précédent, d’analyser des bases numérisées rassemblant des données collectées dans des écrits et des discours réels – ce qui avait donné naissance à une nouvelle sous-discipline totalement nouvelle, la linguistique de corpus. L’expression résumant le mieux tout ce travail est « analyse du discours ». Nous vivons dans le discours comme des poissons dans l’eau. Les systèmes juridiques sont constitués de discours. La diplomatie est faite de discours. Les croyances des grandes religions partout dans le monde sont à base de discours. Et dans ce monde de plus en plus lettré où prolifèrent les médias impliquant une communication verbale – la radio, la télévision, Internet, la publicité, l’emballage et aussi les livres, les magazines et les journaux – le discours est parvenu à dominer peu à peu même les aspects non-verbaux de nos vies. Nous mangeons des discours (langue des menus qui nous mettent l’eau à la bouche, comme « poivrons grillés au feu de bois arrosés d’un filet d’huile de truffe »), nous buvons du discours (« arôme de tabac, de vanille, de chocolat et de baies mûres dans ce robuste shiraz australien »), nous regardons du discours (ces peintures minimalistes et ces expositions cryptiques dans des galeries qui dépendent uniquement des descriptions qu’en font les conservateurs et les critiques pour en justifier l’existence en tant qu’art), nous pratiquons même le sexe en mettant en pratique les discours tirés de fictions érotiques ou de manuels de sexologie. Pour comprendre la culture et la société, il faut être capable d’en analyser les discours. »

(Ainsi parlait le Pr Bates pendant sa conférence introductive devant les étudiants de première année, glissant une référence au sexe pour capter l’attention de l’étudiant le moins attentif et le plus sceptique, celui qui avait eu des notes passables à son CGE A Level et qui souhaitait suivre en fait un cours sur les médias, mais comme il n’y avait plus de place, avait dû se rabattre sur un cours sur la linguistique lors de la phase finale des inscriptions.)"

 

 

 

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