Enseignement/Apprentissage de la Prononciation du Français

12 octobre 2014

Le Petit Prince ... transcrit en Alphabet Phonétique

    

 

    Vous êtes nombreux à consulter ce blog pour les transcriptions phonétiques (voir rubrique 07. Transcriptions phonétiques dans la colonne de gauche, ainsi que les transcriptions dans les derniers messages suivants : Morceau choisi... pour le rythme, [œj]Phonétiquement équilibré, et dans la plupart des messages de la rubrique 03. Exercices d'entraînement).

    La transcription en Alphabet Phonétique a eu dès l'origine une double fonction : transcrire l'oral à une époque où les enregistrements n'en étaient qu'à leurs débuts - il s'agit alors souvent de transcriptions "fines", utilisant les signes diacritiques (en anglais, narrow transcription) afin de relever des subtilités de prononciation ; transcrire l'écrit orthographique à des fins pédagogiques en particulier en anglais et en français dont les orthographes sont si peu phonétiques - ce sont alors généralement des transcriptions "larges", fonctionnelles (en anglais, broad transcription)...

 

 

 

          

    Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry, publié en anglais en en français en 1943, est un des textes français les plus célèbres. Depuis sa publication, Il a été vendu à plus de 130 millions d'exemplaires dans le monde et 12 millions d'exemplaires en France.

    Le livre a été lu et enregistré par les acteurs Gérard Philippe (en 1954, il a alors 32 ans), Jean-Louis Trintignant (en 1994, il a alors 64 ans) et par Bernard Giraudeau (en 2006, il a alors 59 ans).

 

    Voici le début du chapitre deux, interprété par ces trois acteurs, phrase à phrase.

 

 

 

    En voici une transcription en Alphabet Phonétique International faite à partir du texte écrit (transcription large) en bleu.

    J'attends vos transcriptions "fines" en "Commentaires" de ce message. Utilisez le clavier phonétique Unicode que vous trouverez ICI, et faites un copier / coller. Choisissez votre phrase, avec le numéro, et votre acteur : GP, JLT, BG. Je reporterai vos transcriptions ici-même pour signaler les singularités (en rouge) et engager la discussion (voir plus bas)...

 

1. J’ai [ainsi] vécu seul, sans personne avec qui parler véritablement, jusqu’à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans.

[ʒEveky'sœl / sɑ̃pɛʁ'sɔnavɛkkipaʁ'leveʁitablŒ'mɑ̃  /ʒyskayn'pan / dɑ̃lŒdezɛʁdy *saa'ʁa / iljasi'zɑ̃ //

GP : eveky'sœl / sɑ̃pɛʁ'sɔnavɛkkipaʁ'leveʁitablø'mɑ̃  /ʒyskayn'pan / dɑ̃lœdezɛʁdy *saa'ʁa / iljasi'zɑ̃ //
JLT :
BG :

2. Quelque chose s’était cassé dans mon moteur. Et comme je n’avais avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile.

[kɛlkŒ'ʃoz / setɛka'se / dɑ̃mõmO'tœʁ // ekɔmʒŒnavɛzavɛk'mwa / nimekani'sjɛ̃ / nipasa'ʒe / ʒŒmŒpʁepa'ʁE / aEsEjedŒʁeysiʁtu'sœl / ynʁepaʁasjõdifi'sil //

GP :
JLT :
BG :

3. C’était pour moi une question de vie ou de mort. J’avais à peine de l’eau à boire pour huit jours.

[sEtɛpuʁ'mwa / ynkɛs'tjõ / dŒviud'mɔʁ // ʒavɛza'pɛn / dŒloa'bwaʁ / puʁɥi'ʒuʁ //

GP :
JLT :
BG :
 

4. Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable à mille milles de toute terre habitée.

[lŒpʁŒmje'swaʁ / ʒŒmŒsɥidõkɑ̃dɔʁmisyʁlŒ'sabl / amil'mil / dŒtuttɛʁabi'te //

GP :
JLT :
BG :
 

5. J’étais bien plus isolé qu’un naufragé sur un radeau au milieu de l’Océan.

[ʒEtɛbjɛ̃plyzizo'le / kɛ̃nOfʁa'ʒe / syʁɛ̃ʁa'do / omiljødŒlOsE'ɑ̃ //

 

6. Alors vous imaginez ma surprise, au lever du jour, quand une drôle de petite voix m’a réveillé.

[alɔʁvuzimaʒinemasyʁ'pʁiz / olŒvedy'ʒuʁ / kɑ̃tyndʁoldŒpŒtit'vwa / maʁEvE'je //

 

7. Elle disait : – S’il vous plaît… dessine-moi un mouton ! – Hein ! – Dessine-moi un mouton…

[ɛldi'zɛ / dEsinmwaɛ̃mu'tõ // ɛ̃ // dEsinmwaɛ̃mu'tõ //

 

8. J’ai sauté sur mes pieds comme si j’avais été frappé par la foudre.

[ʒEsOtesyʁme'pje / kɔmsiʒavɛzetefʁapepaʁla'fudʁ //

 

9. J’ai bien frotté mes yeux. J’ai bien regardé.

[ʒEbjɛ̃fʁOteme'zjø / ʒEbjɛ̃ʁŒgaʁ'de //

 

10. Et j’ai vu un petit bonhomme tout à fait extraordinaire qui me considérait gravement.

[eʒE'vy / ɛ̃pŒtibO'nɔm / tutafEtɛkstʁaɔʁdi'nɛʁ / kimŒkõsidEʁɛgʁavŒ'mɑ̃ //

[Voilà le meilleur portrait que, plus tard, j’ai réussi à faire de lui. Mais mon dessin, bien sûr, est beaucoup moins ravissant que le modèle. Ce n’est pas ma faute. J’avais été découragé dans ma carrière de peintre par les grandes personnes, à l’âge de six ans, et je n’avais rien appris à dessiner, sauf les boas fermés et les boas ouverts. Je regardai donc cette apparition avec des yeux tout ronds d’étonnement. N’oubliez pas que je me trouvais à mille milles de toute région habitée. ]

11. Or [mon petit bonhomme] [IL] ne me semblait ni égaré, ni mort de fatigue, ni mort de faim, ni mort de soif, ni mort de peur.

[ɔʁ/ ilnŒmŒsɑ̃'blɛ / niega'ʁe / nimɔʁdŒfa'tig / nimɔʁdŒ'fɛ̃ / nimɔʁdŒ'swaf / nimɔʁdŒ'pœʁ //

 

12. Il n’avait en rien l’apparence d’un enfant perdu au milieu du désert, à mille milles de toute région habitée.

[ilnavɛtɑ̃'ʁjɛ̃ / lapaʁɑ̃sdɛ̃nɑ̃fɑ̃pɛʁ'dy / omiljødyde'zɛʁ / amil'mil / dŒtutʁeʒjõabi'te //

 

13. [Quand je réussis enfin à parler, je lui dis] : – Mais… qu’est-ce que tu fais là ?

[kɑ̃ʒŒʁeysiɑ̃fɛ̃apaʁ'le / ʒŒlɥi'di // 'mɛ / kɛskŒtyfɛ'la //

 

[Et il me répéta alors, tout doucement, comme une chose très sérieuse :]

[ilmŒʁepetaalɔʁ tudus'mɑ̃ / kɔmynʃoztʁɛsE'ʁjøz

 

– S’il vous plaît… dessine-moi un mouton…

[silvu'plɛ / dEsinmwaɛ̃mu'tõ //]

 

 

    La discussion portera sur : les différences suprasegmentales (qualité vocale, débit, pauses, découpage en groupes rythmiques, intonation, liaisons, enchaînements) et sur les différences segmentales qui concernent la transcription (effacements de E, voyelles moyennes et archiphonèmes, etc...)

 

 

 

 

 

Posté par fonetiks à 22:37 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


26 septembre 2014

Nouveauté !

 

    J'ai rencontré Geneviève Briet, maître de langues à l'Institut des Langues Vivantes, lors d'une conférence donnée à l'invitation de l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve en Belgique, en octobre 2011.

L'UCL organise en effet un séminaire thématique ouvert en didactique du FLE un mercredi après-midi par mois lors duquel des professionnels de FLE  partagent leur expérience avec des pairs (enseignants, étudiants, chercheurs, formateurs, acteurs de terrain, bénévoles, …). 

En 2011-2012, le thème en a été : « Phonétique et intonation : quelles ressources pour l’enseignement du FLE ? ».
Outre ma présentation du 19 octobre intitulée suivant mon livre : «Enseigner la prononciation du français : questions et outils », les autres séances de ce même séminaire ont été consacrées :

• à la méthode verbo-tonale ; - le 23 novembre 2011 : avec Madame Martine Dubois, professeur à la Haute Ecole  Galilée à Bruxelles ;

• aux gestes et aux sons ; - le 15 février  2012: avec Madame Régine LLorca, maître de conférences au Centre de Linguistique Appliquée de Besançon et comédienne ;

• à l’apprentissage de la prononciation en autonomie grâce aux TICE : - le 14 mars 2012 : avec Madame Geneviève Briet (professeur à l'Institut des langues vivantes de l'Université Catholique de Louvain) sur la partie phonétique du site Internet "Mes premières classes" sur TV5 (en autoapprentissage) et Madame  Aline Loïcq de l'Alliance française Bruxelles-Europe sur leur expérience d'un logiciel d'auto-apprentissage et de leur expérience de la phonétique avec leur public ;

• au  problème "phonétique-graphie" : -  le 25 avril 2012 : avec Madame Pauline Pineau, professeur et responsable de l'ASBL PROFORAL (promotion de la formation en alternance).

 

   A la suite de ce chaleureux après-midi d'échanges avec un public averti, j'ai reçu de la part de Geneviève Briet le charmant message suivant :

     "J'ai été vraiment très séduite par ce que j'ai découvert lors de ce séminaire : beaucoup de réflexions, une approche "alter-phonétique" qui me plait, une tonalité de conférencier plutôt interactive, bref, beaucoup de plaisir. Pour paraphraser Fritz Lang, entre le cerveau et la bouche, il y a du coeur, et c'est vraiment ce que vous avez mis en évidence."

 

Et c'est en début de semaine que j'ai reçu un paquet par la poste accompagné du mot suivant :

    "J'ai l'honneur et le plaisir de vous faire parvenir notre ouvrage : La prononciation en classe, paru en juin dernier. Il doit beaucoup à un certain "Enseigner la prononciation du français..." J'espère que vous apprécierez la démarche "décomplexée" que nous proposons et que vous aurez envie de partager cette découverte sur votre blog."

DSC03067

 

    C'est donc avec un plaisir non dissimulé que je me réjouis ici de la parution de ce nouvel ouvrage de phonétique du français que je vous invite dès aujourd'hui à découvrir et dont je reparlerai dans le détail très prochainement !

 

Geneviève Briet, Valérie Collige, Emmanuelle Rassart (2014), La prononciation en classe,

Les outils malins du FLE : Presses Universitaires de Grenoble, 192 pages. Prix : 15 euros.

 

    L'ouvrage propose des synthèses théoriques simples assorties de 45 fiches pédagogiques très variées en fonction des niveaux et des besoins. Un site internet propose des séquences vidéo et audio pour compléter ces activités. L'ensemble est extrêmement attractif !

    D'ores et déjà bravo à Geneviève Briet, Valérie Collige et Emmanuelle Rassart pour ce magnifique travail, cette démarche innovante et cette belle réalisation !

 

 

 

Posté par fonetiks à 15:30 - Commentaires [0] - Permalien [#]

30 août 2014

Faire-part

 

    Nous avons déjà évoqué ici l'intérêt d'utiliser les histoires drôles comme support à l'entraînement phonétique.

    Les devinettes dites de faire-part (ou Monsieur et Madame...) sont très populaires en français :

- Monsieur et Madame DISSOIR ont un fils. Comment s'appelle-t-il?

- Alain ! ... Alain DISSOIR ! (À lundi soir !)

 

    Elles existent sous la même forme ou presque dans d'autres langues. Par exemple en anglais, ce sont les "knock knock jokes" :

- Knock, knock! - Who’s there? - Noah. - Noah who? - Noah good place we can get something to eat? (Know a good place...)

 

   Un collègue brésilien m'a transmis l'histoire suivante :

Uma família gostava muito de dirigir. O pai dirigia, a mãe os filho mais velho etc (estica-se o quanto se quiser)... Qual o nome da família ?
Passos Dias Aguiar [passa os dias a guiar]

Traduction : Une famille aimait bien se promener en voiture. Le père conduisait, la mère et le fils aîné, etc (ajouter autant de détails que l'on veut). Quel est le nom de la famille ? Passe-les-journées-à-conduire !

Mais ce n'est apparemment pas en portugais une structure générant un grand nombre de devinettes comme cela l'est en français.

(N'hésitez pas à m'envoyer d'autres exemples dans d'autres langues en Commentaires de ce post !)

 

 

     En français, la règle de ces devinettes est stricte : le premier terme doit être un vrai prénom existant, français ou non, mais prononcé à la française. L'association du prénom et du nom de famille crée un calembour par homophonie stricte ou approximative :

Exemple d'homophonie approximative : Monsieur et Madame FONFEC ont une fille. Comment s'appelle-t-elle? Sophie... Sophie FONFEC. (Saucisson sec !)

 

    Quel est l'intérêt en prononciation du FLE de ce type de devinette ?

   Ces devinettes attestent qu'en français, il n'y a pas de marque orale de séparation entre les mots. "Et les gants?" / "Élégant?" se prononcent de la même façon. Tous les mots à l'intérieur du groupe rythmique sont attachés, en particulier avec les phénomènes d'enchaînements et de liaisons. Ce qui rend la tâche d'identification des mots permettant la compréhension particulièrement difficile pour les oreilles non-natives, surtout si elles sont habituées dans leur propre langue à marquer le début des mots.

    Par exemple en anglais, "a nice man" / "an iceman" ne se prononcent pas de la même façon. Dans "an iceman", on marque le début du deuxième mot par un coup de glotte sur la voyelle.

 

    Il est donc particulièrement intéressant d'entraîner les étudiants à percevoir et à produire des groupes rythmiques en français, même très courts, à l'intérieur desquels les mots sont attachés. Les devinettes de faire-part me semblent constituer alors un support adéquat.

 

    Pour ce diaporama, j'ai sélectionné des devinettes simples, en suggérant plusieurs réponses possibles (sur une seule des deux pistes, si on souhaite ne pas les entendre), puis en illustrant simplement la réponse. Commencez par lire la liste des prénoms proposés...

 

 

Paloma, 8 ans, a inventé la devinette suivante avec le prénom d'une fille de l'école :

Monsieur et Madame TARTINE ont une fille. Comment s'appelle-t-elle?

Kimberley ! Kimberley TARTINE. (Qui m(e) beurre les tartines?)

 

Solutions du diaporama :

 

 

 

 

 

 

Posté par fonetiks à 08:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]



Fin »