Enseignement/Apprentissage de la Prononciation du Français

14 septembre 2018

Prononciation et orthographe

 

    Quand je demande aux étudiants de Français Langue Etrangère quelles sont les procédures d'entraînement à la prononciation, l'écoute et la répétition sont généralement immédiatement mentionnées, mais la lecture à haute voix est très souvent citée également comme prioritaire. Or, les deux tâches sont extrêmement différentes.

    Dans le cas de l'écoute / répétition, il s'agit d'une tâche purement phonétique (acoustique et articulatoire), qu'un enfant ne maîtrisant pas la lecture (ou un non-lettré) peut accomplir, même sans comprendre le sens détaillé de ce qu'il entend. La difficulté principale est de reproduire tels quels le rythme, l'intonation, l'accentuation et les phonèmes entendus et de ne pas les assimiler à sa langue maternelle, ni à la forme écrite. C'est un des principaux problèmes des lettrés pour ce type de tâche : à l'écoute du stimulus, ils ne se contentent pas de répéter ce qu'ils ont entendu (boucle audio-phonatoire), mais ils "analysent" le stimulus, le visualisent sous sa forme écrite, éventuellement le traduisent dans leur langue maternelle, avant de le restituer. Cette restitution porte alors évidemment des traces (parfois très importantes) de cette analyse.

    Dans le cas de la lecture à voix haute, il s'agit d'une tâche autrement compliquée : il s'agit d'abord de décoder l'orthographe (ce qui, dans le cas du français, est particulièrement difficile, voir ci-dessous), et de trouver du sens dans la chaîne graphique (les jeunes français natifs apprentis lecteurs font la preuve de la grande complexité de ces deux premières opérations), avant d'oraliser ce qui est écrit, sans se laisser influencer pour les non-natifs ni par les habitudes de lecture de la langue maternelle, ni par les habitudes de prononciation de certains sons (puisqu'au contraire d'une tâche d'écoute / répétition, l'étudiant ne dispose pas de modèle immédiat).

 

   Il semble évidemment nécessaire de travailler la prononciation ET la lecture. Mais pour organiser une progression dans l'entraînement, la prononciation doit être travaillée en premier afin de tenter de "fixer" la meilleure prononciation possible avant de l'exposer à l'écrit orthographique.

    C'est pourquoi dans l'entraînement à la prononciation, il est important de se montrer particulièrement vigilant dans les exercices à la présence de l'écrit orthographique (on pourrait discuter de l'intérêt d'une transcription phonétique). Le support écrit orthographique est-il indispensable? L'exercice ne peut-il se faire sans recours à l'écrit? Ceci afin que les exercices de prononciation soient de vrais exercices de prononciation (détachés de la complexité orthographique, sans distraction pour l'œil lecteur), et les exercices de lecture organisés avant tout autour de l'objectif orthographique.

 

    L'idée de ce post m'est venue à la lecture d'un petit livre très attractif que m'a offert Agnès : La faute de l'orthographe, de Arnaud Hoedt et Jérôme Piron, Editions Textuel, 2017. La section s'intitule : L'orthographe française est-elle un bon outil ? J'en extrais un exemple classique de correspondances graphies - phonies qui pourrait effrayer les apprenants les mieux disposés...

 

Prenons par exemple le son /s/. Comment peut-on écrire ce son en français?

1. s (un os)

2. ss (il casse)

3. c (ici)

4. ç (ça)

5. sc (un ascenseur)

6. t (attention)

7. x (dix, six)

8. z (du quartz)

9. th (un forsythia)

10. sth (de l'asthme)

11. cc (la succion)

12. sç (il acquiea)

 

Par contre, si vous voyez la lettre s écrite, comment peut-elle se prononcer ?

1. /s/ (Sortez !)

2. /z/ (entre deux voyelles : par hasard)

3. Ø (pas prononcée : où tu vas)

 

Un son, douze manière de l'écrire. Une lettre, trois façons de la prononcer.

 

Philippe Geluck

 

Posté par fonetiks à 06:41 - Commentaires [0] - Permalien [#]


17 août 2018

Allonger la syllabe accentuée (2)

 

 

     C'est une affiche publicitaire dans les rues de Paris ces jours-ci qui m'incite à évoquer de nouveau l'allongement de la dernière syllabe du groupe rythmique (dite aussi syllabe accentuée) en français, sujet déjà traité entre autres ici.

 

       

 

(Bonjooooour. Oui, nos jus sont très polis.)

 

     Pour vous comme pour l'auteur de l'affiche, l'allongement de la dernière syllabe est-il synonyme de politesse en français?

 

 

   Et pour illustrer la question, voici la dernière anecdote du livre La vie sociale des sons du français, de François WIOLAND (L'Harmattan, 2005).

 

p. 186

"Une dernière anecdote pour confirmer l'importance de la dernière syllabe prononcée de chaque "mot phonétique" en français parlé :

Anecdote 56

Un soir, en revenant de l'école, l'un des enfants d'un couple ami, Arnaud pour ne pas le nommer, inscrit en grande section de maternelle, chantonnait "Appuie derrière toujours" sur l'air de "Happy Birthday to you". Etonnés, ses parents - qui m'ont rapporté l'événement - lui ont demandé ce qu'il chantait. Et lui de répondre d'un ton assuré : "Pour l'anniversaire d'Elise nous avons chanté avec la maîtresse : Appuie derrière toujours".

A l'évidence, pour Arnaud, la maîtresse ne pouvait chanter qu'en français ! Il a tout naturellement reconstruit du sens à partir des dernières syllabes des mots anglais qui devaient avoir été prononcés sans aucun doute avec l'accent français.

 

"Appuie derrière toujours",

la parfaite devise pour l'apprentissage du français parlé !"

 

 

 

 

Posté par fonetiks à 16:57 - Commentaires [0] - Permalien [#]

01 mai 2018

Phonétique et cinéma

   

      La phonétique est peu présente au cinéma. Il y a bien sûr My Fair Lady de G. B. Shaw, déjà évoqué ici. Plus récemment The King's speech (Le discours d'un roi) en 2010. J'ai aussi détaillé ici quelques scènes du film français Les Ex (2017) traitant d'accent étranger - alors que les autres films cités parlent de correction phonétique en langue maternelle. Si vous connaissez des scènes de cinéma ayant à voir avec la prononciation, merci de les partager.

    Le film Singin' in the rain, de Stanley Donen et Gene Kelly (1952), relate la transition du cinéma muet au cinéma parlant dans les années 1920. Les acteurs doivent donc apprendre... à parler. Le gros titre du journal Variety est : "Hollywood learns to talk". Un entrefilet précise : "Big bonanza for diction coaches".

    Ce qui est l'occasion d'une scène chez le coach vocal. Tout y est : les coupes sagitales de larynx, des vues de face de la bouche articulant des voyelles, et des exercices de répétition de virelangues (ou tongue twisters), avec des R roulés, des alternances [s/ʃ] et le célèbre "Moses supposes..." qui dégénère en numéro de danse... et en joyeux bazar !

 

    Ci-dessous la scène intégrale, de quoi dynamiser votre journée !

 

 

Moses supposes his toeses are roses
But Moses supposes erroneously
And Moses, he knowses his toeses aren´t roses
As Moses supposes his toeses to be
Moses supposes his toeses are roses
But Moses supposes erroneously
A Rose is a rose
A Nose is a nose
A Toese is a toese
Hupidubidu! (ehehehehe)
Moses supposes his toeses are roses
But Moses supposes erroneously
And Moses, he knowses his toeses aren´t roses
As Moses supposes his toeses to be

Paroliers : Adolph Green / Betty Comden / Roger Edens 

 

 

Posté par fonetiks à 23:39 - Commentaires [3] - Permalien [#]