Monique CALLAMAND publie en 1981 un ouvrage fondamental qui n'est malheureusement pas réédité et donc difficile d'accès. Nous allons vous présenter cet ouvrage. Si vous avez la chance de trouver un exemplaire dans les bibliothèques que vous fréquentez, profitez-en pour le consulter en entier.
CALLAMAND, M. (1981), Méthodologie de l'enseignement de la prononciation : organisation de la matière phonique du français et correction phonétique, Paris : Création Loisirs Enseignement International, 191 p.

INTRODUCTION

Ce manuel, destiné à des enseignants de français langue étrangère, propose une présentation dépouillée et fonctionnelle des notions de phonétique pertinentes pour l'établissement d'une méthodologie de la prononciation.
Il se distingue en cela des ouvrages généraux d'introduction à la phonétique qui, établis par des théoriciens pour une approche théorique et descriptive, ne peuvent concerner directement le professeur de langue confronté aux problèmes d'enseignement d'un phonétisme nouveau.
Une approche spécifique s'imposait pour répondre aux besoins professionnels de ceux qui, ayant cherché à s'initier, n'ont retiré qu'insatisfaction ou méfiance à l'égard d'une discipline technique, complexe, ésotérique (??), et dont ils ne perçoivent pas immédiatement les applications possibles.
Souvent démunis, les enseignants accordent alors à la correction de la prononciation moins d'attention qu'aux autres aspects de l'apprentissage, ou préfèrent laisser à des spécialistes, considérés comme de véritables "cliniciens", le soin de redresser les erreurs phonétiques au cours des séances de laboratoire de langue.
(...)
En matière de phonétique, l'apprentissage est sans doute pour une très grande part fruit d'imitation - imitation d'un enseignant qui a lui-même une bonne prononciation et imitation d'un enseignant qui a un bagage suffisant pour proposer les exemples adéquats lorsque des productions fautives apparaissent. Une attention constante serait alors le critère de réussite. Mais il est rare que toutes les conditions favorables soient réunies, et lorsque de mauvaises habitudes ont été acquises, seule une approche rigoureuse peut présenter quelque garantie de succès. Nous persistons donc à utiliser les exercices structuraux, et cela en dépit d'une condamnation quasi-générale parmi les méthodologues. Il faut reconnaître que la conception structuraliste de l'apprentissage des langues a développé des aspects outranciers que tout enseignants verrait disparaître avec plaisir... Toutefois, pour améliorer sa prononciation, l'élève doit parvenir à assimiler des nuances très fines : l'exercice structural constitue alors un dispositif privilégié pour ménager :
- l'audition et la production des unités traitées dans des contextes précis (soutien de l'entourage dans la cadre syllabique, rôle des éléments mélodiques) ;
- la comparaison avec un "modèle" (ajustement par approximations successives).
Mais construits pour contribuer à l'amélioration de la prononciation, ils n'entraînenet pas moins l'élève à la pratique de la langue lorsque leur conception fait de la relation stimulus-réponse une relation de communication : le pédagogue doit se faire dialoguiste et chercher les meilleures répliques possibles dans des situations de communication courantes.

L'ouvrage consiste en une série de tableaux des relations vocaliques et consonantiques, sortes de fiches d'identité des sons du français : voyelles et consonnes.
Chaque son est présenté suivant plusieurs contraintes. Il est important pour la bonne lecture des tableaux qui vont suivre de bien comprendre ces différents types de contraintes.

Les types de contraintes

La contrainte distributionnelle
Les règles spécifient, dans son cadre, les effets produits par :
• la structure de la syllabe (ouverte / fermée)
ex :    toujours [o] en syllabe ouverte accentuable "beau"
      toujours [O] en syllabe fermée accentuable "botte"

• la qualité de l'entourage phonique
ex : on a [O] dans "porte","note", donne" : syllabes fermées
mais on a [o] dans "chose", "rose" : syllabes fermées par [z]

• la place d'un son par rapport à la syllabe accentuée
ex : en syllabe ouverte accentuable "c'est beau" [sEbo]
mais [o] timbre moyen en syllabe ouverte non-finale [sEJoli]

La contrainte sémantique
Elle intervient pour rendre compte de possibilités que les règles établies dans le cadre de la contrainte distributionnelle ne permettent pas d'expliquer.
ex : l'entité se réalise
[o] en syllabe ouverte accentuable "c'est chaud" [sESo]
[o] en syllabe fermée devant la consonne [z] et devant la consonne [s] dans quelques cas seulement "grosse" [gRos] "fosse" [fos] (mais "bosse" [bOs])
Ailleurs on devrait avoir [O]. Or, des cas tels que "saute" ([sot]) et "sotte" ([sOt]) admettent donc [o] et [O] dans la même structure syllabique (syllabes fermées) pour assurer une différenciation sémantique.

la contrainte étymologique
De nombreux cas échappent aux règles mises en place dans le cadre des contraintes distributionnelle et sémantique. Ces cas ne sont classables, dans l'état actuel du français, qu'en fonction de la graphie :
ex : tous les "ô" et les "au" seront prononcés [o] quelle que soit la distribution.

la contrainte morphologique
Elle joue dans des cas de dérivation, de suffixation, de préfixation. La présence d'une joncture morphémique protège la forme sonore d'origine :
ex : la règle de la contrainte distributionnelle, qui établit que devient [O] devant consonne nasale (ainsi "bon" [bO$] devient "bonne" [bOn] et non [bO$n] ; ne joue plus lorsque se trouve devant une joncture morphologique : on prononce "on mange" [O$ mA$J] et non [OmA$J].

la contrainte syllabique
Elle surgit dans le fonctionnement des entités dont les réalisations peuvent être vocaliques ou semi-vocaliques :
respectivement [i] ou [j]
         [u] ou [w]
         [y] ou [˙]
L'apparition de la voyelle ou de la semi-voyelle est déterminée par la réalisation ou non d'une joncture syllabique.
ex : "paye" -> [pEj] une seule syllabe
ex : "pays" -> [pEi] deux syllabes
Nous avons choisi cet exemple, qui entre en même temps sous la rubrique contrainte sémantique, pour souligner la fonction de ce type de joncture lorsque'on a affaire à une forme de départ identique :

Les remarques sur l'importance relative du respect des contraintes pour l'enseignement de ce système phonique à des locuteurs étrangers seront fournies au fur et à mesure de la présentation du tableau. On peut d'ores et déjà signaler que la contrainte distributionnelle est la contrainte phonétique par excellence ; les autres font référence à une connaissance du fonctionnement de la langue (référence à la graphie, à la morphologie, à la sémantique) et posent donc des problèmes d'apprentissage différents. Les réflexes conditionnés par la contrainte distributionnelle doivent être acquis en priorité.